‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 107 sur 138 · UNE VISION DE LA MER · texte numérisé non relu

UNE VISION DE LA MER

C'est la terreur de la tempête. Les lambeaux de la voile voltigent en rubans dans le coup de vent furieux. De l'épaisse nuit de vapeurs la sombre pluie se rue, et quand l'éclair se détache comme un déluge du ciel, il voit les troncs noirs des trombes tournoyer et se courber, comme si le ciel tombait sur elles, elles qui semblaient le soutenir de leur terrible masse. Comme si l'océan s'engouft'rait sous elles , elles descendent à leurs tombeaux dans l'abîme en ébranlant la terre de leur bruit ; et les vagues et les tonnerres, devenus silencieux tout alentour, laissent le vent à son écho. Le vaisseau, tantôt lancé à travers l'engrenage traînant de la tourmente , se perd dans les franges du nuage de tonnerre. Tantôt balayé sous la vague fendue par le vent , il sombre dans le gouffre de labîme, et les murs de la Uquide vallée, dont les

(1) Cet admirable Frai,'iuoiil fut publié par Sheliey lui-iuèine avec le Prométhév délivre.

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profondeurs d'un calme terrible sont à l'abri de la tempête, restent suspendus étincelant tout autour, troubles miroirs de ruine ; tandis que le ressac, semblable à un chaos d'étoih^s, à un essaim de flammes meurtrières, à des tourbillons de fer coulant en feu, environne le noir vaisseau de splendeur et de terreur, ou, semblable à dos flocons de soufre lancés avec force d'une mine de l'eu pâle, jaillit en cascades sur lui. En aiguilles innombrables, les pyramides des vagues, de leurs blanches pointes salées, étincellent capricieusement dans la chape de l'éclair et, du parquet de la mer, percent le ciel.

Le grand vaisseau semble se fendre ! Il craque comme un arbre quand un lirniblcuienl de Ici-re fait éclater sa racine, avant que le souflle du tourbillon qui l'a dépouillé de ses branches ait passé. Les intenses boulets du tonnerre qui pleuvent du ciel ont fracassé son mât, et il se tient debout noir et fendu. Les fentes sucent la destruction. La pesante carcasse morte sur la mer vivante roule comme une masse inanimée, un cadavre étendu sur l'argile, allamé du désir de répandre sa corruption autour de lui. Cependant, montant de la cale, les eaux font éclater un des ponts, qui se brise comme la glace, quand les vents du dégel soufflent sur les lacs du désert. Qui est assis sur l'autre ? Est-ce là tout l'équipage gisant, les uns servant aux autres de tombeau, couchés comme des morts dans une iu'èche, autour du mât de misaine? ces ligies jumeaux, qui, alors que montaient les eaux, ont brisé, dans l'agonie de la terreur, leurs chaines (l;uis la cale (ce (jui â présent les ;i|)privoise les rendait ioiil à llicure farouches) — ils soiil ( niiciu's l;ipis run ;( ràlv de riiulrc, enfon-

cant comme un crampon leurs profondes griffes dans la planche qui vibre — est-ce là tout ?

Neuf semaines le grand vaisseau était resté couché sur la surface sans vent de la plaine liquide, où le soleil dardant la mort ne jetait aucune ombre à midi, et il semblait qu'il y eût du feu dans les rayons de la lune, quand un brouillard aux couleurs de plomb se ramassa du fond de l'abîme, soufflant comme une peste rapide. Alors le sommeil glacé tomba, comme la nielle sur les épis d'un épais champ de blé, sur le populeux navire. Soir et matin, avec leurs hamacs pour cercueils, les mariniers hagards, semblables à des cadavres morts, jetèrent les cadavres de leurs camarades dans l'abîme qui se refermait sur eux ; et les requins et les chiens marins déchirèrent les vêtements qui leur servaient de linceul, et les engloutirent, ainsi que les Juifs cette manne que Dieu lit pleuvoir sur eux dans le désert. L'un après l'autre les mariniers moururent ; le soir de ce jour, où la tempête s'amassa dans son cortège de nuages, il n'en restait que sept. La foudre en a frappé six, et ils sont couchés aussi noirs que des momies sur lesquelles le Temps a écrit son mépris pour l'embaumeur ; le septième, percé d'un éclat de chêne du tillac, la poitrine et le dos traversés, est resté suspendu à la tempête, un débris sur un débris.

