I.E ni.VE
Suis ! Suis !
l'AMMI. V
(l'est mon antre rêve.
PROMÏOTHÉE DÉLIVRÉ 165
ASIA
Il disparaît.
PANTHÉA
Il passe mainlcnant dans mon esprit. 11 me semblait, comme nous étions assises ici, que les boulons, enveloppes des fleurs, éclataient sur un amandier frappé de la foudre, quand accourant des blanches solitudes de la Scythie un vent rapide balaya la terre, en la ridant de gelée. Je regardai, et toutes les fleurs étaient emportées par son souffle ; mais sur (;haque feuille, comme sur les campanules bleues dHyacinllie racontant la douleur écrite d'Apollon, étaient imprimés ces mots : 0 SUIS, SUIS !
ASIA
Pendant que vous parlez, vos paroles peuplent d'images, point par point, mon propre songe oublié ; il me semblait qu'à travers les clairières ensemble nous errions, sous laube grisâtre du jour naissant ; et des multitudes de nuages, denses, blancs, laineux, erraient en flocons serrés le long des montagnes, troupeau conduit par le vent lent, indécis; et la blanche rosée sur Iherbe nouvellement éclose, qui ne faisait que percer la sombre terre, pendait silencieusement. 11 y avait encore d'autres choses dont je ne me souviens plus ; mais sur les ombres des nuages du matin, le long de la pente pourprée de la montagne, était ('crit : Suis ! o suis ! Comme ils s'évanouissaient, et (pie sur chaque herbe, d'où la rosée du ciel était tombée, les mêmes mots étaient imprimés, comme avec un feu desséchant, un vent s'éleva parmi les pins; il secoua de leurs rameaux la pénétrante musique, et alors des sons bas, doux, affaiblis.
166 (HaîVRES POÉTIQUES DE SHELLEY
commo un adieu dombrcs, se firent entendre : 0 suis, SUIS, suis-moi! Et alors je dis: « Panthra, regarde vers moi. » Mais dans la profondeur de ees yeux, aimés je voyais toujours : Suis, suis !
Éeno Suis ! suis !
l'AMIIÉA
Les rochers, en ee clair matin de printemps, imitent nos voix en se jouant, comme s'ils étaient des esprits pourviLs de langue.
ASLV
Il y a quelque ètri' autour des rochers. (Juels beaux, et clairs sons ! 0, écout(; !
ÉCHOS sans (Hrc vus.
Nous sommes les échos ; écoutez ! Nous ne pouvons restei' en repos ; comme les étoiles de rosée scinlillenl {)nis s'évanouissent.... Enfant de lOcéan !
ASLV
Ecoule: ! Les Espr'iLs parlcui i Les liquitles réponses de leurs langues aériennes ri'sonni'ul encore.
l'ANTHÉA
Jécoule.
Ériios
0 suis, suis, peuilaul (|iie noire voix si'loigiie à travers les cavernes creuses oii la lurèl s'étend.
l'Iirs (•IciiL.'iics
() suis, suis, à li'avers les cavernes cr'euses, |)oursuis les c:qirices de la «'hanson llollanle là où na jamais voh': la sauvage abeille, à travers les é'|iaisses l(''nèbres du midi, au milieu du sommeil à llialeine parlum('><; des
PROMKTIIÉE DJCLlVRl'; 167
languissaules fleurs do la nuit, cl le long des eaux jusqu'aux groltes éclairées par des sources ; pendant que notre musique, cai)ricieuse et douce, se rit de tes pieds à l'aimable cadence, Enfant de l'Océan !
ASIA
Poursuivrons-nous la voix ? Elle devient plus faible et s'éloigne.
• PANTHÉA
Écoute ! Le chant flotte maintenant plus près.