SIXIÈME FURIE
Loin des gémissements à moitié entendus, et du sang non goûté ;
SKI'TllMK FURIE
Loin des conclaves de l'ois, rigides et froids, où le sang s'achète et se paye avec de lor.
m rriÈME ihiue Loin de la foui'uaise !)lanche et brûlante, oîi...
iM". 1 1 r.ii:
Ne parle |)as. ne dis mol ! Je sais tout ce (|ue Noiidrie/, dire ; mais vos |)aroles |)Ourraient rompre rencliantemciU (|ui (loi! plier lluvincible, celui dont la penst'^e est indomptable : il délie toujours les plus profonds pouvoirs de l'Enfer.
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Dc'chii'c le voile !
im: Al ii!I', ri iue il est d<'cliii'e !
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Les pAIes ('-toiles du MiMliii biilleiil sur une misère cruelle :i >«up|ioilei-. Te sens lu del;iiliir. puiss;uil I it;in?
PROMKTHKE DÉLIVRÉ 149
Tu es notre risée et l'objet de notre mépris. Te glorifiestu (le lu elaire science que tu as révélée à riiomme? Alors fut allumée en lui une soif qui dépasse ces eaux périssables ; la soif dune fièvre violente, espoir, amour, doute, désir, qui le consument pour toujours.
Un homme apparut, doué de douceur, souriant à la terre ensanglantée ; ses paroles lui survécurent, comme un rapide poison faisant dépérir vérité, paix et pitié.
Hegarde ! Partout oii autour de limmense horizon de nombreuses cités fourmillant de peuple vomissent la fumée dans fair brillant, écoute ce grand cri de désespoir ! c'est son ombre douce et tendre pleurant la foi qu'il a allumée.
Uegarde encore : les flammes se sont presque réduites à la lueur d'un ver luisant; autour des cendres, les survivants s'assemblent dans la crainte.
Joie, joie, joie !... Les ages passés se pressent autour de loi ; mais chacun se ressouvient, et l'avenir est ténél)reux, et le présent est déployé comme un oreiller d'épines pour ta tête sans sommeil î
l'REMIEU nivMI-CHŒUR
Les gouttes dune agonie sanglante coulent de son front paie et tremblant. Un instant de répit. Vois ! une nation désenchantée s'élève comme le jour du sein de la désolation ; son état est consacré à la Vérité : la Liberté, sa compagne, la conduit en avant; une légion de frères unis, que l'Amour appelle^ ses enfants...
DEUXIÈME l>EMI-(.nŒ-:LR
Voici bien autre chose ! Vois comme la parenté massacre la parenté! C'est le temps de la vendange pour la Mort et le Péché ; le sang, comme le vin nouveau,
bouillonne intérieurement ; jusqu'à ce que le Désespoir étouffe le monde; se déhatlanl en proie aux eselaves et aux tyrans !
Toutes les Finies s'évanouissent, e\(e|)té une lONE
Ecoute , sœur ! quel profond et cependant teirible gémissement dé'chire en toute liberté le c(eur du bon Titan, de même (jue les tempêtes décliirent l'abîme , <'t les bêtes entendent la mer o(''mir dans ses pi'ofondes cavités ! Oses-tu regarder connue les démons le toi'iurent ?
P.VNTHftA
Hélas ! Jai regardé deux fois, mais je ne veux plus.
lONK
Qu'as-lu vu ?
IVVMIIKA
Un lamentable s|)eclacle : un Jeune honune avec des regards lésignés cloué à uiu' croix.
iom:
Kl quoi ensuit»'?
PANTHIÏA
Le ciel tout autour, cl la terreau-dessous, peuiib'C des innombrables formes de la mort bumaine, toutes borribles, et façonnées par des mains bumaines, et (pu'bpiesunes semblaient rd'uvredecieurs binnains ; deshonnues ('taient lentement tués ]»ar des fioncements de sourcils et des sourires; et d'autres spectacles, ti'opbidcux pour les dire cl vivre, criaient dcviinl mes yeux, .le ne veux |ias m'exposer à ime ))irc (''|iouvanle. en regardant encore ; ces gémissements sont une douleur suflisante.
PROMÉÏHÉE DÉLIVRÉ 151
LA FURIE
Vois un cmblrme: ceux qui endurent de profonds maux pour l'homme, itl le mépris et les chaînes, ne font qu'entasser mille tourments sur eux-mêmes et sur lui.
PRo^n'niiÉE Apaise l'angoisse de ce regard enflammé. Ferme ces lèvres blêmes ; de ce front blessé d'épines ne laisse pas jailHr le sang : il se mêle avec tes larmes ! Fixe, fixe ces orbites torturés dans la paix et la mort ; que tes spasmes douloureux n'ébranlent pas ainsi cette croix ; que tes pâles doigts ne jouent pas ainsi avec le sang caillé ! Oh ! horrible ! Je ne veux pas dire ton nom, il est devenu un anathème ! Je vois, je vois le sage, le doux, le sublime et le juste, haï par les esclaves pour être semblable à toi ; quelques-uns chassés par d'ignobles mensonges du foyer de leur ca'ur, foyer de bonne heure choisi, et pleuré trop tard ; on dirait des onces têtues s'acharnant après la biche forcée ; quelques-uns enchahiés à des cadavres dans de malsains cachots ; d'autres — n'entends-je pas la foule ricaner bruyamment? — empalés sur un feu lent ; et de puissants royaumes flottent à mes pieds, comme des îles déracinées de la mer, dont les fds sont pétris dans un commun sang à la rouge lumière de leurs propres maisons en flammes.
