‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 52 sur 138 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SWELLFOOT

C'est mon royal plaisir que vous, lord général, vous apportiez ici la tète et le corps, séparés, cela me sera plus agréable, de la reine lona.

LAOCTONOS

Je connaissais ce désir de Votre Majesté, et j'ai fait une charge avec les plus hardis de mes bataillons, appelés, de leur costume et de leur grimace, les singes royaux, contre les pourceaux qui, formés en carré, enfermaient leur reine ; ils reçurent la première attaque comme autant de rhinocéros, puis battant en retraite en bon ordre, leurs défenses découvertes et leurs museaux plissés présentés à l'ennemi, ils la portèrent en triomphe à la bauge pubUque. Mais, ce qu'il y a de plus grave, quelques truies sur le terrain ont donné aux gardessinges des pommes, des noix et du gin, et tous ceux-ci ont levé leurs queues en l'air, en criant : « Longue vie à lona ! A bas Swellfoot ! »

PURGANAX

Ecoutez !

LES POURCEAUX (au deliors)

Longue vie à lona ! A bas S^Yellfoot !

DACRY

Moi, je suis allé au galetas de la tour du porcher qui donne sur la bauge publique, et j'ai fait une longue harangue — rien que des mots — aux pourceaux assemblés, leur parlant délicatesse, merci, jugement, loi, morale,

précédents, pur('t('\ adiiltéie, destitution et divorce, piété, foi, et nécessité d Etat ; je leur dis conil)ien jainiais la reine ! — et puis je pleurai du pathos de ma propre éloquence, et chaque larme se changeait en une meule de moulin, qui faisait sauter la cervelle à nombre de pourceaux éhahis ; et alors il y eut un bourbier de sang et de cervelles sur la place, toute grasse de lard broyé ; tout autour les meules de moulin tournaient, labourant le pav('', et lançant eu lair les marcassins à la mamelle avec la poussière et les pierres.

Entre Mammon.

MAMMOX

Je m'étonne (pie des têtes grises de sorciers comme vous soient aussi imberbes dans leurs desseins; la politi(|ue la |>lus mince aurait enseigné à garder séparc-ment lona et les pourceaux. Diviser pour régner! Mais vous avez fait une jonction entre deux parties qui remporteraient sur vous sans mon stratagème. Regardez ce sac' Cesl le sac empoisonné de Ic-norme araignc'e verte, sur laquelle se tenaieiu caches lrionq)hants nos espions à travers les rues de Thèbes, pavt'es de morts. Un poison plus moilel le renq)lit maintenant, de même (pie la calunuiie est i)ire «pu* la mort. — C'est le venin du Taon, cinquante fois distillé, niélé aux vomissements de la Sangsue en |)roporlion convenable, et à la noire niortaux-rats, (|ue le Hat lui-même, qui comme le tyran du Poiil se nourril de |)()ison, n'ose lonelier; le tout scellé du large sceau du .Meusougc (pii csi le lord haut Chancflicr (hi Dialile ; et sur lui le |»iimal de tout l'Knfer a murmure ce pieux bapléme : c Soisajipelé le ^ac Verl\ que ce pouvoir et giàce soient tiens ; (pie Um contenu, versi' sur u'iiiiporic (pii, chaiii^e riuiiocfiice en faute, et

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le plus charmant visage en une alTreuse, hideuse et cruelle dillorniité. Que tous ceux qui seront baptisés de ton infernale rosée soient appelés adultères, ivrognes, menteurs, infâmes, sans oublier aucun des noms qu'aiment l'orthodoxie, le journal de la cour ou la Revue oflicielle ! Qu'ils soient appelés tyrans, bêtes, fous, gloutons, amants de toute autre femme et de tout autre mari que les leurs — le plus énorme péché de ce côté des Alpes ! — Qu'ils ne soient plus que la caricature spectrale de ce qui était humain ! Qu'aucun homme ni bête ne regarde leur face sans détourner les yeux ! Ou n'entende leurs noms sans que les oreilles ne lui tintent jusqu'au sang d'indignation, de rage et de honte ! » C'est une liqueur dangereuse — mes bons lords.

Swelllool s'ai)proclie pour tourhcr le sac vert.

Prenez garde ! Pour l'amour de Dieu ! prenez garde ! Si vous brisiez le sceau, et touchiez à la fatale liqueur...

PURGANAX

Alors ! Donne-le moi ; j'ai été habitué à manier toutes sortes de poisons. Son Auguste ^lajesté désire seulement en voir la couleur.

MAMMON

Maintenant, avec un peu de sens commun, mes loi'ds, en défaisant seulement tout ce qui a été fait tout en ayant l'air de le confirmer, notre victoire est assurée. Nous devons attirer Sa 3Iajesté hors de la bauge, et faire croire aux pourceaux que le contenu du Sac Vert est la véritable épreuve de la faute ou de l'innocence ; que, si elle est fautive, il la transformera en une laideur manifeste comme la faute ; si elle est innocente, elle sera transfigurée en ange, ce qu'elle est, disent-ils ; et ils la verront

volant dans l'air si brillante qu'elle obscurcira le soleil de midi, faisant pleuvoir ici-bas des bénédictions sous forme de dragées. C'est là, foi de prêtre, une de ces choses auxquelles les pourceaux ajouteront foi. Je vous parie que vous les verrez grimpant sur le chaume de leurs basses têts, avec des morceaux de verre enfumé, observer son ascension à travers les nuages, et quelquesuns tenir relevé le bout de leurs oreilles les uns aux autres avec leurs dents, pour attraper la pluie de dragées qui y tombeia. Vous, Purganax, qui avez le don du bavardage, faites-leur un speech solennel à cet elfet : je vais tout préparer pour la fête qui doit être célébrée en l'honneur d(; notre déesse Famine, où, pour relever l'i'dat de la cérémonie, trouvera place la tio pifrration de la reine.

D.VCUY à Swc'lKoot

Et moi, comme le gardien de votre sacrée conscience, je rapjx'lle hiimblemeiu à Voirie Majesté (pie l'exercice de votre haut tjflice de marchand de modes auprès de la rouge Hellone ne doit pas être différé.

PURG.VNAX

Partons tous, pour nous rcnconticr de nouveau dans de plus heureuses conjonctures.

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