‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 39 sur 105 · C.AMII.I.O · texte numérisé non relu

C.AMII.I.O

Le l'apc est iinpiloyable ; impossible de rem«)UV(>ir ou (le le (l('(l)ii'. Il ;iv;iii l'air aussi calme, aussi froid (HIC rengiii (|iii loilurc «•! (pii lue, à r;d)ri lui-même de Iniil ce (|u il inlligc ; une sl;i!nt' di' marbre, un rilr.

LES CENCl 109

une loi, une coutume ; et non un homme. Il fronçait le sourcil, comme si le froncement de sourcils avait été Tunique; ressort de son mécanisme, contre les avocats qui présentaient les défenses ; il les déchirait et les jetait derrière lui, en marmottant dune voix rauque et dure : « Qui donc j)armi vous a défendu leur vieux père tué dans son sommeil ? » Puis à un autre : « Tu fais cela en vertu de ton office ; cest bien ! » Il tourna alors vers moi un regard de deprecation et prononça froidement ces trois paroles : « Ils doivent mourir. »

BERXAUDO

Et cependant vous ne l'avez pas laissé ?

CAMILLO

Je l'ai pressé encore ; alléguant, autant que je pouvais le conjecturer, le crime diabolique, qui avait conseillé la mort de votre père dénaturé. Il répliqua : « Paolo Santa-Croce a assassiné sa mère hier au soir, et il s'est enfui. Le parricide devient si à la mode, que bientôt, sans doute aussi pour quelque juste cause, notre jeunesse nous étranglera tous, sommeillant dans nos fauteuils. L'autorité, le pouvoir et les cheveux blancs sont devenus des crimes capitaux. — Vous êtes mon neveu, vous venez me demander leur pardon. Attendez un moment .... voici leur sentence : ne me revoyez plus, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie à la lettre. »

BEHNAKDO

0 Dieu ! est-ce possible ! Je croyais en vérité que

tout ce que vous disiez n'était qu'une triste préparation

à d'heureuses nouvelles. Ah ! il y a des paroles et des

regards capables de faire plier la plus ferme résolution !

R.VRRr;. H. — ^

Je les ai connus autrefois ; maintenant je les ai oubliés, quand j'en aurais le plus chei' besoin. Quen pensezvous ? si j'allais le trouver, baigner ses pieds et sa robe de larmes brûlantes et anières ! limportuner de mes prières, tourmenter son cerveau de mes cris sans lin, jusqu'à ce que, dans sa rai>e. il nie frappe de sa croix pastorale, et foule sous ses pieds ma tète })rosternèe, de telle sorte (pie mon sang puisse laclier la poussière insensible sur laquelle il marche, et que le l'emords réveille la i)ilie ?.le le ferai ! Oh ! attendez mon retour!

Il se pn-riiiiU' liois de la salle.

CAMULO

Mêlas ! pauvre enfant ! un inalelot dévoué au naufrage pourrait aussi l)ien prier la sourde mer.

Entrent Lucretia, Ili-aliice et (iiacoino ; ifardes. BÉATIUCE

JOse à peine craindre que tu ira|i|>(ii'[(^s dauH'cs nttnvcllt's (|ue celles dun juste pardon.

CAMILLO

Puisse Dieu dans le ciel être moins inexorable aux prières du Pape, quil ne l'a clc aux miennes ! Voici la sentence et l'ordre d'exéculion.

UÉATKICE, avec îles accents larouchos 0 mon Dieu! Est-il possible que je doive mourir si soudainemenl ? Si jeinie, m'en aller sous la terre obs- <-ui't', fluide, poilliissantc. pleine de vers 1 l'Aw clouée d;uis un si étroit es|);ice ! Ne plus voir la douce lumière du soleil ! >e plus entendre la joyeuse voix d'un être vivant ! Ne plus rêver à mes pensê'es familières, tristes, ei cependaiil perdues à jamais, quelle terrible chose ! N'èiie |tlus rien ! ou être.... (|iioi 1... Oh ! où suis-je ?

LES r.ENCI ill

Deviens-je folle ?.... Doux ciel, pardonne- moi daussi lâches pensées ! Mais s'il n'y avait ni Dieu, ni ciel, ni terre dans le monde vide! le monde immense, gris, sans lumière, profond, inhabité ! Si toutes choses alors devaient être l'espi'it de mon père, son œil, sa voix, son attouchement, m'enveloppant, comme l'atmosphère et le souffle de ma vie morte ! Si quelquefois, sous une forme plus semblable encore à lui-même, la forme même qui m'a torturée sur la terre, il venait masqué de rides et de cheveux gris, m'enlacer de ses bras d'enfer, fixer ses yeux sur les miens, et mentrainer en bas, en bas ! Car, n'était-il pas le seul tout-puissant sur terre, et toujours présent ? Même mort, son esprit ne vit-il pas dans tout ce qui respire, et ne fabrique-t-il pas toujours pour moi et les miens la même ruine, le mépris, la douleur, le désespoir? Qui cependant est jamais revenu nous révéler les lois du royaume inexploré de la mort ? Lois aussi injustes peut-être que celles qui nous entraînent maintenant... où ? où ?

LICRETIA

Mets ta confiance dans le doux amour de Dieu, les tendres promesses du Christ ! pense qu'avant la nuit, nous serons en paradis...

BKATIIICE

C'est passé ! Quoi qu'il arrive, mon cœur ne faiblira plus ! Et cependant je ne sais pourquoi, vos paroles me glacent de froid. Comme toutes choses me semblent fastidieuses, fausses et glacées ! J'ai rencontré beaucoup d injustice en ce mondes ; ni Dieu, ni l'homme, ni aucun des pouvoirs qui ont façonné mon misérable destin n'ont jamais, pour ce qui me regardait, distingué entre

le bien el le mul. Je suis ellacée du seul monde que je connaisse, de la lumière, de la vie et de lamour, dans la douce aurore de la j(;uuesse. Vous faites bien de me dire d'avoir conliance en Dieu ; j'espère que jai foi en lui ; en quel autre pourrait-on avoir foi ? Et (;ependant mon cœur est froid.

PeiulaiU les dernières paroles Giai'omo cause à l'écart avec Camillo, (lui sort ; Giacomo s'avance.

Page 1