‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 114 sur 138 · L.\ D.\ME · texte numérisé non relu

L.\ D.\ME

Je n'offre que ce que je cherche, quelque sympathie humaine dans cette île mystérieuse.

l'indien 0 mon amie, ma sœur, ma bien-aimée !... Que dis-je? Ma cervelle s'égare, et je sais à peine si c'est à elle ou à loi que je parle.

la dame Paix, cœur troublé ! Je ne suis pour toi que ce que tu es pour le mien — le vent qui en passant guérit le front à midi, et peut glacer la poitrine à la nuit, mais qui pourtant ne peut séjourner là où il produit le plus d'apaisement, ou apaiser longtemps, pût-il séjourner.

278 œiVRES POÉTIQUES DE SHELLEY

l'indien Mais vous dites que vous aimiez aussi ? LA dame

Jaimais ! Oh! j'aime ! — Il me semble que ce mot d'amour est fait pour tout le monde ; et que pour de nobles cœurs un autre nom exprimerait de plus nobles pensées que le monde n'en connaît. J'ai aimé.

l'lndien Et tu n'aimes plus? S'il en est ainsi, jeune comme tu es, tu peux faire couler bien des larmes.

LA DAME

Oh ! que ne puis-je m'exompter de toute lamortume de ce doux nom ! Jai aimé, j'aime ; et quand je n'aimerai plus, que la joie et le chagrin péiissenl, et que le désespoir sonne le glas de la jeunesse. Il était près de moi, vision incarnée du plus brillant rêve, qui, semblable à une aurore, annonce le jour de la vie ; lombre de sa présence faisait pour moi de ce monde un paradis. Toutes les choses familières qu'il louchait, les mots les plus communs qu'il prononçait devenaient pour moi connue les formes et les sons d'un monde plus divin. Il était connue est le soleil dans sa fière jeunesse, aussi terrible et aussi adorable que la tempête. Il vint, puis il s'en alla, (!l me laissa ce que je suis. Hélas ! pourquoi faut-il que j(^ me rappelle combien de fois tous les deux nous nous sommes assis ensemble près des sources de la rivièi-e. sous le vert pavillon que le saule étend sur leparipiet de liiicessanle fontaine, parsenn- des nourrissons du printemps qui y ont établi leur séjour, sur <«'t îlnl pavi- (le lleiiis et de mousse, tandis (|iie les feuilles

de la rose musquée, comme des flocons de neige cramoisie, pleuraient sur nous, et que la tourterelle gémissait dans les pins, triste propliétesse d'autres chagrins que les siens ? La grue retournait à sa demeure glacée, et le coucou menteur souhaitait à la brindille le bon matin; et sur le rameau d'hiver, l'oiseau veuf, caché dans la plus profonde nuit des feuilles du lierre, renouvelait les vigiles d'un chagrin sans sommeil. Moi délaissée comme lui, et délaissant comme lui, abandonnée et abandonnant (bien différente de lui en ce point) le plus aimable des jeunes hommes, dont l'amour lui avait rendu mes chagrins aussi chers que mon chagrin me rendait cher son amour !

l'i?(dien Une malédiction de la Nature imprime dans le même moule les traits des malheureux, et ils sont aussi semblables l'un à l'autre qu'une violette à une violette, quand la mémoire, ce spectre, garde leurs parfums au milieu des froides rehques d'une joie abandonnée. Continuez.

LA DAME

C'était un garçon simple et innocent. Je l'aimais bien, mais non comme il le désirait ; et cependant, il était encore heureux dètre aimé ainsi; — un court bonheur;

car j'étais

l'indien

(a i)ait) Dieu du ciel ! C'était d'une île semblable, dune

pareille source ! Je n'ose pas lui demander s'il y

avait dans cette île un kiosque de plaisance surmonté d'un croissant, avec des escaliers descendant aux eaux bleues. — (Haut) Il peut se faire que la Nature masque

dans la vie diflérentes copies du même destin, de telle sorte que ceux qui souffrent puissent sentir le chagrin d'un autre comme le leur propre, et trouver en amitié ce qu'ils ont perdu en amour. Non, cela ne peut être ; cependant, il est étrange que de la même scène, par le même chemin, nous soyons arrivés à ce royaume d'abandon Mais parlez ! votre souffle — votre souffle est

comme une douce musique, vos paroles sont les échos d'une voix, qui sur mon cd'ur dort comme une mélodie des premiers jours. Vous disiez

LA DAMi:

