‹ Œuvres poétiques complètes de Adam Mic̜kiewicz, tr. du polonais, d'après l'édition posthume de 1858Chapitre 12 sur 36 · UNE CROISADE · texte numérisé non relu

UNE CROISADE

Guerre ! ... En vain Konrad chercherait-il encore à contenir l'impatience de l'armée et les exhortations du conseil. Depuis longtemps le pays tout entier ne respirjs que vengeance pour l'invasion des Lithuaniens et les trahisons de Yitold.

Vitold i qui avait mendié l'assistance de l'Ordre afin de ressaisir sa capitale de Yilno, à peii^e^ au sortir du banquet^ art-il su que les croisés vont se mettre en campagne, Vitold change de projet, trahit ses nouveaux alliés» et s'évade furtivement de leurs murs avec scpi escorte.

MuQi de faux pleins pouvoirs de l'Ordre , il s'introduit dans toutes les places fortes des Teutons qu'il trouve sur sa route; désarme les garnisons, et met tout à feu et à sang. Enflammé de colère et dévoré de honte , l'Ordre teutonique proclame une croisade contre les païens*

Voici venir la bulle apostolique. A son apj^ el, d'innombrables essaims de guerriers s'assemblent par terre et par mer. Suivis de leurs vassaux, les princes souverains décorent leurs armures de la croix sanglante, et tous ont adopté pour devise : « Le baptême ou la mort. »

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zedbyGdOgle

46 KON6ÀD MALLEliROD.

Les r<A\k tons en Litftuanie... Et léuv» ex|»i0H8^ qnels sont*ils^ Que «etoi qui làémte kB apprendre monte sur les T6TRpar«S' k>t9que le loui^ iticlnie^ et regarde à t^OnenU.. 11 verra débiordet bup les eieui comine un fleuve dersavg. Les fiastei^de ce^guenre» ïeMgieuses devraknt s'écrire eh tmpré€alioii$. Massacre^ incendie et pitiage^ flambopkiile loenvy i&ie âee àiaes stupides, et dans laquelle 1^ sage reconnaît avec crainte une voix criant vers le ciel : Vengeance!

Toujours, toujours plus loin, les vents portent Tincendie. Maintenant, les croisés pénètrent au cœur de la Lifhuanie ; Kowno , Yilno , | sont assiégés. On pe dit ; mais bientôt, plus de nouvelles, plus de messages, plus de flammes dans la contrée. Letîiel ne reflète plus que des lueurs lointaines...

En vain^ les Teutons supputent-ils déjà les nombreux prisofiniers et les ricbes dépouilles d'une terre conqnise; en vain écrivent-ils coup sur coup pour savoir ce qui se passe : les courriers se hâtent et ne reviennent pas. Tiorsque chacun interprète à sa guise cette cruelle attente, il leur semble qne le désespoir vaudrait mieux que l'incertitude.

L'automne a fui. Les neiges de l'hiver s'amoncèlent au front des montagnes et roulent sur les chemins. L'horizon rougit de nouveau... Sst-ce une aurore boréale? B«t-ce l'embrasement de la guerre?... Les flammes deviennent de plus en plus distinctes, et Tair étincelle toujours, toujours de plus près.

Le peuple de Marienbourg regarde sur la grand'routo. Ils reviennent ! Les voilà ! Une bande de voyageurs se fraie un pénible chemin à travers les neiges. C'est Konrad ! Où sont nos généraux? Comment les accueillir? en vainqueurs ? en fugitifs? Que devient le reste des bataillons? Konrad lève la main^ il montre à l'horizon une troupe dispersée... Àh ! toute la vérité se révèle à leur aspect!... ,

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li9 Gow^enli ea 4é«QfENb^> ^ <iél»aU^ai dans les netg^^se ^art^Qt:> 3;eiilastieHt et se fouleat e^mtte de vite 4Bdeote9 plongés d^^ ua ^^as^ trop étwt; ils giii»|ie9^ s^r d^ monceaux de cadavres^ refoulera leur tour^ ^r d^a«U*es auasi muéçabl^.! L^s n^» traînât «encofe leurs pieds eoigQvrdis^ ieaautri^ s'arrêtent pétrifia de iùroid an milkti de.la route ;. mais i)^.|egl§nt debout : et» cooaaie des poteaux iiàdiqaaat Is ch^ipÂiLi a^ lèvent les deux bra^ Ters la ¥Ule...

