‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 79 sur 105 · IGNE · texte numérisé non relu

IGNE

Je vois un char semblable à ce li-ès b'ger canot, où la Mère des Mois est portée par la miil déclinante dans sa caverne occidentale, quand elle s'élance des rêves interlunaii'cs ; sur ce char se courbe un dais orbi(;ulaire de douce obscurité ; et les sommets et les bois, que l'on aperçoit distinctement à travers ce sombre voile aérien , regardent comme des foimcs dans le miroir d'un enchaniciii'. Ses roues sont de solides nuages, azur et or, semblables à ceux (pic les génies de loiu'agan de tonnerre entassent sur le par(|uet de la mer iliinninée, quand le soleil se précipite sous elle ; elles roulcnl, et se meuvent, et grandissent, connue sous un venl intc'iieur. Dans ce char est assis un enfant ailé, aussi blanc d(ï visage (\\w la IjJanclicur de la brillante neige ; ses ailes sont connue les pliunes dune gelée éclairée pai* le soleil ; ses membres jettent une blanche lueur à travers les plis flottant au vent de sa robe blanche, tissée de perle étluTéenne; sa chevelure est blanche, l'éclat dune blanche lumière «'paipillee en ti'csses; cependant ses deux yeux sont des cieux d'obscurité li(piide, (|ue la Déité intéi'ieure semble verser, connue un orage est versé des images denlelés, hors de leurs cils semnlables à des traits ; tempérant l'air froid et rayonnant d'un l'eu sans éclat. Dans sa main il lient un rayon de lune ti*end)Iolanl, dont la pointe, connue un pouvoir dirigeani, guide la |)roue du cliai' sur ses roues de nuages, qui en loulani sur les lieibes, et les Heurs, et les vagues, éveillent des sons, aussi doux (pie la |tliiie cbantanle de la ros(''e dargenl.

PROMÉTIIÉE DÉLIVRÉ 215

PANÏIIÉA

Et de rautre ouverluie dans le bois s'élance, avec une harmonie retentissante comme celle d'un tourbillon, une sphère, qui est comme plusieurs milliers de sphères, solide comme le cristal ; et cependant à travers toute sa masse coulent, comme à travers l'espace vide, nmsique et lumière ; dix mille orbes s'enveloppant lun l'autre, pourpre et azur, blanc, vert et or, sphère dans s[)hère ; et chaque espace entre elles peuplé d'inimaginables formes, semblables à celles dont les ombres dans leurs rêAcs peuplent l'abîme ténébreux, et cependant toutes transparentes. Elles tournent rapidement l'une sur l'autre avec mille mouvements divers ; se déroulant sur mille axes aveugles, et avec une force de vitesse qui se délruit elle-même, elles roulent puissamment, leiUement, solennellement, faisant éclater au milieu de sons mélangés et d'innombrables intonations des mots intelligibles et une étrange musique. De son puissant tournoiement cet ori)e nuiltiple moud le bi'illant ruisseau en un brouillard d'a/ur dune subtilité élémentaire, comme la lumière ; et l'odeur sauvage des fleurs de la forêt, la musique de Iherbe et de l'air vivants, la lumière d emeraude des rayons entremêlés au feuillage, autour de sa vitesse intense, et cependant en collision avec elle-même, semblent pétries en une masse aérienne qui inonde les sens. A l'intérieur de l'orbe même, ayant pour oreiller ses bras d'albàlre, semblable à un enfant épuisé par une douce fatigue, enveloppé dans ses propres ailes et sa chevelure ondoyante, lEsprit de la Terre est couché endormi ; et Ion peut voir ses petites lèvres se mouvoir au milieu de la lumière changeante

21 G (h:lvues l'OÉiiyLEs dk siiellky

de leurs propres soui'ircs, comme quelquuii (iiii parle en rêve de ee (iiiil aime.

lONE

Il ne fait qu'imiter l'harmonie du globe.

