‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 70 sur 105 · HERCULE · texte numérisé non relu

HERCULE

0 le plus glorieux des esprits ! ainsi la Force sert la Sagesse, le Courage, l'Amour qui sait longtemps souffrir, et toi, qui es la forme qu'ils animent, — comme un esclave.

PROMÉTHÉE

Tes suaves paroles sont plus douces que la liberté même si longtemps désirée, si longtemps tardive.

Asia, toi lumière de vie, ombre d'une beauté non révélée ; et vous, belles Nymphes ses sœurs, qui avez fait de mes longues années de peine un doux souvenir, grâce à votre amour et à vos soins, désormais nous ne nous séparerons plus. Il y a une caverne, toute tapissée

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de plantes grimpantes parfumées, qui font au jour un rideau de feuilles <'t de fleurs, el paY(''e d(''nieraudes veinées ; et une fontaine bondit au milieu avee un bruit qui réveille. De sa voûte recourbée, les larmes gelées des montagnes, comme des aiguilles de neige ou d'argent ou de long diamant, pendent, faisant pleuvoir une lumière incertaine. Là on entend lair toujours en mouvement chuchotant au dehors dari)re en arbre, et les oiseaux, et les abeilles ; et tout autour sont des sièges de mousse, et les nuns rugueux sont revêtus de longues herbes flexibles.

Un simple séjour, qui sera le nôtre ; là nous nous assoirons et causei'ons l('in|)s ci changement ; nous dirons connnenl le monde decline el secoule, sans que nous changions nous-mêmes. Est-il une chose que rilounne puisse soustraire au changemenl? — Kt si vous soupii'c/, alors je sourirai ; et loi, lone, tu chanteras des fragments de nuisi(pie de mer jus(pi'à ce que je pleure, et que vos sourires dissipent les lai'mes quelle aura fait coulei', larmes cependant si douces à verser. Nous enlremêlerons boutons, el fleurs, et rayons (pii sciiililleni au bord de la fontaine, et nous ferons d'étranges ((uubinaisons de choses connnunes, comme les babies humains dans leur courte iiuux'cnce, cl nous fouillerons, avec des regai'ds et des |)aroles d ;unoui', poui- y irouvei- les mystérieuses pensées, jilus aimables l'une (pie l'autre, nos esj>rits in(''|»uisables : connue des luths, louches par larl du zephii- énamouré', lissent une harmonie divine, cependanl toujours nouvelle, de douces dissonances cpii ne peiiveul jamais di.scorder. Et ion verra accourir ici de loules paits, cmpoiles sur les vents <;haruu''s (se rencoulraul de tous les points du ciel,

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comnio les abeilles de chaque (leur aérienne que nourrit Enna se réunissent dans leurs demeures d'insulaires à Himera), les éehos du monde humain, parlant avec la voix basse de l'amour, une voix à peine entendue, et les murmures plaintifs de la Pitié aux yeux de colombe, et la Musique, l'i'cho lui-même du cœur, et tout ce qui adoucit ou améliore la vie de l'homme, maintenant libre.

Et les ravissantes visions d'abord obscures, puis radieuses, à mesui'e que lesprit, sortant tout lumineux de lembrassement de la beauté (où résident les formes dont elles sont les fantômes), jette sur elles les rayons concentrés qui sont la réalité, nous visiteront; immortelle progéniture de la Peinture, de la Sculpture, de la Poésie inspirée et des Arts, qu'on ne saurait imaginer, mais qui cependant doit être ; voix errantes et ombres de tout ce que l'homme doit devenir ; médiateurs de ce culte excellent, l'amour, allant et revenant de lui à nous, de nous à lui ; rapides formes et sons, qui deviennent plus beaux et plus suaves à mesure que Ihomme devient sage et bon, et que, voile sur voile, le mal et l'erreur tombent. Telle est la vertu que possèdent la caverne et l'espace qui l'entoure.

Se tournant vers l'Esprit de l'Heure

Pour toi, charmant Esprit, il reste une tâche. lone, donne-lui cette coquille recourbée, offerte par le vieux Protée en don nuptial à Asia, où respire une voix qui doit s'accomplir, et que lu as cachée dans l'herbe sous la cavité du rocher.

lONE

0 toi, la plus désirée des Heures, plus aimée et plus aimable que toutes tes sœurs, voici la mystique coquille ;

vois le pale azur s'effacant en nuance argentée qui la rovrl d'une douce et cependant vive lumière ; ne semblet-il pas s'y bercer comme une musique endormie ?

l'esprit

Elle semble, en vérité, la plus belle des coquilles de l'océan ; le son qu'elle rend doit être tout à la fois doux et étrange.

PROMÉTHÉF.

Va, portée au-dessus des cités humaines snr des coursiers aux pieds de tourbillons ; une fois encore dépasse en vilesse le soleil autour de l'orbe du monde ; et pendant (pie ton cliar fend l'air enllammc'. souffle dans la co(|uille aux nombreux replis, déchaînant sa puissante musique ; elle sera comme un tonnerre mêlé aux clairs échos. Puis reviens, et tu demeureias près de notr(> cavei'ne. Et toi, o Terre ma Mère !...