LA FURIE
Tu peux voir le sang et le feu ; lu peux entendre les gémissements ; il y a derrière des choses pires encore, que l'on n'entend pas, que l'on ne voit pas.
PROMÉTHÉE
Pires ?
LA FURIE
Dans chaque cœur humain la terreur survit à la ruine qui s'est repue de lui ; les plus élevés craignent tout ce qu'ils voudraient pouvoir d(''daigner de regarder' comme vrai ; l'hypocrisie et la routine font de leurs esprits les temples de beaucoup de cultes, aujourd'hui complètement usés. Ils n'osent pas révéler le bien pour l'amélioration de la condition de l'homme ; et cependant ils ne connaissent pas ce qu'ils n'osent pas. Le bon manque de puissance, sinon pour pleurer des larmes stériles ; le puissant manque de bonté, le pire des besoins pour lui. Le sage manque d'amour, et ceux qui aiment manquent de sagesse ; et les meilleures choses sont ainsi confondues avec le mal. Beaucoup sont forts et riches, el voudraicmt être Justes ; mais ils vivent [)armi les hommes, leurs com]>agnons de souH'rance, comme si personne ne sentait ; ils ne savent ce qu'ils font.
i»romi';thé1':
Tes jiaioles sont comme un nuage de serpents aih'S ; el cependant J'ai piti('' de ceux qu'elles ne torturent i»as.
LA lur.n.
Tu as pili('' treux ? Je ne parle i)lus !
i;llo (liS|i:ii:iil.
l'UOMKTIIÉE
Oluloulcur! Oh douleui'! In-las ! la peine, la peine toujours! pourloiijoins 1 .\r renneuiesyeuxsaus larmes, uiais je ne vois ( pie plus elairemeiil les «euvres (l;iiis mou esprit illuminé j)ar la douh'ur, ô toi, aslmieux Tyian ! La paix est dans la tombe. La tombe iceonvi'e toutes les choses beUes et bonnes. Je suis i\u Dieu, ei je ne puis la trou-
PROMKTÎir.E DKLIVni'". 153
ver là ; et je ne voudrais pas ly chercher ; car, quoique ta vengeance soit terrible, c'est une défaite, cruel Roi, non une victoire ! Les spectacles dont tu me tortures ceignent mon ame d'une nouvelle patience, jusqu'à ce que l'heure arrive où ils ne seront plus les types des choses qui sont.
PANTHÉA
Hélas ! Quas-tu vu ?
PUOMÉTHKE
11 y a deux douleurs : parler et voir ; épargne m'en une. Il y a des mots écrits au cadran sacré de la Nature, mots portés bien haut dans un brillant blason ; les nations se sont ralliées autour d'eux, et ont cri(' bien fort comme avec une seule vt»ix : « Vérité, Liberté et Amour!» Tout à coup une violente confusion tomba du ciel parmi elles ; ce ne fut plus que lutte , imposture et crainte ; les tyrans se précipitèrent sur elles, et se partagèrent leur dépouille. Telle fut l'ombre de la vérité que je vis.
LA TE RUE
.l'ai senti ta torture, ô mon lîls, avec une joie mélangée, telle que la peine et la vertu la donnent. Pour applaudir à ton courage, j "invite à monter ces subtils et brillants esprits dont les demeures sont les profondeurs de Ihumaine pensée, et qui habitent, comme les oiseaux ailés le vent, son éther environnant les mondes ; ils contemplent au-delà de ce royaume crépusculaire , comme dans un miroir, l'avenir ; puissent leurs paroles te n'conforter !
PANTHÉA
Vois, ma sœur, une troupe d'esprits se rassembler
154 (yRUVUES POl'lTIQUKS I)K SIIKIJ.EY
comiiK^, (1rs nocons de nuages dans la dcUieieiise saison du printemps, se pressant dans l'air bleu!
lO.NE
Et vois ! Un plus giand nombre arrivent (;omme les vapeurs des sources, ([iii, lorstpie les vents se sont lus, escaladent la ravine en lignes éparpillées. Et écoule! Estce la musique des pins ? Est-ce le lac ? Est-ce la cascade?
PAMIU'.A
C'est quelque; chose de plus triste, de bien plus doux que toute chose.
CHOKIU n'KSPIUTS
Depuis d'innombi'ahles âges . nous sommes les ainK!i)les guides et gai'diens de rilniiianih' oppi'imt'c par le ciel ; nous respirons, sans la corrompiv, latuiosphère de rinimaine pensée ; soit-elle trouble, humide et grise connue un jour éteint par la tempête , sillouiu' de lueurs mourantes; soit-elle aussi brillante que tout ce qui se trouve entre les cieux sans nuage et les courants sans brise, silencieuse, lrans|)arenl(; et sereine, ('onune les oiseaux dans laii' , on les poissons dans l'onde, conune les pensi'-es du propre esprit de rii(»nu)ie lltiitcnt à travers toutes choses au-dessus du tomlteau ; ainsi nous faisons d'elle notre li(|uide repaire, voyag«'aul semblables aux nuages et làcln-s à travers les ('lémenls .sans bornes: de là nous apportons la i»rophélie (pii connnence et Unit en toi !
I! en vient encore, un à un ; l'air autour tVvnx brille l'adieux connue l'air autour d une étoile.
PROMftTHl'CE DÉLIVRÉ 155