l'AMIIÉA

Et d'une étoile sur son front jaillissent (comme des épées de feu a/uré, ou des lances dor entrelacées avec le myrlhe qui désarme les tyrans, emblème du ciel et de la terre maintenant unis), de vastes rayons ressemblant aux rayons de; quelque roue invisible (jiii tournent avec l'oibe, plus rapides que la pensée, reuiplissant l'abime déclairs étincelants comme le soleil, et tantôt perpendiculaires, tantôt obli(|ues, pei'cent l'obscurité, et, tout en pc^rrant et passant, nieltent à nu les secrets du cœur pi'ofond de la terre : mine infinie de diamant et d'or, de pierres sans piix, et de gemmes iniuiaginables ; cavernes reposaut sur des colomies de rrislal et tapissées dargeul vc'gc'lal ; puils d«' Iru insoiuhihles, et soun'cs (IV;ui (loni la i^randc nier, ('(iiiiiiic un ciiraiil, se iioiiiril. cl (loiil les va|ii'urs rcvélt'iil les sonmicls, uioiiarcpics (le 1;\ lerre, dune ncij^c dlierminc royale. Les rayons llaniboiciil, cl l'ont apparaître les ruines ni(''lancoli<|ues des cycles ellaces : ancres, é'perons d*' vaisseaux, bois changés en marbre ; carcpiois, c;is(jues et lances, bimcliers à la tète de (iorgone, et les rou(^s des chars arnu'S de l'aidx ; et les Masons des troplu'es, ('lendai'ds, et hètes arnioriales. antiMir des(piels la Mort riait, emhienies ensevelis de la deslinetion morte, ruine sur' I llini" ! A cote, les ilelniN de pins d une vasie cite, dont la po|iulalioii, SIM- latpielle la tei're s est anioiieelee, lut niorlelle, mais non Iniinaine. Vois, ils i;isent, leius

PROMKTIIEE DKLlYRi: ^' ] /

ouvrages monstrueux , et leurs squelettes bizarres , leurs statues, leurs demeures, et leurs temples : formes prodigieuses précipitées dans le néant grisâtre, brisées, pressées dans la noire et dure profondeur ; et sur tout cela, les anatomies de choses ailées inconnues; et poissons, qui furent des îles décaille vivante ; et serpents, chaînes osseuses, tordues autour des rochers de fer, ou dans les amas de poussière, où la force tortueuse de leurs dernières angoisses a réduit en les broyant les rochers de fer ; et par-dessus l'alligator dentelé, et la puissance du behemoth convulsionnant la terre, qui autrefois furent les bêtes monarques, et sur les rivages limoneux et les continents de la terre féconds en mauvaises herbes crurent et se multiplièrent comme les vers pendant l'été sur un cadavre abandonné, — jusqu'au jour où la voûte bleue l'enveloppa du déluge comme d'un manteau, et ils hurlèrent, pâmèrent, et périrent ; ou quelque Dieu, dont une comète était le trône, passa, et cria : « Quils ne soient plus ! » Et, comme mes paroles, ils n'étaient plus.

LA TERRE

La joie, le triomphe, le plaisir, la démence ! Le bonheur infini, débordant, éclatant ! LCxultation vaporeuse qui ne peut être contenue ! Ha! Ha 1 le transport de la jouissance qui m'enveloppe connue une atmosphère de lumière, et me porte, comme un nuage est porté par son propre vent !

LA LUNE

Mon frère, calme vagabond, heureux globe de terre et dair, un Esprit jaillit de toi connue un rayon qui p(''nètre ma structure gelée , et passe avec la chaleur de Raubiî. II. — 13

la flamme, avec Tamour, et le parfum, et la profonde mélodie, en moi, en moi !

LA TERRE

Ha! Ha ! les cavernes de mes creuses montagnes, mes rochers de feu entrouverts, mes fontaines aux sons triomphants, rient d'un vaste et inextinguible rire ! Les océans, et les déserts, et les abîmes, et les solitudes sans mesure de l'air i)rofond répondent de tous leurs nuages (;l de toutes leurs vagues, renvoyant l'écho...

