‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 43 sur 105 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ScÈXE. — In ravin des Rocs de glace dans le Caucase indien — PROMETHEE est exposé enchaîné sur le précipice — PANTHr^A ci lONE sont assises à ses côtés. — La scène commence pendant la nuit ; dans le cours de la scène le malin |)erce ])eu à jicu.

PllÔMÉTHÉE

Monarque clos Dieux et des Démons, et de tous les Esprits, excepté Un, qui encombrent ces mondes étincelants et roulaîits, que Toi et Moi, seuls denire les êtres vivants , nous contemplons avec des yeux sans sommeil! Kegarde cette terre, où pullulent tes esclaves, dont tu récompenses l'adoration à genoux, les prières, les louanges, les sueurs, les hécatombes de cœurs brisés, avec la crainte, le mépris de soi-même et la stérile espérance ; tandis que moi qui suis ton ennemi, aveugle en la haine, lu mas fail régner et triompher, à ta honle, de maproi)re misère et de la vaine revanche. Trois mille ans d'heures que n'a point abritées le sommeil, des moments toujours comptés par des douleurs aiguës, et qui semblaient autant d'années, la torture et la solitude, le mépris et le désespoir, — voilà mon empire, plus glorieux mille fois (pie tout ce que tu contemples de ton trône non envié, ô puissant Dieu ! Tout-puissant, si j'avais daigné partager la honte de ta mauvaise tyrannie, je ne serais pas pendu ici, cloué à

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colto muraillo duiK^ montagne qui défie les aigles, noire, froide, morte, sans limites ; sans herbe, insecte ni bêle, bruit ou foime de vie. Pour moi, hélas! la douleur, la douleur toujours ! pour toujours!

Point de changement, point de repos, point d'espél'anee ! Cependant j'endure. .rinlerrog(> la terre: les montagnes n'ont-elles pas senti? Jinterioge au loin le ciel, le Soleil qui voit tout: n'a-t-il pas vu? la mer, agitée ou calme, ombre toujours changeante du ciel déployé sui' elle : ses soiu"des vagues n'ont-elles pas entendu mon agonie? Pour moi, In-las ! la douleur, toujours ! pour toujours !

Les glaciers rampants me percent des i)ointes de leurs cristaux d'un froid lunaiie : les brillantes chaînes longeni de leur froid (jui brûle jusqu'à la moelle de mes os. In chien aih'' (Ui ciel, sui' les lèvres souillant son bec (Viiu poison (|ui n'est pas le sien , (h'chire mon cd'ur : et d infornjcs visions erreni devant moi, jicuple speclral des royaumes du l'ève, se jouant de moi ; et les démons du ti'emblcment de leire sont ciiargés de tordre les clous dans mes plaies lremi»lantes, quand les rocs se fendeni cl se r('fermeul de nouveau ; j)endanl (|ue de leurs Itruyanis abîmes accouil liuilaule la foule des (ic'uies de la lenq)ète, excilanl la rage du tourbillon, et (|u"elle m'accable d'une i;rèle aiguë. Et cependant bienvenus soni pour moi le joui' ei la nuil, soit (pie l'un biise la gelée du matin, soit (pi'etoilé'e, obscure cl lente, I auli'c monte il l'Orient couleur de plomb; car alors ils conduisent les heures ram|)anl<'s et s;uis ailes, don! I une, - connue un sombre piètre traîne la victime (pii i<''sisle, — te traînera, cruel roi, pour venir baiser le sang dé'conlant de ces pieds blêmes,

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qui poiiriaieiit alors te fouler s'ils ne dédaignaient pas un pareil esclave abattu. Dédaigner ! Oh non ! J'ai pitié de toi. Ùuel désastre doit te pourchasser sans défense à travers le vaste ciel ! Comme ton àme, déchirée dans ses profondeurs par l'épouvante, s'ouvrira ainsi que l'intérieur d'un enfer ! Je parle dans la douleui-, et non le trionq^he ; car je ne hais plus, depuis que la misère m'a rendu sage. Les malédictions autrefois exhalées contre toi, je voudrais les rétracter. Vous, Montagnes, dont les Échos aux cent voix, à travers le brouillard des cataractes, semèrent le tonnerre de cette imprécation ! Vous, Sources de glace, stagnantes sous la gelée (jui vous ride, qui vous ébranlâtes à ma voix, et puis vous enfuîtes en A-issonnant à travers l'Inde ! Toi, Air très serein, à travers lequel le Soleil se promène brûlant sans rayons ! Et vous, rapides Tourbillons, qui sur vos ailes équilibrées vous susi)endîtes muets et immobiles au-dessus des profonds abîmes calmés, pendant (piun tonnerre, plus puissant que le vôtre, faisait trembler l'orbe du monde ! Si alors mes paroles ont eu ce pouvoir, qnoi(|ue je sois tellement changé que tout mauvais désir est mort en moi, quoiqu'il n'y ait plus de souvenir de ce qui est la haine, il ne faut pas les laisser perdre aujourd'hui ! Quelle était cette malédiction ? car vous m'avez tous entendu parler.

piŒMiÉKE VOIX : Des Montagnes

Pendant trois fois trois cent mille ans les Tremblements de terre ont été notre couche ; souvent, comme des hommes convulsionnés par la crainte, nous avons tremblé dans notre multitude.

13U mavuKs poktiqles de shelley

SECONDE VOIX : Des Sources Lu fondre a dcssc'clK' nos eaux, nous avons été souillées d'un sang amer, ot nous avons couru mucUcs au milieu des cris de carnage, à travers maintes cités et maintes solitudes.

TROISIÈME voix: De V Air Depuis la naissance de la Terre, j'ai revêtu ses ruines de couleurs (jui n'étaient pas les leurs, et souvent la scrénit('' de mon repos a été troublée par bien des soupirs déchirants.

QiATRiibiE VOIX : Des Tourbillons

Nous nous sommes élancés de dessous ces montagnes pendant des siècles sans l'epos ; et;ni le tonnerre, ni les soiMces enflammées du volcan, aucun pouvoir d'en haut ni d'en bas ne nous a jamais fail laiic d'épouvante.

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