‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 32 sur 105 · C.IAC.OMO · texte numérisé non relu

C.IAC.OMO

Comment cela est-il |)(»ssihle? Déjà l^i'atricc, l.U( relia. l'assassin sont en prison.. le ne(Iouie|):is (pi'au nionieiii oil nous jiai'lons, des oriicieis ne soient env(»yés j)our nous arrêter.

Ol'iSINO

.1 ;ii loni pr(''pa!('' |»our une fiiile instantanée. Nous pouvons encore ('chapper. si nous savons saisir aux cheveux l'occasion (n"itive.

Li:S CENCI 91

GIACOMO

Plutôt expirer dans les tortures, comme cela est bien possible î Quoi ! Voulez-vous donc par une fuite qui s'accuse elle-même rejeter sur Béatrice la certitude du crime ? Elle qui seule , dans cette œuvre contre nature, est comme un ange de Dieu servi par des dénions; vengeant un forfait qui est tellement sans nom, quil change en piété le noir parricide ; tandis que nous pour les lins les plus basses... Orsino, quand je considère toutes vos paroles et vos regards, en les comparant avec ce que vous me proposez maintenant, j'ai peur que vous ne soyez un misérable. Dans quel but, en ellet, pouviez-vous m'engager dans un crime si périlleux, m' entraînant avec vos insinuations, vos signes et vos sourires jusquà cet abîme ! Ncs-tu pas un menteur? Non, tu es le mensonge même ! Traître et assassin! Lâche et esclave!... Mais non... défends-toi toi-même (11 dégaine). Que l'épée parle pour t'infliger la flétrissure que la langue indignée se refuse à prononcer contre toi !

ORSINO

Rengainez votre épée. Est-ce le désespoir que vous inspire votre crainte qui vous rend si téméraire et si prompt avec un ami qui s'est perdu pour l'amour de vous ? Si vous vous êtes laissé émouvoir par une très honorable colère, sachez que je ne voulais, en vous faisant cette proposition, que vous éprouver. Quant à moi, je pense qu'une affection bien mal récompensée m'a conduit à un point d'où, quand même mon ferme caractère pourrait s'abandonner au repentir, je ne saurais maintenant me tirer. Oui, pendant que nous parlons,

92 ŒUVRES POÉTiyiKS DK SHKLl.EY

les ministres de la justice attendent en bas ; ils me laissent ces courts moments. El maintenant, si vous avez quelque parole de mélancolique encouragement à adresser à votre femme atterrée, il vaudiait mieux passer par la porte de derrière, alin de les ('viter.

GIVCOMO

0 généreux ami! Comment pourras-tu me pardonner? Ma vie voudrait pouvoir racheter la tienne !

ORSINO

Ce désir vient un jour trop tard. Hâle-loi ; adieu ! N'entends-tu pas des i)as dans le coi-ridor ?

(iiacomo sort.

J'en suis fâché ; mais les gardes foui sentinelle à sa piopre |)Oi(e ; et j'ai arrangé mon slralagcme de manièi-e à |)Ouvoir me ({('harrasser à la fois deux et de lui. J avais songt' à jouer une conu'dic solennelle sur la scène peinte de ce monde nouveau, et à atteindre mes fins particulièies au moyen dune ti'ame mèh'e de bien et de mal, dont les aulres aniaieul lissi' les (ils ; mais il est survenu un Pouvoir qui a saisi et l)ris('' les mailles de mon dessein, et l'a changé en un lilet de l'iiine. — lia ! Ou enlond un cri.

Est-ce mon nom (|ue j'entends crier au dehoi's ? Mais à l'aliri d'un vil degiiiseiiienl, des haillons sui' mon dos, et sur ma face une fausse iniioeenee, je veux passer au mili<'U de celte nudliiude mal inlentionnée (|ui ne juge (pie sur les send)lauts. II me sera facile alors dc'changer les honneui's (pic je laisse à liome poui' un nouveau imm, un nouveau pays, et inie nouvelle vie modelée surd anciens (h'sirs; cl l(»ut cela sera lcmas(pie de rimmiiie iiit<'rieur, (|iii doit rester inalleralde. — (Mi !

LES CEXCI 93

j'ai peur que le passé ne veuille jamais me laisser de repos ! Et pourquoi, quand il n'y a personne que moi qui ait conscience de mes méfaits, le mépris de mon propre cœur devrait-il me troubler ? N'ai-je pas le pouvoir d'échapper à mes propres reproches ?

Serai-je donc l'esclave... de quoi? D'un mot ! que les hommes de ce monde menteur emploient l'un contre l'autre, jamais contre eux-mêmes, de même que Ion porte un poignard, mais non pour se blesser soi-même. Mais, si je m'abuse, où trouverai-je un déguisement pour me cacher de moi-même, comme celui-ci me dérobe aux yeux de tous les autres hommes ?

Il sort.

Page 1