Est-ce tout ? Au gouvernail est assise une femme, plus belle que le soir quand, déroulant sa chevelure tressée d'étoiles, il tombe en même temps que sombre le soleil sur la terre et la mer. Elle serre un brillant enfant sur ses genoux rapprochés. Lui rit à l'éclair, et se moque du tonnerre confondu de l'air et de la mor ; avec des convoitises et des étonnemeuts, il fait sii-iie aux

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tigres de se lever et de s'approcher; il voudrait jouer avec ces yeux, où le rayonnement de la terreur dépasse celui des météores. Son sein bat et se soulève ; le feu du plaisir qui est dans son cœur a enflammé ses yeux, tandis que ceux de sa mère restent mornes. « Ne souris pas, mon enfant, mais dors profondément et doucement ; trompe ainsi langoisse qui nous attend, quelle qu'elle puisse être, si terrible depuis que tu dois la partager avec moi ! Rêve, dors! Ce pâle sein, ton berceau et ton lit, ne peut-il te bercer, enfant ? Il palpite de frayeur ! Hélas ! qu'est ce que la vie, qu'est-ce que la mort, que sommes-nous, pour que, si un vaisseau sombre, nous cessions d'êlie ? Quoi !ne plus te voir, ne plus te sentir ! Etre après la vie ce que nous avons été avant ! Ne plus toucher ces douces mains, ne plus voir ces yeux, ces lèvres, ces cheveux, tout ce que cache ton sourire, et qui cependant existe en toi, doux esprit, toi que, jour par jour, j'ai si longtemps appelé mon enfant, et qui maintenant vas s'évanouir comme un arc-en-ciel, tandis que moi, je suis l'averse tombée ! »

Voyez, le vaisseau s'arrête, il s'enfonce, les sabords plongent sous le vent. Les tigres bondissent, (piand ils sentent l'eau salée i-amper lentement pouce par pouce jusqu'à eux ; crinière, oreilles, membres et yeux se raidissent d'Iiorreiir. Un cri retentissant, long et rau(|ue, éclate à la fois du fond de leurs entrailles d'une façon formidable ; et il (vst porté le long des valh'cs montagneuses de la vague, rebondissant, connue le tonnerre, des rochers aux cavernes, se mêlant au fracas de la pluie cinglante, précipité par la violence de l'ouragan. L'ouiagan vint de louesl, et s'en alla par la porte du solt'il oriental, coupant transversah'menl le courant de la

tempête ; de même qu'un serpent rapide comme une nèche, poursuivant un éléphant, s'élance à travers les broussailles du désert ; aussi noir qu'un cormoran, louragan passa en hurlant entre l'océan et le ciel comme un autre océan, jusqu'à ce qu'il atteignît les nuages du bord du monde, qui, appuyés sur la mer et s'entrelaçaiit au ciel, entouraient et soutenaient comme des colonnes et des murailles le dôme de la tempête. Il les fendit en deux, comme un torrent brise ses barrières de rochers montagneux; et les épais nuages, comme les pierres d'un temple avant le passage d'un tremblement déterre, comme la poussière de sa chute, sont emportés sur le tourbillon en mille débris et ruines. Ils sont dispersés comme lécume sur le torrent ; et là où le vent, de lalmosphère du clair matin , a éclaté à travers le gouffre, les rayons du soleil levant s'épanouissent, sans obstacles, perçants, d'or et de cristal, armées rangées de lumière et d'air; à une porte ils se rencontrent, mais s'entrepénètrent. Cette brèche dans la tempête va toujours s'élargissant ; et les cavités du nuage sont déchirées par le jour; et les vents impétueux tombent, les ailes fatiguées, bercés par le mouvement et les murmures et le long et limpide palpitement de la mer assoupissante ; et dans les hauteurs, glorieux, mais terribles à voir, les débris de la tempête, comme des vapeurs d'or, se consument et se perdent dans le soleil levant. Les vagues amoncelées voient le calme profond du ciel bleu se dilatant sur elles; et, de même que les passions se taisent en présence de l'Amour, sous la claire surface qu'elles réfléchissent , elles glissaient en tremblant d'une douce émotion. Etendant sa marée des Andes à

l'Atlas, autour des montagnes et des îles, autour des oiseaux de mer et des épaves, pavé du sourire azuré du ciel, le vaste monde des eaux tressaille et vibre.

