MAP.ZIO
Son i»ropre lils (iiacomo, et le jeune ju'i'lat Orsino m'ont envoyé à Petrella : là les dames Héatrice et Luci'ctia moHrirenl pour me lenler mille couronnes ; alors moi et mon com|)agnou nous lavons inunédiatement assassiné. Mainlenanl, laissez-moi mourir.
l'HEMIKi; ji(;e
Cela sonne aussi mal (pie la v(''rile. (ianles, amenez les prisonnieis.
l'.iiln 111 I.iici('ii;i, r.cMiiii'c ot ('ii;iromo, gnnlés.
Hegardez eel li<»iiiiiie. <jii;in(l lavez-vous vu pmir la dernière fois !
IlÉAiniCE
.Nous ne lavons JMinais vu.
>i \i;/in Vous me connaissez Uoji hien, madame IW-atrice.
BÉATRICE
Je te connais ! Comment ? Où ? Quand ?
MAUZIO
Vous savez qui je suis ! Vous m'avez pressé à force de menaces et de séductions de tuer votre père. Quand la chose fut faite, vous mavez revêtu dun manteau dor tissé, et vous m'avez souhaité de prospérer ; comment j'ai prospéré, vous le voyez. Vous, Monseigneur Giacomo, Madame Lucretia, vous savez que ce que je dis est vrai.
Béatrice s'avance \ers lui; il se couvre la figure et recule.
Oh ! lancez sur la terre morte le terrible ressentiment de ces yeux î Détournez-les de moi ; ils blessent ! C'est la torture qui m'a forcé à déclarer la vérité. Messeigneurs, maintenant que j'ai parlé, faites-moi conduire à la mort.
BÉATRICE
Pauvre malheureux , jai pitié de toi ; mais reste encore.
CAMILLO
Gardes, ne remmenez pas.
BÉATRICE
Cardinal Camillo, vous avez une bonne réputation de douceur et de sagesse ; se peut-il que vous siégiez ici pour autoriser une farce aussi criminelle que celle-ci ? où l'on voit un obscur et tremblant esclave, qu'on vient d'arracher à des soutlrances qui ébranleraient le cœur le plus ferme, forcé de répondre non selon sa propre pensée, mais selon les soupçons et les désirs de ceux dont les questions lui suggèrent alors leurs propres
réponses ; et cela au péril de tourments si hichnix que Dieu dans sa miséricorde les épargne même aux danuK'S ! Dites-moi maintenant une chose qu'assurément vous savez : si votre corps délicat était étendji sur cette roue, et qu'on vous dît : « Avouez que vous avez empoisonné votre tout jeune neveu, ce bel enfant aux yeux bleus qui était l'étoile polaire de votre vie » ; alors même que tous seraient témoins que, depuis sa très rapide et lamentable mort, le jour et la nuit, le ciel et la terre, le temps, toutes les choses qu'en attend l'espérance et qui s'accomplissent avec lui , tout a cliangé pour vous, par l'excès de votre chaj^rin ; cependant vous diriez: « J avoue tout », et connue cet esclave, vous imploreriez de vos bouri-eaux le refuge dune moi'l déshonorante. — Je vous en prie, cardinal, alUrmez mon innocence.
C.VJULI.O, tirs touclii- Que devons-nous [X'nser, Miîsseigncurs ? Honte sur ces larmes ! .le cioyais ([ue mon cœur, (pii en est la source, ('tait i^jlaec'- ! .rengagerais mon ànie (piClle est innocente.