‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 36 sur 105 · UN JUC.E · texte numérisé non relu

UN JUC.E

Ccpentlaiil elle doit sul)ir la torture.

IWMWA.U

.le sciais tout aussi pivi ;i livrci- à la tortuiT mon propre neveu (s'il vivait aujourd luii, il aurait juste son Age; ses cheveux aussi ('laieiit de la même couleur", ci ses yeux, i\r l;i même l'onne (|iie les siens. m;iis bleus et moins piolbuds) oui. tout ;mssi prêt (ju'à laisser loiinrer I;i plus paiTaile ini;ige de r;iinour lU'.

Dieu, qui vint jamais pour souffrir sur cette terre. Elle est aussi pure que rcnfanl muet encore !

LE JUGE

Eh bien ! que votre tête réponde de sa pureté , Monseigneur, si vous interdise/, la torture. Sa Sainteté nous enjoint de poursuivre ce crime monstrueux selon les formes les plus strictes de la loi ; bien plus, de l'étendre, au besoin, contre les criminels. Les prisonniers ici présents sont accusés de parricide, et l'évidence est telle quelle justifie la torture.

BÉATRICE

Quelle évidence ? Le témoignage de cet homme ?

LE JUGE

Oui.

BÉATRICE à Marzio.

Approche. Et qui es-tu, toi qui as été choisi du milieu de la multitude des hommes vivants pour tuer Tinnoceot ?

MARZIO

Je suis Marzio, le vassal de ton père.

BÉATRICE

Fixe tes yeux sur les miens, et réponds à ce que je

vais te demander. se tournant vers les juges

Je vous prie de remarquer sa contenance ; loin de ressembler à l'impudente calomnie , qui quelquefois n'ose pas dire ce qu'exprime son visage, lui n'ose pas exprimer de son regard ce qu'il dit, mais il baisse ses yeux vers la terre aveugle. a Marzio

Eh bien ! Diras-tu f|ue j'ai assassiné mon propre père ?

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MARZIO

Oil! (le gi'àcc ! Ma cervelle s'obscurcit. C'est Ihorrible torture qui m'a forcé à dire la vérité. Emmenez moi ! Ne la laissez pas me regarder ! Je suis un infortuné et misérable criminel ! J'ai dit lout ce que je sais ; à présent laissez-moi mourir !

BÉATIUCE

Messeigneui's, si par nature j'avais été assez dure pour tramer le crime allégui' (crime que vos soupçons ont dicté à cet esclave, et (pie la toi-ture lui a l'ait articuler), pensez-vous donc (jue j'aurais laissé là cet instrument à deux Iranclianls de mon nu'fait , cet lionnne, ce poignard ensanglante avec mon i)ro|)re nom gravé sur le manche, gisant hois du fourreau au milieu d'un monde d'eimemis, pour ma jtropre moi l '! (jue, devant Ihorrible n('cessit('' (Ui plus prolond silence, jamais m''glig('' une si banale pr(''caiUion (pie celle de l'aire de sa tombe la gardienne dun secret ('cril sur la im-inoire dun voleur? Qu'est-ce (pie sa pauvre vie? Qu'est-ce (pie mille vies ? Une jjari'icide les eût foulées aux pieds comme la poussière ; et voyez, il vil !

Se Idurn.inl vers Maivio

i:i toi...

MAItZIO

l)e grâce, ('pargiir-inoi ! .\c me parle plus! Ce regard dur et cependant plein de pilic'. ces accents solennels, bicsseiil plus {•niclliiiifiil ipic la loiiiiic.

All\ itl^fs.

.lai loiitdit; an nom dr la pilic, laites-moi conduire a la iiioi'l !

LES CEKCI 99

CAMILLO

Gardes, conduisez -le plus près de madame Béatrice. 11 recule en frissonnant sous son regard, comme la feuille d'automne au souffle acéré du Nord le plus serein.

BÉATRICE

0 toi qui trembles sur le bord vertigineux de la vie et de la mort, remets-toi avant de me répondre ; ainsi tu pourras répondre à Dieu avec moins d "épouvante. Quel mal t'avons-nous fait ? Moi, hélas ! je n'ai vécu sur cette terre qu'un petit nombre de tristes années; et mon destin a voulu qu'un père d'abord fit de tous les moments où je m'éveillais à la vie autant de gouttes empoisonnant la douce espérance de la jeunesse; et puis d'un seul coup poignardât mon âme immortelle, et mon honneur sans tache, et la paix même qui dort dans le fond du cœur de notre cœur. Mais la blessure n'était pas mortelle; seulement, ma haine devint le seul culte que je pusse otMr à notre Père suprême, qui dans sa pitié et son amour t'a armé, comme tu l'as dit, pour le faire disparaître ; et ainsi le coup qui l'a frappé devient mon accusation ! Et c'est toi qui es l'accusateur ? Si tu espères obtenir merci dans le ciel, montre de la justice sur la terre ; il y a quelque chose de pii'e qu'une main sanglante, c'est un cœur sans pitié. Si tu as commis des meurtres, si tu as fait de ta vie un sentier où tu puisses fouler aux pieds les lois de Dieu et de l'homme, ne te précipite pas devant ton juge, pour lui dire : « Mon créateur, j'ai fait cela, et plus encore: car il y avait une créature, la plus pure et la ])lus innocente des créatures de la terre ; et parce qu'elle avait enduré ce que jamais personne, coupable ou innocent, n'avait enduré avant elle,

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parce que ses maux défient la parole et la pensée même, parce que ta main à la fin la sauvée, moi avec mes paroles, je l'ai tuée, elle et toute sa parenté. » Songe, je t'en conjure, à ce que c'est que dégorger le respect qui vît dans les esprits des hommes pour notre ancienne maison et notre réputation sans laclK; ! Songe à ce que c'est que d'étrangler la Pitié, cet enfant bercé dans la confiance d'innocents regards, jusqu'à ce que soulfrir devienne un crime ! Songe à ce que c'est que de souiller avec l'infamie et le sang tout ce (pii ressemble à l'innocence, tout ce ([ui, écoule-moi, grand Dieu !... tout ce qui, je le jure, est l'innocence même, si bien que le monde ne sache plus faire de distinction entre le regard sournois, faiouche et sauvage du crime, et le )'egard (|ui maintenant le force à répondre à ma question : suis-je ou ne suis-je pas une jtarricide ?

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