CHANT AUX HOMMES D'ANGLETERRE
Hommes d'Angleterre, pourquoi labourer pour les lords qui vous tiennent sous leur pieds ? Pourquoi tisser avec peine et souei les riches robes que portent vos tyrans ?
Pourquoi nourrir, habiller, entretenir, du berceau à la tombe, ces ingrats frelons qui voudraient épuiser votre sueur, — oui, boire votre sang?
Pourquoi, Abeilles d'Angleterre, foi'ger tant d'armes, de chaînes et de fouets, pour que ces frelons sans aiguillon puissent piller le produit forcé de votre labeur ?
Avez-vous loisir, confort, calme, abri, nourriture? Avez-vous le doux baume de l'amour? Qu'est-ce donc que vous achetez si cher avec vos peines et avec vos terreurs ?
Le grain que vous semez, un autre le récolte ; la richesse que vous trouvez, un autre la garde ; les robes que vous tissez, un autre les revêt ; les armes que vous forgez, un autre les porte.
Semez du grain, mais qu'aucun tyran ne le récolte ; trouvez des trésors, mais qu'aucun imposteur ne les entasse ; tissez des tunicpies, qu'aucun paresseux ne les use ; forgez des armes, afin de les porter pour votre défense.
Retirez-vous en frémissant dans vos caves, vos trous et vos cellules ; les palais que vous bâtissez, un autre les habite. Pourquoi secouer les chaînes que vous avez forgées? Vous voyez l'acier trempé par vous étinceler contre vous.
Avec la charrue et la bêche, et la houe et le métier, tracez votre fosse et bâtissez votre tombe ; et tissez votre linceul, jusqu'à ce que la belle Angleterre soit votre sépulcre 1
L'ANGLETERRE EN 1819 (Sonnet)
Un roi vieux, fou, aveugle, méprisé et mourant; des princes, la lie de leur stupide race, qui flottent à travers le mépris publi(\ fange sortie d'une source fangeuse ; gouvernants qui ne voient, ni ne sentent, qui ne savent que s'attacher comme des sangsues à leur pays agonisant, jusqu'à ce qu'ils glissent aveuglés par le sang, sans qu'on les touche ; un peuple alTamé et poignardé sur la terre en friche ; une armée dont le libcrticide et le pillage font une épée à deux tranchants pour tous ceux qui s'en servent ; des lois d'or et de sang, qui tentent et tuent; une religion sans Christ, sans Dien, un livre scellé ; un sénat, la pire des institutions non abrogées du temps; — voilà les tombeaux doù un glorieux fantôme peut jaillii' pour illuminer notre jour orageux.