‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 21 sur 138 · PARTIE I · texte numérisé non relu

PARTIE I

LA MORT

Et Peter Bell, quand il se sentit réchauffe par le feu de l'enfer avec les nouveaux iiuporlés, devint sérieux; à sa mise et à sa mine, il était facile de voir que Peter était complètement réformé.

Ses yeux étaient tournés en haut, sa bouche tournée en bas ; son accent avait pris un son nasillard ; il huilait sa chevelure {^) ; on pouvait cnlendre la grâce de Dieu dans chaque mot que disait ou chantait Peter.

(1) Les plus îiiicicns stlioliaslcs lisent iri : <• L'n potier dodêcnf/atne. » C'est une version à la l'ois plus descriptive et plus niéj;alo|)hone; l'altératiou du texte a captivé loreille vulgaire du troupeau des derniers connncntateurs (Note de Slieiley). — Words- Nvortli, en effet, dans son jtoôine donne à son Peter Bell douze fcninies l)ien mariées : « Oui. ne frémisse/, pas! des femmes mariées, et douze! •

(2) Pour eeux (pii n'ont pas fait une exacte distinction entre l'huile de baleine et l'huile de Uussie, cet attnl)ut |)arailrait plutôt convenir à un dandy (ju'à un évangclicine. Letlet. selon que souffle le vent, est en vérité si identique, ipiil faut un naturaliste l)ien sui)lil |>our distinguer les deux animaux. l'A cependant ils ai>parliennent à deux espèces de genres bien distincts. (.Note de Shelley.)

Peter donc était devenu vieux, et avait une maladie, où aucun docteur ne voyait goutte. Ses souffrances l'avaient presque rendu fou ; les uns disaient que c'était une mauvaise fièvre, les autres juraient que c'était la gravelle.

Ses saints amis vinrent alors autour de lui, et avec force prédications et {)ersuasions convainquirent le patient que, sans la moindre ombre de doute, il était prédestiné à la damnation.

Ils disaient : « Ton nom est Peter Bell, ta peau a la couleur {hue) du soufre ; que tu sois vivant ou mort, malade ou bien portant, Dieu a fait rimer l'un avec enfer [hell) ; l'autre, je crois, rime avec vous {tjou). »

Alors Peter poussa un tel hurlement !... que la nourrice, qui, portant de l'eau de gruau, montait l'escalier aussi bien que le pouvaient ses vieilles jambes, tomba, et se les cassa toutes les deux La chute fut cruelle.

Le curé, par la croisée, sauta dans le lac de Windermere (1) ; et mainte anguille (sans être pour cela versée dans la droite raison de Dieu) passa une demi-année à ronger ses rognons.

Et tous les autres assistants se précipitèrent au travers de la porte, se bousculèrent l'un l'autre, et se brisèrent le crâne. — Cependant sur le parquet Peter Bell était assis, il jurait, et maudissait son père et sa mère.

Il délirait de Dieu, de péché et de mort, blasphémant comme un infidèle ; il disait qu'en serrant les dents il allait saisir la terre dans ses fondements, et l'entraîner avec lui dans l'enfer.

(1) Windermere et Grasmcre (dont il est question plus l)as;, lacs du Cumberland auxquels sont à jamais associés les noms de Wordsworth et des Lakistes.

Comme il parlait, vint un spasme, qui sépara de vive force ses dents grinçantes. Comme quelqu'un face à face avec un étrange fantôme, il resta immobile. — Il y avait un gouffre silencieux entre sa mâchoire supérieure et sa mâchoire inférieure.

Et la jaune mort s'étendit sur sa face ; et un sourire fixe, qui n'était pas humain, disait (autant que je puis entendre le cas) (|u"il (Hait ari'ivé dans un triste lieu. — Je tiens tout cela de la vieille femme.

Alors il vint du pic de Langdale un nuage, avec éclair, vent et gi'êle ; il passa sur les montagnes comme un océan, (H je l'entendis battre les bois et les rochers de la Vallée de Grasmere.

Et je vis le noir ouragan s'approcher de minute en minute; son tonneri-e rendait les cataractes muettes; il s'approchait avec des sifflements, un vacarme, un creux bourdonnement tels (iu'<m eut dit qiv le Diable était en lui.

Le Diabh' y était en ellét ; il avait acheté Peler une demi-couronne. Et quand l'oiu-agaii (|ui le portait se fui, ('•vanoiii, on ne revit plus jamais rien de ce (pi'il avait em|)()rté dans la maison.

Les voisins ébahis vinrent le lendemain Ils trouvèrent tout disparu. La bible où il avait continue de prier gisant à moitic' brûh'-e sous une cage à |)otdets, du verre brisé... c'était tout ce qui restait.

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