Ils crient bien haut connue moi : « Malédiction revêtue du sceptre, qui menaçais d'envelopper tout notre univers verdoyant et bleu dans la noire destmction, quand tu envoyais un solide nuage pour pleuvoir les brûlants carreaux du tonnerre et l)riser et pétrir sous ses coups les os de mes enfants, abimant et confoiulant en une seide masse vide tout ce que je mets au jour....

« Jusqu'à ce que chaque tour semijlable à un rocliei', chaque colonne historic'e, palais, et obelis(|ue, et temple solennel, mes impériales montagnes couronnées île nuages, de neige et de feu, mes forêts paicilles à une mer, toute lige et toiil<' lleiii' (pii trouv(! un loinheau on un berceau dans mon sein, l'ussenl inqtiiniees p;\i' ion ini- ])lacable haine (hms ui\ b(uirbi<>r sans vi<'...

« Comme lu es entraînée, emportée, <'nsevelie, bue par le lu'wnl altc-r*', ainsi cpu' la ctnqx' saumâtre épuisée pai' une caravane, une petite goutte pour tous! Kt en bas, autour, dedans, en haul, icnqilissani Ion lu'-ant vid»', l'Amour éclate, connue la lumièie sui" les cavernes fendues par le boulet du tonnerre I »

LA Ll.NE

La neige sui' mes montagnes sans vie se résout en

fonlaines vivantes, mes solides océans flottent, et chantent, et étincellent; un esprit éclate du fond de mon cœur, il revêt d'une fécondité inattendue mon sein froid et nu. Oh! ce doit être le tien sur le mien, sur le mien !...

En te regardant, je le sens, je le sais, de vertes tiges éclatent et de brillantes fleurs poussent, et des formes vivantes se meuvent sur mon sein ;" la musique est dans la mer et dans l'air ; des nuages ailés planent çà et là, noirs de la pluie dont révent les jeunes bourgeons ; c'est l'Amour, tout est Amour !...

LA TERRE

Il pénètre ma masse de granit ; il passe à travers les racines entremêlées, et l'argile foulée aux pieds, jusque dans les dernières feuilles et les plus d(''licates fleurs ; il s'étend sur les vents, au milieu des nuages ; il éveille une vie da;is les morts oubliés; ils respirent un esprit du fond de leurs plus obscurs berceaux.

Et, comme un ouragan faisant éclater sa prison de nuages avec tonnerre et avec tourbillon, il s'est élancé hoi'S des cavernes sans lumière de l'être non imagin(>, avec une secousse de tremblement de terre, et une rapidité qui font voler en éclats le chaos stagnant de la pensée, à jamais indéracinable; — jusqu'à ce que haine, et crainte, et peine, ombres vaincues par la luniièie, s'enfuient et laissent l'homme.... Ihonune, autrefois ce miroir aux mille facettes, où se distorquait prenant h's mille foi'uies de l'cM'reur ce vrai, ce beau monde des choses, devenu aujourd'hui une mer réfléchissant l'amour ; qui sur toute son espèce, connne le ciel ensoleillé glissant sur l'océan, doux, serein, et uni, darde

des profondeurs étoilccs irradiation et vie, plane et se meut....

Laissent IHomme.... comme on laisse un enfant lépreux, poursuivant une bête malade vers une chaude crevasse de rochers, à travers lesquels se répand la vertu des sources curatives ; — il erre bientôt dans la maison avec un sourire de rose, insconscient, et sa mère craint pendant quehjue temps quil ne soit un esprit, puis elle pleure sur son enfant guéri....

LHomme ; oh non les honunes! Une chaîne de pensée; liée, d'amour et de puissance à jamais insi'paiables, domptant les éléments avec une force de diamant; de même que le Soleil gouverne, de son regard de tyi'an, la républicjue inquiète des labyrinthes de Planèlcs, aspirant avec un violent ellort à la libre solitude du ciel...

L'Homme , unique âme harmonieuse de beaucoup d'ànies , dont la natui-e est dans son propre divin contrôle, où toutes choses vont à tout, comme les rivières à la mer ; ses actes l(>s plus familicM'S deviennent beaux parlamour; travail, cl pciiu', et doideur, dans le vert bocage de la vie jouent comme des bètes apprivoisées, avec une douceur que personne n'aurait jamais sou|)(;onn(''e !

