SCÈNE I
Le Malin. Uno cliarniante vallée dans le Caucase Indien. ASIA seule
De toutes les palpitations du ciel lu es descendu ; — oui, comme un esprit, comme une pensée, qui Aiit venir en ibiile des larmes inaccoutnmces aux yeux de corne, et ol)sède de battements le cœur désolé, (|ni devrait avoir appi'is le repos ; — tu es descendu bercé sur les tem|)éles : voici que tu l'éveilles, ô Printemps ! enfant de mille brises ! Aussi soudainement lu vic^ns que le souvenii" dun sontfc qui maintenanl est triste, parce qu'il a été doux ; semblable à un i^énie, ou à la joie qui s'(''lève de la terre, revêtant de nuaj^cs d'or 1(^ (b'serl de noire vie ! (l'est la saison, le jour, llieiu'e ; au levei- du soleil tu dois venir, ma douce So-ur, trop loni;tenq)S désirée, tro|) longtemps tardive, oh viens ! Oh ! comme avec la lenteur des vei's (h- la mori rampent les moments sans ailes! Le point d'inie lilanehe ('loih' frissonne encore enfonc('' dans la liiniièi'e orani;<''e du matin grandissant au-delà d<'s montagnes poui'pî'c ; à travers un altinie (le biouillard (l(''clii(|uet('' par- le vent, le lac plus sombre la reflèti!. Voilà (piClle s'é'vanouit ; elle brille de nouveau, sendtlable aux vagiu's (|ui s'ell'acent. ou aux Ills (Mubrasés d un nuage tissé se (h'-mèjanl dans lair pâle.
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La voilà perdue! et là-bas, à travers les pointes de neige semblables à des nuages, treml)lote la lumière rosée du soleil. Nentends-je pas la musique Éolienne de ses plumes vcrt-de-mer éventant l'aurore cramoisie ?
Pantlu'a entre.
Je sens, je vois ces yeux brûlant à li-avers des sourires qui s'évanouissent en larmes, comme des étoiles à moitié éteintes dans les brumes de la rosée d'argent. Bien aimée et parfaitement belle, toi qui portes l'ombre de celle âme par laquelle je vis, comme tu as été longue à venir ! Lorbe du soleil a gravi la mer; mon cœur était malade despérance, avant que lair qui ne laisse aucune trace ait senti tes ailes tardives.
PAATHÉA
Pardonne, grande Sœur ! Mais mes ailes étaient affaiblies par le charme du souvenir d'un songe , comme le sont les ailes de midi des vents d'été, saturées de douces fleurs. J'étais habituée à dormir en paix, et à me réveiller rafraîchie et calme, avant que la chute du sacré Titan et tf>n malheureux amour aient rendu, par l'accoutumance et la pitié, et l'amour et la douleur ensemble familiers à mon cœur, comme ils le sont devenus pour le tien. Jusque-là je dormais sous les cavernes glauques du vieil Océan, dans les profonds berceaux de mousse verte et pourpre , les bras blancs et doux de notre jeune sœur lone fermés alors, comme aujourd'hui, derrière ma noire et humide chevelure, pendant que mes yeux clos et ma joue étaient pressés dans les profonds replis de son sein respirant la vie. Ce n'était pas comme aujourd'hui , depuis que je suis devenue comme un souffle s'éteignant sous l'harmonie qui s'exhale pour moi de tes plus nuiets entretiens; depuis que, pâmée
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dans le scntimcnl (jui est \c langage de l'amour, mon repos a été troublé, et cependant reste doux, pendant que les heures de mes veilles sont trop pleines de soucis et de peine.