LA TEi;r,E

J'enlenc's, j(; sens... Tes lèvres sont sur moi, cl ton touclier court jusqu'aux profondeurs du cn'puscule ccnlral de diamant, le long de ces nerl's de marine ; c'est la vie, c'est la joie, et à liavcrs mon corps dcsst''ché, vieux et glacé, la chaleur d une immortelle jeunesse jaillit et circule. l)(''sormais les beaux et nombreux enfanis blottis dans nies bras qui les soutiennent, toutes les plantes et formes ranqKUites, et insectes aux ailes couleiii" de l'arc-en-ciel, oiseaux et bêles, et poissons et formes humaines, qui aspiraient le malheur et la |)eiuc de uKtn sein pâle distillant le poison du d<''sespoir, vont prendre et échanger une tloiuc nourriture. Pour moi ils deviendront comme des antilopes-sœurs, sorties d'une

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soiilo mc'i'e l)cll('. blanches comme la neige et rapides comme le vent, nourries parmi les lis près dim courant plein jusquau bord. Les buées de rosée de mon sommeil nocturne flotteront sous les étoiles comme un baume; les fleurs repliées dans la nuit suceront sans le savoir des couleurs dans leur repos ; et les hommes et les bètes, dans dheureux rêves, puiseront la force pour le jonr qui vient, et toute sa joie ; et la mort sera le dernier embi'assement de celle qui reprend la vie qu'elle a donnée, connue une mère serrant son enfant dans ses bras, lui dit : « ne me quitte plus » .

ASIA

Oh ! Mère ! Pourquoi prononcer ce mot de mort ? Cessent-ils d"aimer , de se mouvoir , de respirer , de pailer, ceux qui meurent ?

LA TKRRE

Il ne servirait à rien de répondre : tu es immortelle, et cette langue n'est connue que des morts qri ne peuvent communiquer avec nous. La mort est le voile que ceux qui vivent appelent vie ; ils dorment, et il esi levé. Et en attendant dans une douce variété, le? douces saisons, avec les ondées frangées darc-en-ciei, et les vents odorants et les longs météores bleur purifiant la lourde nuit, et les traits allumant la vie que le soleil darde de son arc qui perce tout, et la pluie mêlée de rosée des calmes rayons de la lune, une douce et suave influence, revêtiront les forets et les champs, — oui, même les déserts aux assises de rochers de la profondeur stérile, — de feuilles, de fruits et de fleurs toujours vivantes.

Et toi ! 11 y a une caverne où mon souffle haletait

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(îperdii sous l'angoisse pendant que ton supplice alFolait mon cœur ; et ceux qui l'ont respiré devinrent fous aussi ; et ils bâtirent un temple dans ce lieu, et parlèrent, et rendirent des oracles, et entraînèrent les nations errantes dalentonr à une mutuelle guerre et à une foi sans foi, telle que celle dont Jupiter a usé envers toi. Aujourd'hui ce souffle s'exhale, comme parmi les hautes herbes une exhalaison de violettes, et remplit d'une lumière plus sereine et d'nn air cramoisi intense, et cependant doux, les rochers et les bois alentour ; il alimcnic la vive croissance de la vigne qui serpente ; et les noirs fouillis du lierre sauvage entielacé ; et les fleuis en bouton, ou épanouies, ou aux parfums évanouis, qui étoilent les venis de leurs points de lumière colorée, pendant qu'ils les arrosent de leur pluie; et les brillants globes d'or du fruit, suspendus dans leur propre ciel vert ; et à travers leurs feuilles veinées et leurs tiges d'ambre, les fleurs dont les coupes pourpres et translucides s'olïrent toujours revêtues de la rosée aérienne, le breuvage des esprits; et partout, il circule comme les ailes doucement agitées des songes de midi, insjiirant de calmes et heureuses pensées, comme les miennes, maintenant (pie tu nous es rendu.

Cette caverne est à toi. — Espiit, lève-toi, apparais !

Vn esprit s'élovc sous les traits d'un enraut ailr.

C'est mon porte-flambeau ; il a laissé sa lampe dans l'ancien temps pour regarder dans les yeux où il la alliMiK'-e de nouveau avec l'amour qui est comme un l'eu, nui douce Jille, car tel il est dans les jiropres yeux. Cours, es])iègle, et guide cette compagnie audelà du sommet de la Uachitpic Nysa, montagne fréquentée par les Ménades, au-delà de l'Indus et de ses

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rivières tributaires, foulant les courants torrentueux et les lacs limpides, d'un pied sec, non lassé, et sans repos; sur le vert ravin, à travers la vallée, près du lac immobile et cristallin, où sétend toujours, sur des vagues qui n'eflacent pas, l'image d'un temple, bâti sur la hauteur, reconnaissable à ses colonnes, arches, et architrave, et chapiteaux semblables à des palmes, supérieurement exécuté, et peuplé surtout de figures vivantes, formes Praxiîéléennes, dont les sourires de marbre remplissent lair silencieux d'un éternel amour. Il est maintenant déserté ; mais un jour il porta ton nom, Prométhée ; là des jeunes gens rivaux portèrent en ton honneur à travers le divin crépuscule le flambeau qui était ton emblème ; comme ceux qui portent la torche non transmise de l'espérance dans la tombe, à travers la nuit de la vie ; comme tu l'as portée toi-même si triomphalement jusqu'à ce terme extrême du Temps. — Pars, adieu, à côté de ce temple est la caverne marquée par le destin.

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