Sa volonté, avec toutes les infimes ])assions, les mauvaises joies, et les soucis égoïstes, ses tremblants salelliles, un esprit iuq)uissant à guider, niais puissant pour ob(''ir, est connue un vaisseau aile de tenqiète, dont l'Amour dirige le gouvernail, à travers les vagues (|ui n'osent lengloulir, for«,anl les plus abrupts rivages d(^ la vie à reconnaître son souverain empire.

Touti's choses conressciil sa force. A travers la froide

promi':t!iée délivré 221

masse du marbre et de la conleur ses rêves passent, brillants fils dont les mères tissent les robes de lenrs enfants ; le langage est un perpétuel ehaiit Orpbique, qui gouverne avec une dédalienne harmonie une foule de pensées et de formes, qui autrement n'auraient ni sens ni figure.

L'éclair est son esclave; la dernière profondeur du ciel lui livre ses étoiles, et comme un troupeau de moutons elles passent devant ses yeux, sont comptées, et roulent! La tempête est son coursier; il chevauche lair; et l'abîme, de sa profondeur mise à nu, crie: « Ciel, as-tu des secrets ? L'Homme me dévoile ; je n'en ai plus ! ^

LA LVSE

L'ombre de la blanche mort a passé enfin hors de mon sentier dans le ciel, un linceul collant de solide gelée et de sommeil ; et à travers mes berceaux nouvellement tressés errent d'heureux amants, moins forts, mais aussi doux que ceux qui habitent les vallées plus profondes.

LA TEURE

Comme la chaleur dissolvante de l'aurore peut envelopper un globe de rosée à moitié gelé, vert, et d'or, et de cristal, jusqu'à ce qu'il devienne une brume ailée, et erre sur la voûte du jour bleu, survive au midi, et au dernier rayon du soleil reste suspendu sur la mer, toison de feu et d'améthyste...

LA LUXE

Tu es enveloppé, tu es couché dans la lumière immortelle de la propre joie et du divin sourire du ciel ;

222 œuvRES poétiques de siielley

tous les soleils et eonstellations font pleuvoir sur loi une lumière, une vie, une force, qui pare la sphère : et tu verses la tienne sur la mienne, sur la mienne !

LA TERRE

Je lourne sous ma pyramide de nuil, qui pointe dans les cieux, — rêvanl le bonheur, murmurant une joie victorieuse dans mon sommeil enchanlc' ; comme un jeune homme, hercé dans des rêves dauiour aux beaux chants, sous l'ombre de sa beauté étendue, veiUe autour de son repos en l'enveloppant de lumière et de chaleur.

LA LUNE

De même que, dans une tendre et douce éclipse, quand lame rencontre l'âme sur les lèvres des amants, les ('(riirs exailés sont calmes, et les yeux les j)lus brillants sont ternes ; ainsi, quand ton ombre tombe sur moi, alors je suis nuu^tte et silencieuse, par toi couverte ; de ton amour, ô le plus l)eau des Orbes, pleine, oh ! trop pleine !

Tu te hâtes autour du soleil, le plus brillant des innoml)ra])l(\s mondes; sphèi'c vei'le el a/.ur<''e, qui brilles de la lumière la plus divine parmi toutes les hunpes du ciel à qui vie et lumière sont données. Moi, l'amante de cristal, portée vers toi par une force semblable à celle du Paradis polaii'c, comme par l'attraclion magnc-tique des yeux d'un amant ; moi, la plus eiiamouri'e des vierges, dont la fi'èle cervelle est accabh'-e du Ixndieur de son amour, je me meus, send»lable à une folle, autour d(^ loi, — contemplant, comme une liancée insati;ibl<\ la forme en tous sens; — connue une Ah-nade autour de la coupe (jne la main d'Agave brandissait en l'ail' dans la Corel enchantée de (ladnuis.