fiCfr^jé i qurjieux^-le peuple ab4odoi)i)e les. rues; il craint d'en triûfp a^preadre et ae demaïude rien. I/histoire de toute, cette funeste campagne, est écarite pofir lui 4aïns les yeux, sur lestraijljs des:gue]:riers... Les glaçonsde.la oaortont voilé leurs paupières, les harpies de la laiiaopl dévoré leurfri^ues*. Ict^>|césoooe te cqr des cavaliers samogitiensi; là^ l'ouragan roule dGs afma^ de neigea travers la plaine; )dus loin ^ des, troupeaux de i^iens affamés poussent 4'affreux hurleinei;|^.;. au-dessus de leurs tètes^ planent en croassant des volées de corl^eaux...

Tout est perdu I;.. Konrad les a tous immolés. Lui^ dont le glaive était si redouté ; lui,. autrefois si fi^r de sa prudence, dans cette dernière campagne^ timide, insouciant , il n'a pafii su déjouer les stratagèmes de Vltold : et s^uit , av^glé par sa soif def vengean^^e , apuit engagé l'armée sur les steppes de la Uthuanie, il a fait tdraiiier ea longueur le siège de la capitale*

Les provisions consommjées, l^sque la faim décimait déjà le camp des croisés, ^e l'ennemi rodant aux em inons détruisait les convois^ coupait les arrivages, interceptait les routes, que chaque jour des oe^taiaes d^ soMats passaient de misère; i(H*âqu'il était temps de terminer la campagne par un assaut décii^if ou d'aviser prompiement à la retraite : alors même Wallenrod , paisible et f»ns défiance, se livrait à.la. chasse, ou bien, enfermé dans sa tente, tramait des négocia^d^ms secrètes en refusant d'admettre les

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4ê K0T9BAB WAL&IIIBOD.

généraux à ses cons^ild ^7. Son apathie est devenue telle que , ififiensilde aux larmes de son peuple , au lieu de tirer le glaive en sa défense y il méditait tout le jour^ les bras croisés 9 on délibérait avec Halban.

Cependant l'hiver s'avançait en ramenant les neiges. Vitold y ayant rassemblé de nouveaux soldats^ assiégeait l'armée dans son camp, la harcelait sans cesse ; et le grand-mattre, opprobre inouï dans les fastes de FOrdre! le grand-mattre lui-même a donné l'exemple de la fuite ! Au lieu de lauriers et de trophées, il apporte des champs de bataille la nouvelle des victoires de la Lithuanie...

Avez*vous remarqué y lorsqu'après hi défaite il ramenait aux foyers cette légion de fantômes, qu'une morne tristesse lut couvrait le front, et le ver de la douleur lui rongeait la face; mais si l'on regardait ses yeux!... Cette longue paupière à demi-voilée lançait obliquement de sinistres éclairs. On aurait dit une comète prophétisant la guerre ; ou bien ces changeantes lueurs , œuvre du démon, qui la nuit éconduisent le voyageur égaré. Trahissant à la fois la joie et la colère, elle brillait de je ne sais quelle satanique expression!

Le peuple frémit et murmure. Konrad ne s'en émeut point. 11 réunit en conseil les chevaliers mécontents ; il les regarde , prend la parole , fait un geste ! lâcheté ! tous l'écoutent avec recueillement, et tous s'en vont satisfaits de ses explications. Dans les erreurs de l'homme ils voient les jugements de Dieu .. ** Car où sont les mortels que ne persuade point.. . la terreur I

Arrête , orgueilleux potentat ! il est aussi des juges contre toi ! Il est à Marienbourg un profond souterrain ; là, quand la nuit étend ses voiles sur la ville, un tribunal seciigt s'assemble et tient lit de justice : là, veille nuit et jour une lampe attachée aux voûtes de la salle. Douze fauteuils sont rangés autour d'un trône. Sur le trône repose le

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