‹ Œuvres poétiques complètes de Shelley (volume 2)Chapitre 92 sur 105 · ADORAIS · texte numérisé non relu

ADORAIS

siiccossions do phénomènes les formes qu'ils revêtent ; il force les scories qui entravent son vol à prendre malgré elles sa propre ressemblance, selon que chacune de leurs masses peut la porter ; il éclate dans sa beauté et sa puissance, du sein des arbres, des bêtes et des hommes, dans la lumière du Ciel,

Les splendeurs du tirmament du temps peuvent s'éclipser, mais non s'éteindre ; comme les étoiles elles atteignent la hauteur qui leur est désignée, et la mort est un brouillard traînant ([ui ne peut effacer l'éclat qu'il peut voiler. Quand une sublime pensée élève un jeune cœur au-dessus de son enveloppe mortelle, que l'amour et la vie luttent en lui pour la réalisation de sa terrestre destinée, là les morts vivent et se meuvent, comme des vents de lumière dans un air sombre et orageux.

Les héritiers d'une renommée ébauchée se levèrent de leurs trônes, bâtis au-delà de la mortelle pensée, bien loin dans l'invisible. Chatterton se leva pâle, sa solennelle agonie ne s'était point encore évanouie sur son front; Sidney se leva, tel qu'il était quand il combattait et tombait, vivait et aimait, plein dune sublime douceur, un esprit sans tache ; et Lucain glorifié par sa mort. Quand ceux-ci se levèrent, l'Oubli recula en frémissant comme une chose réprouvée.

Et d'autres encore, — dont les noms sont obscurs sur la Terre, mais dont l'émanation transmise ne peut mourir aussi longtemps que le feu survit à l'étincelle, sa

mère, — se levèrent, vêtus d'une éblouissante immortalité. « Tu es devenu comme l'un de nous, erientils, c'est pour loi que là-i}as cette sphère sans roi s'est si longtemps balancée aveugle dans sa majesté inoccupée, silencieuse et seule au milieu d'un ciel de chant. Prends possession de ton trône ailé, toi Vesper de notre ti'oupe ! »

Qui pleure Adonais"? Oh! viens ici, pauvre malheureux, et apprends à vous connaître mieux, toi et lui. El reins de ton ànie palpitante la terre suspendue; connue dun centre, darde la lumière de ton esprit au-delà de tous les mondes jusqu'à ce que sa foi-ce de l'ayonneinent remplisses la vide circonférence ; puis recule d'cllioi ])()ur t'altacher à un point dans notre jour et notre nuit ; et garde ton cœur léger, de peur qu'il ne te fasse tomber, quand l'espérance a allumé l'espérance, et ta leurré jusqu'au bord de l'abîme.

Ou l»ien va à Home, (pii n'est pas, oh non ! son sépjilcre, mais celui d(^ nolic joie, l'eu inqtorle <|ue les Ages, les empires, et les religions y gisent ensevelis dans les ruines qu'ils ont faites ; un homme tel que lui ])('ut |uvter de la gloire, ils n'en empruntent pas de ceux (|ui ont fail (hi uionde leur pioie ; lui, il est l't'uni aux l'ois de la p('iis(''e «pii oui essay»' df hitler avec la dc-cadence de leur temps, el (|ni du |»ass('' soul lout ce (pii lie peut jamais passer.

Va à Koine, à la fois le parachs, le tombeau, la cité el le désert ! ïiaversc les lieux où ses débris s'élèvent

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comme des montagnes disséminées, où les herbes en fleur, les taillis odorants revêtent les os de la nudité de la Désolation, jusqu'à ce que l'Esprit du lieu conduise tes pas à un talus verdoyant oîi, sur les morts, comme un sourire d'enfant, une lumière de fleurs riantes s'étend sur le gazon.

Là tout autour tombent en poussière des murs grisâtres dont se repaît le Temps stupide , comme un feu languissant dnn tison blanchi ; et une pyramide aiguë avec sa pointe sublime, servant de pavillon à la poussière de celui qui avait rcvéce refuge pour sa mémoire, s'élève comme une flamme transformée en marbre ; et au dessous s'étend un champ, où une bande plus récente a planté dans le sourire du ciel son camp de mort, souhaitant la bienvenue à celui que nous perdons, d'un souffle à peine éteint.

Arréte-toi là. Ces tombeaux sont tous encore trop jeunes (1) pour avoir oublié le chagrin, qui leur a à chacun confié son fardeau ; et, si le sceau est mis ici sur la source d'un esprit qui pleure, ne le brise pas ! Trop sûrement tu trouveras, de retour à ta maison, ta propre source pleine de larmes et de fiel. Contre le vent amer du monde cherche un abri dans l'ombre du tombeau. Pourquoi craindrions-nous de devenir ce qu'est Adonais?

LU L'Un seul reste, le multiple change et passe : la lumière

(V> Shelley songe ici à son cher petit William, enseveli dans ce cimetière de Rome à peine deux ans auparavant.

(lu ciel l)rille pour toujours, les ouibres de hi terre s'ouvolcnt ; lu vie, semblable à un dônic de veri-e aux mille couleurs, tache le blanc rayonnement de réternitc, jusqu'à ce que la Mort la réduise en poussière... Meurs, si tu veux être avec ce que lu cherches ! Suis-le où toutes choses sont envolées ! — Le ciel azuré de Home, les (leurs, les ruines, les statues, la musique, les paroles, sont trop faibles pour dire en toute vérité la gloire qu'ils connnuniquent.

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