‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 40 sur 105 · GL\C()M · texte numérisé non relu

GL\C()M

Ne sais-tu pas, mère ? sœur, ne sais-tu pas ? En ce moment même Bernardo est allé implorer le Pape pour obtenir noli-e pardon.

LUCUETLi

Enfant, peut-être scra-t-il accorde'; ! Alors nous pourrons vivre tous, pour faire de nos douleurs une histoire pour les aimées à venir. — Oh ! quelle pensée ! Elle jaillit sur uion cœur counne du sang chaud.

«K.VTUU'.E

Et cependant pensée et cirur vont cire bientôt froids. Oh ! écrase cette i)ensée ! Il y a qiiehpie chose de pire que le désespoir, de plus amer (pu* la mort, c'est l'espérance; c'est le seul mal (pii puisse Irouvcr place à l'heure ("lourdissaule, acérée, eli'oile (|uicliaiicelie sous nos pas. IMaidezavec la rapide gelée, pour (ju'eile épargne les pre mières fleurs du printemps ; plaidez avec le Iremltlenienl de terre qui s'»''veille, alors (pie sur sa couche une cité s'élève forte, belle et libi-e, (pii tout à l'heure ne sera plus (pi'un goiid're b(''aiit de puanteur et de tc'-in'-bres, eonnne la mort; plaide/, avec la laiiiiiie et la peste (pii marelie sur les vents, l'aveugle eclaii'on la sourde nn-r ; mais ne plaidez i)as avec l'homme ! L'honunc cruel, froid et for-

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maliste ; riiomnie équitable on paroles, en actions un Cain ! Non, mère, il nous faut mourir.... puisque telle est la récompense de vies innocentes, et tel est le seul allégement des plus cruelles infortunes. Et, tandis que nos assassins vivent, et que, hommes durs et froids, ils s'acheminent lentement en souriant à travers un monde de larmes vers la mort, comme vers le sommeil de la vie, ne serait-il pas juste que le tombeau fût pour nous une étrange joie? Viens, sombre mort, et enlace-moi de tes bras qui embrassent tout ! (Connue une tendre mère, cache-moi dans ton sein, et berce-moi pour le sommeil dont on ne s'éveille plus ! Vous qui vivez, vivez esclaves les uns des autres, comme nous le fûmes, nous qui aujourd'hui....

Bejnardo se précipite sur la scène.

BER>ARDO

Oh ! Horrible ! Ces larmes, ces regards, cette espérance se répandant en prières, jusqu'à ce que le cœur soit vide pour le désespoir, tout cela devait être vain ! Les ministres de la mort attendent autour des portes. J'ai cru voir du sang sur le visage de l'un d'eux. Etait-ce une imagination?... Bientôt le sang du cœur de tous ceux que j'aime sur terre va l'arroser, et il l'essuiera comme si c'était seulement de la pluie ! 0 vie ! à monde ! ensevelissez-moi ! que je ne sois plus ! Voir ce parfait miroir de pure innocence, où je n'avais qu'à regarder, pour devenii' heureux et bon, brisé en poussière ! Te voir, Béatrice, toi qui embellissais tout ce qui tombait sous ton regard, loi, lumière de ma vie, toi morte, à jamais obscurcie ! au moment même où je dis « sœur », savoir que je n'ai plus de sœur ! — Et toi, mère, dont

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l'amour ('tait comme le lien de tous nos amours, toi moiie ! ee doux lien brisé !...

Entrent Camillo et sardes.

Ils viennent ! Laisse-moi baiser ces lèvres chaudes avant que leurs pétales cramoisis ne soient flétris, blancs, froids ! Dites-moi adieu, avant que la mort étouffe cette douce voix ! Que je vous entende encore parler !

BÉATIUCE

Adieu, mou tendre frère! Pense à notre triste sort avec douceur, comme en ce moment ; et que de tendres pensées de |)itié allèi^ent pour loi le poids de ton diagrin. Ne marche pas dans làpre désespoir , mais dans les larmes et la patience. Une chose encore, mon enfant. Pour l'amour de toi-même, sois fulèle à l'amour que lu nous as voué , et à la conviction que, malgré létiangc nuage de crime et de honte ([ui m'a enveloppée, j'ai toujours \vn\ saiiilc ei sans tache. Et dussent les langues mauvaises me blcsseï', (h'il notre couunuu nom être connue un stigmate imprimé sur ton front innocent, que les hommes se montreront en passant, reste inébranlable, et ne conçois jamais une mauvaise pensée contre ceux (jui peut-être... t'aiuieront encore (huis h'iu's tombeaux! Puisses-tu mourir couune je meius, triomphant (h' hi crainte et de hi douleur! Adieu ! Adieu ! Adieu !

HEim.VRDO

Je ne puis te dire adieu !

CAMILLO

(Ml ! (lame IJeatrice !

nKATiuci; Ne vous donnez pas une j)eine imitile, mon clier

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