Où est le vaisseau? Sur le bord de la vague où il est couché, un tigre est aux prises dans un spectral combat avec un serpent de mer. L'écume et la fumée de la bataille tachent l'air limpide d'arcs-en-ciel. Le choc et le craquement des solides os broyés par la force infinie de la masse de diamant du serpent ; le bourdonnement du sang chaud qui jaillit et retombe en pluie quand la griffe du tigre a blessé les veines gonllées par la rage, la violence et l'effort ; le tourbillonnement et le fracas semblable à celui de quelque hideuse machine dont les dents d'airain brisent en éclats de tonnerre les minces vents et les molles vagues; les hurlements et les sifflements — rampent rapidement sur la surface unie de l'océan, chaque son faisant l'effet d'un scolopandre. Près de cette lutte un bleu requin est suspendu dans h; bleu océan, tombe ailée de nageoires, pour le vainqueur. L'autre tigre, à la vue du sort de son frcre, fiaie la voi(! à son propre destin avec la rapidité du désespoir.

Voyez ! un bateau s'avance ; douze rameurs avec l'impulsion de la pensée pressent la quille effilée, l'eau salée écume. A la poupe se tiennent trois tireurs, ajustant. Des balles brùlanics enllaninieiit la poitiine du tigre, ()ui cherche dans Tonde son refuge et sa ruine. Un seul fragment du vaisseau naufragé, rpii maiiUcnanl s'enfonce <'l va (lispaïaître, émerge encore au-dessus de la mer. I)»' sa main gauch(^ la femme l'iHreint avec force et de sa (h'oite soutient son bel enfant. Mort, (erieur, amour, beauté se confondent dens latmosphère (|ui tremble et

brûle de l'ardeur de l'effroi autour de ses yeux farouches, de sa brillante main, et de sa tête, comme un météore lumineux sur les eaux. Son enfant sourit toujours et joue et murmure ; ainsi souriait labime trompeur avant la tempête. Comme une sœur, et un frère, l'enfant et l'océan sourient toujours l'un à l'autre, tandis

que

LA MORT

La Mort est ici, et la Mort est là ; partout la Mort est affairée ; autour de nous, en nous, au-dessous de nous , au-dessus de nous est la Mort ; et nous ne sommes que 3Iort.

La Mort a mis sa marque et son sceau sur tout ce que nous sommes et tout ce que nous sentons, sur tout ce que nous connaissons et tout ce que nous craignons

Nos plaisirs d'abord meurent, puis nos espérances, et puis nos craintes ! et quand tout cela est mort, la dette est due, la poussière appelle la poussière el nous mourons aussi.

Toutes les choses que nous aimons et chérissons comme nous - mêmes doivent se faner et périr. Tel est notre cruel lot mortel; l'amour lui-même mourrait, si tout le reste ne mourait pas.

OEUVRES POÉTIQUES DK SIIELLEY

ORPHEE

Ce n'est pas loin d'ici. De cette colline en pointe là-bas couronnée de chênes, vous pouvez voir un champ sombre et dénudé, à travers lequel coule, indolent et noir, un profond mais étroit courant que le vent ne ride point, et que la belle lune regarde en vain sans y trouver un miroir. Suivez les talus sans herbe de cet étrange ruisseau, jusqu'à ce que vous vous arrêtiez près d'un étang sombre, la source de ce ruisselet, dont on ne peut voir le jaillissement, caché par une nuit sans rayons, qui habite sous le roc suspendu ombrageant l'étang, — une source inépuisable d'obscurité, sur le bord de laquelle voltige le tendre jour , tremblant du désir de se mêler à son amante. Mais de même que Syrinx fuyait Pan, ainsi la Nuit fuit le Jour, ou, avec une haine obstinée et dédaigneuse, repousse durement son embrassement né du ciel. D'un côté de cette colline dentelée et informe, il y a une caverne, d'où sort en lourbilloiuianl une pâle brume, semblable à un fil de la Vierge aérien, dont Ihaleine détruit toute vie. Pendant (|U('l(|iic Icmps, elle voiUî le roc; puis, dispersée j)ar le vcnl, elle fuit le long du courant ou sarrête sur les crevasses, inanl les vers endormis, s'il en habite là quel(|ues-uns. Sur le bord saillant de ce noir rocher sé'lève un groupe de cyprès, non tels que ceux (|ui avec leur graci(>use aiguille el leur vie uu)uv«'m('iil('e percent le pur ciel df iioli'c v;ill(''c nalMlc, pciuhml (|iif l'ail' joue autour de leurs luauclu's sans les liouhler.

de peur d'altérer leur solennelle grâce; mais ils se dressent là flétris et tout maussades, s'attacliant l'un à l'autre ; leurs frêles rameaux soupirent, quand le vent vient les frapper, et ils sont secoués sous ses coups, multitude battue par l'orage !

CHœUR

Quel est ce son prodigieux, plaintif et faible, mais plus mélodieux que le vent qui murmure en glissant à travers les colonnes d'un temple?

