LE BUCHERON ET LE ROSSIGNOL
Un bûcheron au cœur dur et rebelle à Iharnionie (je pense que de tels cœurs ne sont pas faits pour être bons) ne pouvait supporter dentendre, sous les étoiles ou la lune, un rossignol dans un bois voisin rassasier de mélodie les ténèbres affamées. De même qu'un courant inonde un vallon, ou de même que la lumière de la lune remplit le ciel ouvert, luttant avec la nuit ; de même qu'une tubéreuse peuple une vallée indienne de senteurs qui s'étendent comme des nuages au-dessus de la fleur d'où elles s'exhalent ; ainsi le chant de cet heureux rossignol, dans cette douce forêt, depuis la tombée d'or du soir, jusqu'à ce que l'étoile du matin disparût, s'égrenait au milieu du silence. Les roses repliées et les pâles violettes l'écoutaient dans leur sommeil, ainsi que l'abîme du ciel avec ses planètes, l'oreille engourdie de la terre bercée dans la nuit, la solitude des eaux épandues alentour. Chaque sphère, et chaque fleur, rayon, nuage et vague, chaque brise de l'atmosphère muette, chaque bête couchée dans son âpre caverne, chaque oiseau bercé sur sa branche moussue, chaque phalène d'argent tout frais éclose de la tombe, qui est son berceau, — aspirant toujours, comme celui qui aime un objet trop beau, trop éloigné, à se consumer dans la plus pure lueur d'une étoile sereine et inaccessible, comme si c'était une lampe de mortelle lumière; inconsciente, comme le sont quelquefois les amants
humains , de sa propre bassesse , et de l'extrême sublimité du ciel où elle voudrait périr — chaque forme, rendant un culte dans le temple de la nuit, goûtait avec tremblement dinefl'ables délices, enveloppée par l'enchantement comme d'une zone illimitée, tandis que le doux oiseau dont la musique formait un ouragan de sons chassait le morne oubli de leurs rêves ; l'harmonie devenait amour dans toute àme,
excepté une seule
Et ainsi cet homme s'en retourna avec sa hache et sa scie, à la tombée du soir, après avoir tué les grands arbres, dont l'àme, en vertu d'une douce loi de la nature, était en chacun une nymphe des bois, et conservait toujours verts le pavé et la voûte du tailis sauvage, découpant la lumière ensoleillée de l'azur serein avec les dentelures de leurs feuilles ; et des hauteurs de la forêt invitant par ses chants les vents au sommeil ; ou pleurant souvent de rapides averses de gouttes aériennes dans le sein de sa mère , averses suaves et douces, pures larmes de la nature qui n'ont point d'amertume. Autour des berceaux des oiseaux aériens, elles se répandaient elles-mêmes dans le charme des feuilles semblables à un éventail, ou se suspendaient sur les pâles fleurs comme des nuées humides ; ou bien, là où se baisent les hautes branches, formaient un espace verdoyant au milieu des bosquets silencieux, — semblable à un vaste temple dans une métropole, entouré de colonnes et de tours, routes brodées connue d'un réseau de branches. — Là respirent la religion, et la muette persuasion de mélodies encore endormies, odeurs, rayons et murmures, que le luth de l'aveugle esprit servant de pilote à la luise anime en passant.
tantôt grave et tantôt aigu, éveillant les feuilles et les vagues, jusqu'à ce qu'il arrive à un court unisson tel que celui que produit dans la cervelle une mélodie qui ne se fait entendre qu'une fois, un accent qui ne doit
jamais revenir
Le monde est plein de bûcherons qui chassent les charmantes Dryades de l'amour loin des séjours de la vie, et tourmentent les rossignols dans tous les vallons.