MUSIQUE
Je soupire après la musique qui est divine ; mon cœur dans sa soif est une Heur mouranlc; versez l'harmonie comme un vin enchanté ; faites tomber les notes en une averse d'argent ; semblable à une plaine sans herl)e, appelant la douce pluie, je soupire, je défaille, jusqu'à ce qu'elles se réveillent encore.
Laissez-moi boire l'esprit de ce doux son, plus, encore plus ! — J'ai encore soif! 11 dénoue le serpent que le souci a enchaîné sur mon cœur pour letouffer ; la pluie dissolvante, à travers chacune de mes veines, passe dans mon coMir et ma cervelle.
(^omme la senleur d'une violette flétrie, qui a poussé sur le bord dun lac d'argent, (piand \o brûlant midi a épuisé sa coupe de rosée, et qu'il n'y a pas de brume pour apaiser sa soif ; et la violette gît morle pendant que son odeur s'est envolée sur les ailes du vent, sur les eaux bleues.
Comuie (|iu'l(|u'uii (|im boit à une coupe enchanlc'e de vin écumanl, cliiicchml cl miii-muiaiil, (pie la jnussante enchanteresse (pii la renq)lil invite à l'amour avec ses
divins baisers... s
SONNET A m JiON
\-/'ni pi'iir tjin' res lers nr vous plaisent pus. »}rn'.s] Si je vous estimais moins, lllnvir Incrail le Plaisir et laisserait a rKtonncmciU et au l)<',s('spoii- le ministère des pensées (jni renq)lissent l'esprit, (jui. connue un ver
dont la vie peut participer à une portion de linapprochable, voit vos créations s'élever aussi rapides et aussi belles que les mondes parfaits à la volonté du Créateur. Mais mon estime est telle, que ni votre pouvoir de planer au dessus des hauteurs que les autres [gravissent], ni la renommée, cette ombre de Theure à naître jetée de l'envieux avenir sur le présent, n'inspirent aucun regret pour le nom sans gloire de celui qui ose écrire ces lignes. Le ver sous la motte de gazon peut se lever
pour rendre hommage au Dieu.
LA ZUGGA "^
L'Eté était mort, et l'Automne expirante, et l'enfant Hiver riait sur le sol, sans nuages, pur et froid; lorsque, désirant plus en ce monde qu'on ne saurait le comprendre, je pleurai sur la beauté qui, semblable à la mer qui se retire, avait laissé nue comme le sable né de la vague la terre de moncœur délaissé, — et sur les herbes elles fleurs pâlies, soupirant après le mensonge des Heures flatteuses.
L'Eté était mort, mais je vivais encore pour pleurer l'instabilité de toutes choses, excepté des pleurs; et sur la Terre bercée dans son sommeil d'hiver, je m'éveillai, et lui enviai le bonheur de son sommeil. Trop heureuse Terre ! sur ta face ramperont les brises éveillantes du printemps, jusqu'à ce que, réveillée de tes rêves oubliés, tu ne voies aucune mort partager ton immortalité.
J'aimais. — Oh ! non! Je ne songe pas à quelqu'un de vous, ni à aucun être terrestre, quoique vous me soyez
(1) La citrouille.
274 ŒUVRES POÉTIQUES hE SHELLEY
aussi chers qu'un cœur humain peut l'être h un cœur humain; j'aimais... je ne sais quoi! Mais cette sphère inférieure, avec tout ce qu'elle contieni, ne te contient pas, toi que, sans te voir nulle part, je sens partout ! Au ciel et à la terre et à tout ce qu'ils renferment, un voile te dérobe, comme une étoile [voilée par l'ouragan].
Toi que le ciel et la terre, qu'aucune des formes que tu inondes, ne sauraient ni contenir, ni arrêter, ni cacher; toi qui communiques la divinité aux choses les plus basses comme aux plus élevées, quand pour un moment on ne l'empêche pas de vivre dans la vie que tu empruntes ; toi qui, en les abandonnant, laisses les plus nobles créatures vides et rebutées, froides comme un cadavre après la fuite de l'esprit, pâles comme le soleil après la naissance de la nuit.
Dans les vents, les arbres et les courants, dans toutes les choses vulgaires ; dans la musique, dans les doux accents inconscients des animaux, dans les voix qui sont humaines, et essaient d'exprimer quelque chose de leurs propres sentiments ; dans les mouvements suaves et les rares sourires des femmes ; dans les fleurs et les feuilles ; dans Ihei'be fraîche éclose, ou mourante en automne ; j'adore plus que personne ta présence, ou me lamente de ta perte.
J'allais ainsi me lamentani, (piand je vis une piaule gisante sur h; bord de la rivière, semblable à un être qui aurait aimé au delà de la loi de sa nature, et dans le di'scspoirse serait abandonné à la mort. Ses feuilles, qui avaient survécu à la gelée, avaient été abîmées par le dégel ; comme un cœur que la haine ne peut flétrir, mais que la pitié tue. La rosée pendait à ses feuilles laclu'cs comme des larmes trop vraies.
Les Cieiix avaient pleuré sur elle ; mais la Terre lavait écrasée sur son sein dénaturé
Je la portai dans ma chambre, et la plantai dans un vase plein de la terre la plus légère. Les rayons d'hiver qui obliquaient du ciel tombèrent à travers les croisées, dépouillées de leur robe glacée, sur ses feuilles et ses fleurs ; l'étoile qui le soir soupirait après le jour, dont le char avait roulé sur la vague de l'horizon, avec des regards de lumière, lui souriait du seuil de la nuit.
Les influences mitigées de l'air et de la lumière firent revivre la plante ; elle poussa de fortes feuilles et tiges ; et ses belles fleurs, pleines comme une coupe de la brûlante rosée du vin, débordèrent de couleurs d'or. Une atmosphère de chaleur vitale l'enveloppa de nouveau, et chaque impulsion envoya à chacune de ses parties les pulsations invisibles de son cœur.
La plante aurait pu croître belle et forte, quand même l'air et le soleil ne lui auraient pas souri ; car quelqu'un pleurait sur elle tout le long de l'hiver des larmes aussi pures que la pluie du ciel, qui tombèrent sur elle heure par heure ; car les sons du chant le plus suave, mêlés aux mélodies des cordes qui le forçaient de quitter les douces lèvres sur lesquelles il dormait, avaient soulagé le cœur de celui qui était assis et pleurait ;
Avaient soulagé son cœur et ébranlé les feuilles et les fleurs sur lesquelles il pleurait, pendant que le sauvage ouragan, réveillé par les plus sombres heures de décembre, faisait rage autour de la chambre calme et chaude. Les oiseaux frissonnaient dans leurs berceaux sans feuilles ; le poisson était gelé dans les étangs, toutes 'es plantes d'été étaient mortes, tandis que celle-ci....
Janvier 1822.