C'est la voix errante de la lyre d'Orphée, portée par les vents, qui soupirent de ce que leur sévère roi précipite leur vol loin de ces notes qui nourrissent l'air ; mais dans leur fuite rapide ils emportent avec eux le son qui s'évanouit, l'éparpillant comme une rosée sur le sens frémissant.

cnœuR Chante-l-il encore ? Je croyais qu'il avait inconsidérément renoncé à sa harpe, quand il avait perdu Eurydice.

Oh! non ! Il s'arrêta quelque temps. — Comme un pauvre cerf aux abois frémit un instant sur le bord redoutable d'un rapide courant — les cruels chiens le pressent de leurs hurlements assourdissants, les flèches brillent et blessent — il y plonge; ainsi Orphée, étreint et torturé par les crocs tranchants d'un insatiable chagrin, semblable aune Ménade, agita sa lyre dans l'air brillant, et poussa ce cri sauvage : « Où elle est, il fait noir ! » puis il tira des cordes les accents d'une profonde et terrible mélodie. Hélas ! il y a bien longtemps, quand Rabbe. ni. — 15

la belle Eurydice, avec ses yeux pleins de lumière, était assise attentive à son côté, il chantait doucement des thèmes élevés et célestes. De mémo fjuo, dans un ruisseau ciselé en petites vagues par l'air jjrillanl du Printemps, chaque ride forme un miroir à mille facettes pour le soleil, tandis qu'il coule mélodieusement parmi les verts talus, sans s'arrêter ni se reposer, toujours clair et frais ; ainsi coulait son chant, réfléchissant la profonde joie et le tendre amour qui alimentaient ses notes si douces, céleste progéniture nourrie d'ambroisie. Mais ce temps est passé. A son retour du lugubre Enfer, il choisit un siège solitaire de pierre fruste, ombragé de lichens, sur une plaine sans herbe. Puis de la source profonde et débordante de son éternel et inconsolable chagrin, il lit monter vers le ciel les sons d'un chant plein de colère. Comme on voit une puissante cataracte qui sépare deux roches sœurs de ses eaux rapides et violentes, et se jette en rugissant avec un horrible fracas dans un précipice ; d'une source étemelle elle couleet tombe toujours, et brise l'air de son retentissant et farouche, mais toujours harmonieux mugissement, et en touibant faitjaiUir un cnibiun vaporeux, que le soleil revêt des couleurs de sa lumière iiisée: — ainsi le torrent orageux de sou chagrin se revêt des plus doux sons, et d«'s accords varié-s de la poésie. Hien (lilVcrent de toute œuvre humaine, il ne se relâche jamais, et dans chaque changement la sagesse et la Ixauté, un pouvoir diviu et une j)uissante jioésie habitent ensemble, se mêlant dans un suave accord. Ainsi j'ai vu un farouch(> vciU du Sud (h'chirer le ciel enténébré, poussant devant bii un troupeau de nuages ailés, (pii uc pcuvcut s'anêicr. mais se pié-cipitcnt tou-

jours au gré des caprices de leur sauvage berger, pendant que les étoiles clignotantes et incertaines regardent à la dérobée à travers leurs ailes ; en un instant le ciel s'éclairait , et le dôme élevé du ciel serein, étoile de fleurs de feu, se ferme sur la terre ébranlée, ou la lune silencieuse rapidement, mais gracieusement commence sa promenade, se levant toute brillante derrière les collines orientales. Je parle de lune et de vent et d'étoiles, et non de chant ; mais, si je voulais être l'écho de son sublime chant, la nature devrait me prêter des paroles qu'on n'a jamais employées jusqu'ici, ou je dois emprunter à ses œuvres les plus parfaites des traits capables de peindre ses parfaits attributs.

Il ne s'assied plus sur son trône de rocher au milieu de la plaine déserte et sans herbe ; car les yeuses noueux et toujours verts, et les cyprès qui rarement agitent leurs rameaux, et les oliviers vert de mer avec leur fruit savoureux, et les ormes où se tendent et se tordent les guirlandes des vignes laissant tomber leurs grappes pesantes, et les buissons d'épine noire avec leur race enfantine de roses rougissantes, et les hêtres chers aux amoureux, et les saules-pleureurs, tous rapidement ou lentement, selon que le leur permettent leurs énormes rameaux ou leur parure plus légère, ont fait une ceinture à son trône ; et la Terre elle-même a envoyé de son sein maternel une race de fleurs semblables aux étoiles, et d'herbes aux suaves parfums, pour paver le temple que sa poésie a construit, tandis qu'à ses pieds les farouches lions se couchent, et que les chevreaux, que l'amour a rendus intrépides, s'approchent en rampant de son séjour. Les vers aveugles mêmes semblent sentir l'harmonie. Les oiseaux

