MISERE
Viens, sois heureuse ! assieds-toi près de moi, Misère vêtue dombre ; fiancée timide , ombrageuse et silencieuse, qui te lamentes dans ta robe dorgueil. Désolation déifiée !
Viens, sois heureuse ! assieds-toi près de moi ; triste comme je te semble l'être, je suis bien plus heureux que toi, Dame, dont le front impérial porte un diadème de douleur.
sère ! Nous nous sommes connus l'uii l'autre, comme
iO OEUVRES POÉTIQUES DE SHELLEY
une sœur et comme un frère vivent dans le même foyer solitaire, bien des années ; et nous avons encore à vivre quelques heures ou quelques années à venir encore.
C'est un triste lot, et cependant tirons-en le meilleur parti possible ; si l'amour peut vivre quand le plaisir meurt, tous deux nous aimeions, jusqu'à ce que cet enfer du cœur semble un paradis.
Viens, sois heureuse ! couche-toi sur l'herbe fraiche nouvellement fauchée, où la sauterelle chante gaiement, seul être joyeux dans un monde de chagrin !
Le saule sera notre tente , et ton bras sera mon oreiller ; sons et parfums, pleins de chagrin parce qu'ils furent un jour pleins de douceur, nous berceront pour un sommeil profond et morne;.
Ah ! tes pulsations gelées battent d'un amour que tu n'oses exprimer; tu murmures... tu pleures... Ton sein de glace sursaute-t-il, tandis (jue mon co'ur brûlant est plongé dans le sonnneil ?
Haise-moi !... Oh! tes lèvres sont froides! les bras repliés autour de mon cou sont doux, mais froids et morts ; et tes larmes sur ma tèle l)iùlenl comme des gouttes de plomb glacé.
Accours au lit nuptial; il est étendu sous la tombe; notre amour jx'ut se cacher dans les ténèbres, l'oubli è(r<Miotr<' {'ouveilurc ; nous pouvons reposer, et personne ne peut nous l'interdire.
Elreins-moi, jusqu'à ce que nos cœurs, comme deux amants, ne fassent plus (|u'un ; jus(ju'à ce que ce fornii- (lal)l(' transpoi'l puisse s'évanouii', connue une vapeur' dans le sommeil (|ui dure toujours.
Nous pouvons rêver, dans ce long sommeil, que nous ne sommes jias de rru\ cpii plrurcnl : oui. de même
que le Plaisir rêve de toi, Misère, qui fais de la vie un désert, tu peux rêver de Plaisir avec moi.
Ebaudissons-nous et rions aux ombres de la terre, comme les chiens aboient aux nuages éclairés par la lune, qui, semblables à des spectres enveloppés de linceuls, promènent sur la nuit leurs multitudes.
Tout le monde immense, à côté de nous, montre comme une multitude de marionnettes qui passent sur une scène ; peuvent-elles représenter autre chose que la moquerie, là où je suis, — là où lu as été?
PAR
MICHING MALLEGHO, ESQ.
« Est-rc une société dans un salon, bondé de monde absolument comme sur la terre ; les uns absorbant du punch, les autres al)Sorbant du tlié; mais, comme vous le voyez à leurs faces, tous silencieux, et tous.... damnés? » (1)
Peter Bell, de AV. Wordswoktii.
Ophélie. — Qu'est-ce que cela signifie, Monseigneur?
H.VMLET. — C'est un méfait ténébreux qui veut dire crime. !;2)
Sn.iKESPEARE. Hamlet.
(1) Ces Ters se trouvaient dans la première édition du Peter Veil de Wordswortli ; le poète eut un remords et les fit disparaître dans les éditions suivantes.
(2) < This is micliing malleclio ; it means niiscliief. » Hanilel III, 2, l'iO.