11 était si tcirible et cependant si beau dans son mystère et sa Icrrcur, me calmant, comme la beauté du ciel apaise la mer troiibb-c ! Et cependant il n'en était pas ainsi, car 11 s(;mblait plein d'orages ; et souvent on eût dit, à le voir, un soleil inextinguible masqué dans (le pi'odigieux nuages ; car telles ('taienl ses pensées et inéine ses actions ; mais ce nCtait ni l'homme de ses actions, ni ses actions n'étaient celles de l'homme; elles ne faisaient que dérober sa splendeur à la terre. Quelques-uns disaient qu'il était un homme de sang et d'aventures, et s'abreuvait juscpiaux lèvres damère infamie. Il eût fallu que je fusse plus innocente ; il eût fallu (jue je fusse tout à fait sincère <'t bonne ; il eut encore plus fallu que je fusse femme à paitager le remoi'ds, le m(''|)ris et la solitude, et Ions les maux (jiii attendent ceux (|ui se vt)uent à luie lâche de ruine dans le monde de la vie. Il s'enfuit, et je lai suivi.

i,'i>niK> Tel est celui <|iii lut I liivei' de ma jiaix. IVIais, très belle é'ti'angère. (|iiaml (|iiillàles-voiis les lointaines col-

lines où jaillissent les sources de l'Inde ? Comment avez-vous traversé la mer qui nous en sépare?

LA DAME

Si j'étais siîre de ne pas rêver en ce moment, je n'hésiterais pas à dire que c'était un rêve. Il me sembla qu'une étoile descendait du ciel, et s'arrêtait au milieu des plantes de l'Inde auxquelles j'avais donné un abri contre la gelée dans ma chambre. Là vint se coucher le météore, exhalant sa lumière parmi les feuilles et les fleurs, comme s'il vivait, et fût exténué de la rapidité de sa course: ou comme s'il aimait, et que la passion fit battre les pulsations de sa brillante vie comme un cœur angoissé ; puis il s'épandit, et toute la chambre et les murs semblèrent se fondre en un feu d'émeraude qui ne brûlait pas. Au milieu de ce feu apparut un esprit semblable à un enfant, et il fît retentir un éclat de rire si perçant et si plein d'une douce joie, que mon sang tinta dans mes pieds i)rùlants : alors il se pencha sur un vase et , murmurant de basses et inintelligibles mélodies, il déposa dans la terre quelque chose comme des semences de melon, et lentement s'évanouit. Et à sa place, une douce main sortit du voile de feu, tenant une coupe semblable à la fleur du magnolia, et versa sur la terre dans le vase l'élément dont elle débordait, plus brillant que la lumière du matin, et plus pur que l'eau des sources de IHymalaya.

l'indien Vous ne vous éveillâtes pas ?

LA DAME

Non , jusqu'à ce que mon rêve devait comme la

légende duii enfant sur le sable abandonné par la marée, que la première éeume ed'ace à moitié, et laisse à moitié lisible. Enfin je me levai, et je visitai mes fleurs vase par vase, et songeai à mettre de nouvelles boutures dans les urnes vides; et, quand j'arrivai à celle qui était près du treillis, je vis deux petites feuilles d'un vert sombre, soulevant en naissant la terre légère, et alors je me rappelai à moitié mon rêve oublié ; et jour par jour, verte comme une gourde en juin, la plante grandit fraîche et épaisse, et cependant personne ne savait quelle était cette plante. Sa lige et ses tendrillons ressemblaient à des serpents d'émeraude, marbrés et diamantés de mailles d'a/.ui- et de raies d'argent tissé, et toutes les gaines qui enveloi)paient les sombres boulons jaillirent comme la crête du serpent à lunettes, jusqu'au jour un l'œil d'or de la brillante fleur, à travers 1<'S noirs cils de ses paupières veinées , débarrassées de leur silencieux siiinnicil, l'cgarda, semblable à une étoile dans la lumière du malin. Les feuilles