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sont silencieux, tendant en bas leurs têtes, penches sur les plus basses branches des arbres; le rossignol lui-même n'ose faire entendre une note intruse et rivale ; mais tout en extase il écoule

FIORDISPÏiNA

C'était la saison de l'enfance du doux Juin, dont les heures ensoleillées du matin à midi venaient en rampant à travers le jour avec des pas silencieux chacune avec son fardeau de plaisir, lente, mais douce ; comme les longues heures de l'éterniié bénie, qui ne seront jamais développées. Joie à toi, Fiordispina, et à ton Cosimo ! Car tu peux connaître les merveilles de l'abîme de cet insondable océan d'heures, étincelant sous le ciel qui s'étend comme un berceau

C'étaient deux cousins, presque deux jumeaux, sinon que du catalogue des péchés la nature avait eflacé leur amour, qui ne pouvait exister (ju'en séparant leur naissance. Et ainsi ils grandirent ensemble comme deux (leurs sur une seule tige que les mêmes rayons et les mêmes averses bercent ou réveillent dans leur berceau de pourpre, (jue la même main ciioillcra, que la même saison fera tomber el pi-rir. (^c beau jdur soui'il en voyant tous ceux qui aiment ; el (|ui a jamais aime comme toi, Fiordispina? A peine Cosimo. dont le .sein et la cervelle brûlent maintenant des ardeurs d'une vision qui obscurciss<'nt 1 idole même de son image. Il se pâme perdu dans une mer d'Ainoiu'. Mais toi. tu es comme la spiièrc d'une plaiièlc dans les baulciirs du ciel ; toi.

tues lamour lui-même... réglant les mouvements de son esprit subjugué. Une pareille émotion devait finir en péché ou en chagrin, si le doux Mai n'avait pas amené, ce matin, votre jour de noces

« Couchez-vous là, dormez longtemps dans votre propre rosée, vous, enfants aux yeux appesantis des.... Heures », dit Fiordispina, et elle sema les fleurs qu'elle avait de son haleine une table de porphyre poli.

Elles semblaient emprunter une beauté aux yeux qui les regardaient ; un parfum aux mains dont la chaleur. . . arrêtait leur vie ; une lumière semblable à celle qui éclaire le sommeil de ceux que berce la voix aimée.... qui réprouvait la pitié enfantine quelle avait pour elles. Et un remords d'avoir séparé de leur tige daussi belles

formes... produisit en elle un sentiment qui fut

comme une ombre de douce beauté sur les fleurs. Là gisaient toutes les gemmes qui égaient le noir sein de la terre : tiges de myrtes en boutons, et fleurs de citronniers, et cette feuille teintée de lumière qui prend la livrée d'une neige dont on na pas l'idée ; violettes dont les yeux ont bu

Fiordispina et sa nourrice sont maintenant sur les marches du haut portique; sur le bras flétri de Média

elle jette son bras étincelant Média, cette femme

brisée par les ans, grise et blanche et brune, plus semblable à un tronc recouvert de lichens, qu'à quelque chose qui ait pu un jour être humain

« Que vous semblez avoir de peine à marcher, pauvre Média ! Causer vous fatigue ! ».... « Oui, cela se peut bien, Fiordispina, ma très chère. Hélas ! Vous courez au lit nuptial, et moi à la tombe !» — « Oui, si mon amour étailmort, à moins que mon cœur ne me trompe,

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je voudrais être couchée à côté de lui dans mon linceul aussi volontiers que tout à l'heure dans sa gaie toilette de nuit Lilla travaillait. » — « C'est mal, enfant! Une pensée aussi inopportune ne doit pas être réveillée jusqu'à ce qu'il neige en juin ; de telles imaginations sont une musique qui détonne avec la douce danse à laquelle votre cœur doit se livrer cette nuit. Quoi ! voudriez-vous rendre toute beauté et toutes délices, pour retourner au paradis d'où vous êtes sortie et laisser aux grossiers mortels ? Dites-moi, doux agneau, ne voudriezvous pas apprendre le doux et profond mystère qui réunit deux âmes ? Qui sait si le jeu d'amour se joue, quand, une fois dépouillée du vêtement mortel, l'ûme nue va errer çà et là à travers les immenses déserts de l'air élyséen? La violette ne meurt pas avant

d'avoir »

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