‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 17 sur 138 · STANCES ÉCRITES DANS L'ABATTEMENT PRÈS DE NAPLES · texte numérisé non relu

STANCES ÉCRITES DANS L'ABATTEMENT PRÈS DE NAPLES

Le soleil est chaud, le ciel est clair, les vagues dansent rapides et brillantes, les îles bleues et les montagnes de neige revêlent la lumière transparente du Midi empourpré ; la terre moite respire légèrement autour de ses boutons encore enveloppés : les mille voix d'une seule félicité, les vents, les oiseaux, les flots de l'océan, la r>ilé elle-même, ont des accents aussi doux que ceux de la SoUtude.

Je vois le parquet non l'oidc' de laliîme jonché d'herbes mannes vertes et pourpres ; je vois les vagues sépaipillant sur le rivage, comme une lumière (jui se dissout en averses d'étoiles ; je m'assieds seul sur le sable ; l'éclair de loct-aii à 1 heure de midi resplendit autour de moi, et une harmonie s'('lève de ses mouvements mesurés, avec quelle douceur! si quehpie ciL'ur pouvait partager en ce moment mon émotion !

Hélas ! je n'ai ni espérance ni santé, ni paix au dedans, ni calme autour de moi, ni ce contentement plus précieux que la richesse (jiie h' sage a trouve dans la méditation, et avec Iciincl il marche conronné d'une gloire inté'ricure ; je nai ni renornuK-e, ni |)ouvoir, ni amour, ni loisir. .Vvu vois dautres (pie tous ces biens onvironnen! ; ils vivent en souriant, et ils appellent la

vie un plaisir. Pour moi, cette coupe m'a été autrement mesurée.

Aujourd'hui cependant le désespoir même est doux, comme le sont les vents et les eaux ; je pourrais me coucher comme un enfant fatigué, et pleurer la vie d'angoisses que j'ai portée et que je dois porter encore, jusqu'à ce que la mort comme un sommeil vienne me surprendre, et que je puisse sentir dans l'air chaud ma joue se refroidir, et entendre la mer exhaler sur ma cervelle mourante sa dernière monotonie. Quelques-uns pourraient se lamenter de ma mort, comme je le fais moi-même, en voyant fuir ce jour si doux qui insulte à mon cœur perdu, devenu vieux trop tôt, avee ce gémissement prématuré. Ils pourraient se lamenter, car je suis un de ceux que les hommes n'aiment pas, et cependant regrettent, tandis que ce jour sans regrets, lorsque le soleil aura disparu dans sa gloire sans tache, restera pour ceux qui en auront joui, comme la joie même dans leur mémoire.

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