‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 82 sur 105 · A MARY · texte numérisé non relu

A MARY

Sur le reproche qu'elle faisait à ce poème de u'offrir aucun intérêt luunain

Comment? ma chère Mary, êtes-voiis donc mordue de critique ((^ar les vipères tuent, quoique mortes) par quelque Revue, que vous condamnez les vers que j'ai écrits, parce qu'ils ne racontent pas une histoire, fausse ou vraie ! Qu'importe qu'un jeune chat n'attrape jamais de souris ? Ne peut-il pas sauter et jouer comme font les chats déjà grands, en attendant que les grilles lui viennent ? Je t'en prie, pour cette fois, contente-toi d'une rime visionnaire.

Quelle main voudrait écraser le moucheron aux ailes de soie, le plus jeune des mignons de l'inconstant avril, parce qu'il ne peut pas escalader les plus pures régions du ciel, où le cygne chante au milieu des domaines du soleil ? Ce ne serait pas la tienne. Tu sais que c'est sa destinée de mourir, quand le jour cachera sous ses ailes crépusculaires les yeux brillants et l'éternel sourire, serein comme le tien, qui lui ont prêté la vie tout un jour.

A tes beaux pieds vint une Vision ailée, qui aurait dû compter plus d'un jour ; elle battit des ailes sur ta tète

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aspirant à la lononinK'P , et d(''ploya à ta vue sos ailes défaillantes ; l'arc liqnide s'enflamma des fenx du soir ; mais lavcrse tomba, le rapide Soleil acheva sa course, et elle mourut. Oh ! ne me laisse pas croire que quelque chose de moi est fait pour vivre !

Wordsworth nous informe qu'il a mis dix-neuf ans à examiner et à retoucher Peter Bell(l); arrosant ses laurieis des larmes meuririères d'un lent et insipide labeur, de sorte que leurs racines pussent percer jusqu'à l'enfer, et leurs vasies branches tacher les sphères du ciel de leurs feuilles et de leurs fleurs humides de ros(''e ; cela peut bien être, car le ciel et la terre conspirent à (h'jouer les eilorts maladroits d'un jardinier ti'op allairé.

Ma Magicienne, il est vrai, n'est pas une aussi suave créature que; llulh ou Lucy (2) que son gracieux éloge pare pour nos petit-lils; mais elle peut lutter avec Peter, (|uoique celui-ci ait mis à s'attifer dix-neuf ans, et elle trois jours. Klle port(! légère le costume du mètre flottant ! lui, lier connue un dandy avec son corset, a suspendu à ses nu'udjres raides un habit (pii ressemble aux haillons trout'S cl pei'cés à join' du roi Lear.

Si vous (U'sliabillcz l'elei', vous apercevrez un garçon brûlé par le clinial liy|)er(''(|iiaIori;il de l'enfer, i(''diiit à

(1) Biilladc (If \\(ir(l>U(iitli. que Slicllcy :» iiariKlirc dans sa .«ialire iiitiliilct' l'vlvr lii-ll III. On lrou\cra cette satire traduite dans ndlre troisième volume.

yij Personnajîes des poésies de Wordswoitli.

LA MAGICIENNE DE l'aïLAS 233

une espèce de jaune sulfureux ; une maigre marque à laquelle on tioiiveiait à peine une rime ; de forme un Scaramouche, de couleur un Othello. Si vous dévoilez ma Magicienne, ni prêtre ni primat ne pourront vous absoudre de ce péché, — sil y a péché dans l'amour, quand il devient une idolâtrie.

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