ASLV
Lève tes yeux, et dis-moi ton rêve.
l'AMMKA
Comme je lai dit, je dormais avec notre sceur de la mer, à ses pieds. Les brouillards de la montagne, se condensant à notre voix sous la lune, avaient dé|)loyé leurs flocons n(>igeux, abritant contre la glace aigu»' notre sommeil enchaîné. Alois deux songes vinrent. De lun je ne me souviens pas. Mais danslautre, des membres pâles, consumés de blessures, rapjjelaii'ut Prométhée ; et la nuit a/urée rayonna de la gloire; de cette forme (|ui vit sans changer jamais au dedans ; et sa voix retentit comme une musique qui donne le vertige à la cerveUe obscurcie, défaillante dans l'enivrement d'une poignante joie : '< So'ur de celle dont les pas ont pavé le monde d'enchaînements — ])lus belle (pie tout ex(;eplé elle, dont tu es l'ombre — lève tes yeux vers moi. » Je les levai ; la lumière éblouissante de cette forme immortelle était ombn'c d'amour ; de ses membres souples et ondoyants, de ses lèvres enlr'oiiverles par la passion , de .ses yeux pciranis et tendres, il s'exhalait comme un feu vaporeux ; une atmosphère (pii m'eiivelop|)a dans sa toute-dissolvante iniluence, coinme enveloppe l'élher brûlant du soleil du malin, avant d'avoir bu (juchpie nuage de rosée errante. Je ne vis jias, je n'eulendis pas, je ne ifiimai pas; je sentis seulement sa présence couler cl se mêler dans mon sang, juscpi'à cv
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qu'il (lovînt sa vie, et son sang la mienne ; et je fus ainsi absorbée, jusquà ce qu'elle eut passé; et comme les vapeurs, quand le soleil disparait, se réunissent de nouveau en gouttes sur les pins, tremblant comme elles, dans la profonde nuit mon être se condensait; et pendant que les rayons de la pensée se réunissaient lentement, je pus entendre sa voix, dont les accents restaient suspendus avant d'expirer, comme les pas d'une faible mélodie. Au milieu de beaucoup de sons, je n'entendis, de ce qui peut être arliculé, que ton nom; ne cessant de prêter l'oreille à travers la nuit, quand tout bruit s'était lu.
lone se réveilla alors, et me dit : « Peux-tu deviner ce qui me trouble cette nuit? Jusqu'à présent je savais toujours ce que je désirais, et je n'ai jamais trouvé de plaisir à désirer en vain. iMais maintenant je ne puis te dire ce que je veux ; je ne le sais pas : quelque chose de doux, puisqu'il est doux même de le désirer. Tu te joues de moi, perlide sœur; tu as découvert quelque vieux sortilège, dont les enchantements ont dérobé mon esprit pendant que je dormais, et l'ont mêlé avec le tien; car justement, pendant que tout à Iheure nous nous baisions, j'ai senti sur tes lèvres entr'ouvertes le doux air qui me soutenait, et la chaleur du sang vital, dont la perte me fait défaillir, frissonnait entre nos membres entrelacés. » Je ne répondis pas ; car l'étoile du malin pâlit, et je volai vers toi.
ASIA
Tu parles, mais les paroles sont comme lair; je ne les sens pas. 0 lève tes yeux, que je puisse y lire son âme écrite (l) !
(1) L'âme do Prùiuélhée.
I'A>TIII';A
Je les Icvo, quoiqu'ils s'attaissent sons le poids de ce qu'ils voudraient exprimer; que peux-tu y voir, sinon l'image de ta si belle ombre ?
Tes yeux sont comme le ciel profond, bleu, infini, resserrés en deux arcs de cercles sous leurs longs et fins cils; sombres, pi'ofonds, sans mesure, orbe dans orbe, ligne dans ligne entrelacée.
PANTHÉA
Pourquoi regardes-tu comme si un esprit passait?
ASIA
Il s'opère un changement ; au delà d(> Icni' plus seci'èle profondeiu' Je vois une image, une forme ; c'est Lui, paré de la douce lumière de ses propres sourires, qui se dé'ploient comme un rayonnement de la lune ccinle d(î nuages! IM'ométhée, c'est ton image! Ne l'en va pas encore ! ces sourires ne disenl-ils j)as (pic nous devons nous l'cnconlrer une autre fois dans ce brillant pavillon quo leurs rayons doivent consti'uiresur le vaste inonde ? Le rêve est dit.... Mais quelle est cette forme au milieu de nous? Sa rude chevelure rend |)lus âpi'c le vent qui la soulève ; son regard est farouche et |)erçant ; cependant e'esl nue chose de l'air; car à travers sa robe grise brille la l'osi'-e d'or doiil le midi n'a pas ('-leint les ('ioiles,