‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 30 sur 105 · UN OFFICIER · texte numérisé non relu

UN OFFICIER

Monseigneur, nous avons trouvé ce rufien avec un autre se cachant au milieu des rochers ; il est hors de doute que ce sont les maurtriers du comte Cenci. Cha-

cun portait un sac d'or. Colui-ci était revêtu dun manteau tissé d'or, qui, étincclant sous les noirs rochers à la faible lueur de la lune, les a trahis à nos yeux. L'autre est tombé en se défendant en désespéré.

SAVELLA

Qu'avoue-t-il ?

l'officier

11 i^arde un silence obstiné, mais ces lignes trouvées sur lui parlent assez.

SAVELLA

Au moins leur langage est sincère. mit.

« A Madame Béatrice,

« Afin de hâter l'expiation de ce (pic mon espi-ji souffre de conjecturei", je t'envoie, selon le désir de Ion frère, des gens (pu en diront et en feront plus que je n'ose écrire.

« Ton dévoué scrvitciii',

« Orsixo. »

Enlioul Lucrolia, lU-nlricc il Ucrnardo.

Connaissez-vous cet écrit. Madame ?

BÉATRICE

Non.

SAVI'.LLA

Ni vous ?

LIC.KETLV, file so lait i'fm.ii<|iici- par une f,'ran(l<' a^ilalioii

OÙ la-l-on trouve ? Qiresi-ce(pie c'est? On dii'ail (pie c'est la main d Orsino. H paile de celle ('li'ange horreur qui n'avait |)as encoïc trouve dexiiression, mais cpu a creuse'' entre celle eidaiil iuforlunc'C et son père mort un abîme de ténébreuse haine.

SAVELLA

En est-il ainsi ? Est-il vrai, madame, que votre père vous a fait subir des outrages capables d'éveiller en vous une haine indigne dune fdle ?

BÉATRICE

Non pas de la haine, c'était plus que de la haine; rien de plus vrai ; pourquoi donc me questionnez-vous ?

SAVELLA

II y a une action qui exige une enquête ; vous avez un secret qui ne veut pas répondre.

BÉATRICE

Que dites-vous ? .^lonseigneur, vos paroles sont hardies et téméraires.

SAVELLA

Au nom de Sa Sainteté le Pape, j'arrête tous ceux qui sont ici présents. Il fout aller à Rome.

LUCRETIA

Oh ! non à Rome ! Vraiment nous ne sommes pas coupables.

BÉATRICE

Coupables ! Qui ose parler de culpabilité ? Monseigneur, je suis plus innocente du parricide qu'un enfant né sans père. Chère mère, votre douceur et votre patience ne sont pas un bouclier contre ce monde au jugement tranchant, contre ce mensonge à deux faces, qui semble être et n'est pas. Quoi ! les lois humaines, ou plutôt vous qui êtes leurs ministres, voudrez-vous fermer d'abord tout accès à la justice, et puis, quand le ciel s'interpose pour exécuter lui-même ce que vous néglige?

do fairo, on armant le bras lo plus faniilior pour la réparation d'un orinio inouï, faire des victimes qui ont imploré celte i>iàee les coupables ! Cost vous (|ui êtes les coupables ! Ce pauvre malheureux, qui est là si pâle, tremblant, anéanti, s'il est vrai qu'il a assassiné Cenci, il n'a été qu'une épée dans la main équitable du Dieu tiès juste. Pourquoi l'aurais-je i)rise moi-même ? à moins don(; que Dieu se lasse scrupule de venger des crimes que la langue mortelle n'ose jamais nommer.

SAVELLA

Vous avouez que vous désiriez sa mort ?

BÉATRICE

(yenté'té' un crime aussi grand que le sien, si un seul moment <-e Curieux dc'sii' avait faibli dans uion co'ur. Il est vrai que jai cru, espéré et prié, oui, (juo j'ai même ('té convaincue (car Dieu est sage et juste), que quelque étrange el soutlaine mort était suspendue sur sa tête. Il est vrai que cola est arrivé; ce (|uil y a de i)lus vi'ai, c'est qu'il n'y avail pour moi pas d'autri! repos sui' la loi'i'o, j)as daulro espérance au ciel ! Kt maintenant (jucn concluez-vous ?

SAVELLA

Dos pensées étranges enfantent d'étranges actions ; et il y a ici les doux choses à la fois. Je no vous juge pas.

IIÉATIUCE

Kl copendani, si voils marrêtez, vous vous faites le juge et rexéculour Ar co (|ui est la vie i\v la vie; le soufllo uiêmo dune accusation Ino un nom iimoooni. cl aiiandoniio à un ac(|iiiiloinonl i)oiton\ la pauvre vie (|ui n osi plus (ju un masque sans Ihonneur. 11 est très faux

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que jo sois coupable d'un hideux parricide ; quoique je doive me réjouir, pour de très justes causes, de ce que d'autres mains aient envoyé lame de mon père implorer la pitié qu'il me refusait. Maintenant, laissez-nous libres ; n'entachez point une noble maison avec les vagues soupçons d'un crime qu'elle désavoue. N'ajoutez pas à nos souffrances et à votre propre incurie une plus lourde aggravation ; elles se sid'iîsent amplement. Laissez-nous les débris de notre naufrage.

SAVELLA

Je n'ose, madame. Préparez-vous, je vous prie, à m'accompagner à Kome. Là le Pape fera connaître ses dernières intentions.

LUCRETIA

Oh ! non pas à Rome ! Ne nous emmenez pas à Home !

BÉATRICE

Pourquoi pas à Rome, chère mère ? Là, (Y)mme ici, notre innocence sera connue un talon armé pour écraser l'accusation. Dieu est là comme il est ici, et il revêt partout de son ombre l'innocent, l'offensé et le faible ; et c'est ce que nous sommes. Courage, chère dame ! Appuyez-vous sur moi ; rassemblez vos pensées errantes. Monseigneur, aussitôt que vous aurez pris quelque rafraîchissement, et que vous aurez fait sur les lieux les recherches nécessaires pour le plein éclaircissement du fait, nous serons prêtes. Mère, viendrez-vous ?

LICRETIA

Ha ! Ils nous attacheront à la roue et arracheront à notre agonie notre propre accusation ! Giacomo ne serat-il pas là ? et Orsino ? et Marzio ? Tous présents, tous

confrontés, tous interrogeant la physionomie l'un de raiitre pour y lire ce que chacun a dans son cœur !

Oh ! misère ! EIIc s'évanouit, on rcniporlc.

SAVELLA

Elle sévanouil ; mauvais signe !

ItÉATRICE

Monseigneur, elle ne connaît pas les usages du monde. Elle a peur (|iie le pouvoir ne soit comme une bote farouche qui ('treint et ne lâche pas prise ; un serpent dont le regard ti'ansforme tout en «'rime, pour s'en repaître. Elle ignore (lue les nonchalants esclaves de l'aveugle autorité savent bien lire la vérité des choses quand elle est écrite sur le fiont (\v la sincérité; elle ne voit pas rinnocence tiionq)hanlc debout devant le tribunal d'un homme mortel, elle-même juge et accusatrice du <'rime qui l'y a traînée. — Pré|)arez-vous, Monseigneur ; notre suite va rejoindre la vôtre en bas dans la

cour.

Us sorlcnt.

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