‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 24 sur 105 · C.EM.I · texte numérisé non relu

C.EM.I

Parle, paie esclave. Que dit-elle 1

ANDHf-A

Monseigneur, elle a dit ce quelle voyait : » Va dire

KKs c.v.yc.î 69

à mon prre que jo vois l'abîme delenfer entre nous; il peut le traverser : je ne le ferai pas. »

Andiva sort. CENCI

Va vite, Lucre tia, dis-lui de venir ; cependant fais-lui bien entendre qu'en venant elle consent ; dis-lui en outre que si elle ne vient pas je la maudirai.

Lucrctia smt.

Ha ! Est-ce autrement qu'avec la malédiction d'un père que Dieu frappe de panique la Victoire armée, et fait pâlir les cités dans leur prospérité ? Le Père du monde doit exaucer la prière d'un père contre son enfant, dût celui qui prie porter le nom que me donnent les hommes ! La mort de ses frères rebelles ne l'épouvantera-t-elle pas avant que je parle ? Mon imprécation a appelé sur eux une prompte ruine, et elle est venue.

Entre Lucretia.

Eh bien ! quoi? Parle, misérable !

LUCRETIA

Elle a dit : « Je ne puis aller : dites à mon père que je vois un torrent de son propre sang bouillonner entre nous. »

CENCI s'ageiiouillant

Dieu, écoute-moi ! Si cette merveilleuse masse de chair dont tu as fait ma fdle ; si mon sang, cette parcelle séparée de mon être ; ou plutôt cette maladie, cette peste, qui est mienne, dont la vue m'infecte et m'empoisonne ; si ce démon, sorti de moi comme d'un enfer, a été destiné à quelque bon usage ; si sa beauté radieuse a été allumée pour illuminer ce monde ténébreux ; si, nourries de ta plus exquise rosée d'amour, des vertus devaient fleurir en elle, capables de faire

70 («avuKs l'oi'niQiKS nr, siielley

régner la paix dans la vio; pour l'amour do moi, jo t'en prie, loi (jui es le Dieu el le père eoninuui d'elle et de moi et de l'univers, renverse cet arrêt! Terre, au nom de Dieu, que sa nourriture soit un poison, qui encroûte tout son corps de taches lépreuses I Ciel, fais pleuvoir sur sa tête les gouttes de la rosée de la Maremme, jus(iu"à ce quelle soit monehetée comme un crapaud ! Dessèche ses lèvres oii s'allume laniour ; estropie ses l)eau\ membres dans une hideuse diilbrmilé ! Soleil qui vois tout, dans la fureur jalouse, perce ses yeux qui dardent la vie de tes propres i-ayons aveuglants !

lACRETl.V

Silence ! Silence ! pour lainour de loi-même» ne |)rononce pas ces terribles jiarolcs ! En exaueant de telles prières, le Dieu suprême les châtie.

CKNCI se lovant cl brnndissaiil sa main \crs \c rici

Il fait sa volonté, et moi la mienne ! — Ceci encore : si elle a un enfant...

.LCUF.TI.V

Horrible pensée !

(KNCI

Si j;iuiais elle a un enlant — eltoi, vivante Nature, je t adjure au nom de Dieu, sois féconde en elle, qu'elle croisse <'t multiplie pour accomplir le divin commandenieut . el ma jjrofonde impri-eaiion ! — puisse cet enl'aiil êti'c la hideuse resseudilance d'elle-même! Qu'elle puisse y voir, comme dans un miroir (pii d(''ligure, sa propre image mêlée à ce (|u'elh' abhorre le plus, lui souriant sur son sein (|ui l'allaite ! Hue cet eulani dès sa naissance grandisse de jour en jour plus

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