CHANT POUR « LE TASSE
J'aimais... Hélas! notre vie est amour; mais quand nous cessons de respirer et de nous mouvoir, je suppose que l'amour cesse aussi. Je pensais, mais non pas comme je le fais aujourd'hui , des pensées vives et brillantes dun savoir enchaîné, embrassant tout ce que les hommes avaient pensé avant moi , tout ce que la nature découvre, et plus encore.
J'aime encore, et je pense encore, mais dune façon étrange ; car mon cœur peut boire la lie d'un pareil désespoir, et vivre, et aimer
Et, si je pense, mes pensées viennent en se précipitant, je mêle le présent avec le passé, et chaque nouvelle venue me semble plus laide que la dernière.
Quelquefois devant moi je vois fuir la forme d'argent
(1) Ce fragment et celui qui le suit appartiennent à une tragédie à laquelle Shelley travailla en 1818 sur la Folie du Tmse, et qui n'a point été terminée.
« On voit d'après le second fragment, dit M. Garnett, que l'envie des rivaux du Tasse était un des principaux éléments de l'action ; ce qui aurait donné à la pièce de Shelley une certaine ressemblance avec le Tasse de Gœthe, qu'il est douteux que Shelley ait jamais lu. »
d'un esprit semblable à toi, ô Leonora, et je m'assieds, la suivant toujours, jusqu'à ce que par le rebord grillé de la fenêtre elle s'évanouisse, avec un soupir, semblable à la respiration du glaïeul au bord d'un ruisseau caressé
par la brise.