étaieni di'licates, on voyait pr('S(pie les pulsations

dont la fl«'ur de pourpre veloutée se nourrissait jusqu'à déborder, et, <'omme le cœur d'un poète changeant une brillante fantaisie en un tendre sentiment, elle transformait à moiti<'' la lumière en pailiiin. Elle tomba bientôt, et laissa tous ses lr«'sors de lieauii' à un enihi-yon de fruit vert et leiulre connue la rosc'-e. Joui- par jour, je nourris la plante, et sur la double llùte je lui jouai aux jours ensoleillés dliiviM" de suaves melodies, aussi douces (|uune i)Iuie d'avril sur les feuilles silencieus<'s, el je hii clianlai «es paroles avee ies(|nellrs la passion l'ail i;nurnian(lei' par TKeho les cordes eiiilorinies. Kt jaiinais a lui envoyer des contes d anionr itublie. bien

lard dans la nuit solitaire ; et à lui chanter des chansons sauvages de vierges abandonnées dans l'ancien temps ; et à pleurer comme un doux nuage dans le sein d'avril sur les paupières endormies de la plante, — si bien que peut-être elle rêva que le Printemps était venu, qu'elle se mit à ramper et à s'étendre à la clarté de la lune, et déploya tous ses membres, à mesure que, midi par midi, le soleil détournait moins son obUque rayon.

l'indien

Et la plante ne mourut pas de la gelée

LA DAME

Elle poussa, et sortit hors du treillis que j'avais laissé à moitié ouvert pour elle, traînant ses gracieuses aiguilles le long du jardin, au travers de la pelouse, sur le talus de mousse, et parmi les touffes des racines des fleurs sauvages, et les troncs darbres recouverts de simples lichens, et les vieilles pierres blanches, sur le bord de l'étang limpide, jusqu'à un coin de violettes non épanouies, et de muguets non encore nés, sous un pin tapissé de lierre. Là, son fruit s'étendit comme un lézard dormant à l'ombre. Mais, quand le Printemps vint en réalité démaillotter ses enfants, et que les lis par dessous leurs masques vert brillant regardèrent à la dérobée pour s'émerveiller de cette forme de l'automne couchée dans leurs retraites, alors elle se dilata ; et elle poussa jusqu'à ce qu'une moitié s'étendit flottante sur l'eau de la source, dont les pulsations, s'échappant en

sympathies diverses, marquaient le temps parmi les

boutons des nénulars blancs comme la neige. Sa forme était semblable à celles que la mélodie d'été du vent du sud dans les vallées aromatiques peut domii'i- à ((acl-

28 'i ŒUVRES POÉTIQUES DE SHELLEY

que brillant nuage enchaîné depuis l'aube d'or jusqu'aux îles féeriques du soir ; et elle semblait être, en couleur et en forme, le miroir de toutes les couleurs et les formes peintes autour d'elle et sur elle par les rayons ensoleillés, qui, des brillantes vibrations de l'étang, s'épandaient sur le treillages et la voûte des rameaux, et des feuilles, et sur les tiges servant de piliers à ce sombre temple agreste, et les reflets de chaque fleur naissante, de chaque étoile de mousse et de chaciue feuille veinée dans l'air azuré et odorant. Et ainsi elle était couchée dans le calme élyséen de sa propre beauté, flottant sur la ligne qui, semblable à une cloison au milieu du plus pur espace, séparait le ciel de dessous les eaux du ciel au-dessus des nuages. Et chaque jour je venais observer ses progrès, et je m'émerveillais ; et quand le jour (hnint chaud, il me sendjla (jue je voyais une vapeur transparente; dansant sur lélang, et sur elle de gracieuses et minces formes tournoyer avec un mouvement vertigineux et sélever et tomber, «'omme des nuages de

moucherons aux lignes |)aiTailes

0 ami, le sonuneil fut iin voile ùvr du ciel, — comme si le ciel descendait sur le monde du lève, — quand les ténèbres se Uîvèrenl sur le jeun- ('teint, venant des (l(''serts de rOrienl.

l.'l.MtU.N

Moi aussi j';ii tiouvc- (piiin paradis d'un uioinent dans le somnieil eoiiipeiise à luoitie un eiiler de cliagrin

('Veillé'

EK

PERSONNAGES DU DFiÂME

Le Roi Ciiari.es I*"''.

L,v Reine Henriette.

Laid, ard'cvcqucdeCantcrliuiy.

Wenworth, Comte de Straffiud.

loui» cottington.

Lord Westox.

Lord Coventry.

Williams, (■véque de Lincoln.

Lytelton, sciirtairc, Jlxon.

Saint-John.

Archy, le Ion (le la Cour.

Hampden.

PVM.

Cromwell.

La Fille de Cromwell.

Sir Harry Vane, k- jeune

Leiciiton.

Hastwick.

Pkynne.

Genlilshommes des Inns of Court, citoyens, poursuivants d'armes,

maréchaux, oludiants on droit, juges, clerc.

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