PROMÉTllÉK DÉLIVRÉ 228

Frère, partout où te porte ton essor, je dois me précipiter , tourner , et te suivre à travers les cieux immenses et creux ; abritée par le chaud embrassemcnt de ton àme contre le famélique espace; buvant, dans ton sentiment et ta vue, beauté, majesté et force; comme un amant ou un caméléon devient semblable à ce qu'il contemple; comme lœil gracieux dune violette regarde le ciel azuré , jusqu'à ce que sa couleur devienne semblable à ce qu'elle regarde ; de même quune grise et liquide brume sembrasc comme une solide améthyste en travers de la montagne occidentale qu'elle enserre, quand le rayon du soleil couchant dort sur sa neige, et que le jour affaibli pleure qu'il en soit ainsi.

LA TERRE

0 gentille Lune, la voix de ton bonheur tombe sur moi comme ta claire et tendre lumière caressant le matelot, porté une nuit d'été à travers des îles pour toujours calmes. 0 gentille Lune, tes accents de cristal percent les cavernes du profond univers de mon orgueil, charmant le tigre joie, dont les piétinements furieux ont fait des blessures qui ont besoin de ton baume.

PAIN THÉ A

Je sors du courant musical, comme d'un bain d'eau étin(?elante, un bain de lumière azurée, parmi de noirs rochers.

lONE

Ah ! ma douce sœur, le courant musical a reflué loin de nous ; et vous prétendez sortir de sa vague, parce que vos paroles tombent comme la claire, la

224 («LVllKS I>()KTIQLRS 1)E SHELLKY

doiicc rosrc qu'ôparpillcnl, au sortir du bain, les membres et la (.'bevchire (riinc uympbo des bois.

l'ANÏin'vV

Paix ! Paix ! Une Force puissante, semblable à l'obscurité, s'élève de la terre, et loml)e du ciel connue la nuit, et des i)rofon(l('urs d(^ l'air éclate, connue une éclipse qui s'est amassée dans les pores de la lumière solaire ; les bi'illanles visions, où les Espiils chantants se sont joués en étincelant, jeltenl une lueur scniiblable à celle de pâles météores à travers une humide nuit.

Une sensation de paroles vient frapper mon oreille.

PANTIUU

Oui, un son universel coimne des paioles ; oh, écoutons !

DKMOfiOllC.ON

Toi, Tei're , câline empire dune ânie heureuse, sphère des |)lus divines formes et harujouies, oi-|)e d(^ beauté ! eiUraiiianl i)arl(tul où tu roules l'amour (|ui pave ton sentier le lonj^ des ci(;u\ !

LA TKIIKK

.reuleiids ; je suis connue une i^oulle de rosée <pii meurt.

i»i;mo(;oiu.on Toi, Lune, (pu i-e^ardes ('•merveilli'e vi'rs la Terre oitscurcie |)ar la nuit couune elle rej^arde vei'S toi ; pend;uii (|ue cliacuue de vous, pour les hommes, les bêles et les douces couvées d(!S oiseaux, est beauli-, amour, calme, haruu)nie !

PROMÉTIIÉE DÉLIVRÉ 225

LA LUNE

Jentends ; je suis une feuille que tu secoues !

DÉMOGORC.ON

Vous, Rois des Soleils et des Étoiles ! Démons et Dieux, Dominations éthéréennes ! qui habitez les séjours Elyséens, sans vent, fortunés, au delà du désert constellé du Ciel !

UNE VOIX d'eu haut

Notre grande République entend : nous sommes bénis, et nous bénissons.

DÉMOGORGON

Vous, heureux 3Iorts, dont les rayons de vers brillants sont des nuages à cacher, non des couleurs à peindre, soit que vous participiez de la nature de cet univers qu'un jour vous avez vu et souifert...

UNE VOIX d'en bas

Ou que, semblables à ceux que nous avons laissés, nous changions et passions à notre tour.

DÉMOGORGON

Vous, Génies élémentaires, qui habitez depuis l'esprit élevé de l'homme jusqu'à la pierre centrale de sombre plomb ; des dômes ciselés d'étoiles du ciel jusqu'à l'herbe stupide qui engraisse quelque reptile marin !

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