SCÈNE I
La Bauge pul)lique. — Les Cochons en pleine assemblée.— Entre Pui'ganax
PURGANAX
Accordez-moi votre patiente attention, Gentilshommes et cochons,vous, dont la patience à supporter les charges publiques assure dans le présent et l'avenir la glorieuse constitution de ces Bauges. Les taxes des pourceaux maigres croissent avec le développement de la population porcine ; les taxes, cette vraie source de Cochonnerie (comment pourrais-je trouver un terme mieux approprié, qui enferme à la fois religion, morale, paix et abondance, tout ce qui fait de la Béotie une nation propre à apprendre à vivre aux autres nations ?), les taxes croissent avec la Cochonnerie elle-même ; et le revenu, cette grande source de tout patronage, et pensions, et paiements, que des cochons nés libres regardent avec des yeux jaloux, ne cesse de diminuer, jusqu'à ce qu'enfin, par de glorieux progrès, tout le produit du sol soit englouti par les taxes, et que le revenu se réduise à... rien ! Le défaut d'un marché étranger pour l'écoulement des saucisses, soies et boudins et autres produits nationaux, n'est qu'un mal partiel ; et si la population des pourceaux, au lieu d'eaux grasses, a été nourrie de paille et d'eau, c'est
un fait qui — vous le savez — qui est — c'csi une nécessité (\'¥AM — tempoiaire naturellement. Os cochons impies, (jui, par de IVéquenles criailleries, ont osé sinsurger contie le système Swellfoot ou se livrer à dirrévérentes moqueries des génuflexions inculquées par l'arcbi-prêtre, ont été fouettés jus(|u ace qu'ils aient pouss('' un loyal »'t orthodoxe i^ioi^ncmcnl. Les choses étant dans cet heureux état, la Heine lona...
LES COCHONS nient
Elle est innocente ! très innocente !
PLRGANAX
C'est pr(''cis(''Uient ce (|ue j'allais dire. i,M'ntiIshonunes pourceaux : la Heine lona étant très iiuiocenle, sans aucun doute, revient à Thébes ; porcs maigres et sangliers se réunissent autour d'elles, désirant lui persuader que 710XI.S croyons] (je veux parler de ces pourceaux plus cossus, (|ui se gorgent de liches eaux grasses, pendant ([uc les :mti'cs happent de la paille hinnide) (prelh' est fautive ; par là, la facti(Ui des porcs maign'S cliei'che à obtenir ces eaux grasses, qui ont ete votre (lr»»it immémorial, et que je veux vous maintenir jus- (ju a la (lenii<'ic t^nutte de...
l.>' VEUHAT niitcrrompuiil
He (|iioi l'accuse-t-on 1
Ile ! personne ne formule une accusation positive ; — mais il y a en des ;illusinns };lissé«'S, et alors les Soniers du Conseil prive ont cru (ju il é'tail de leur devoir d'aviser .Sa .Majesté- pour en rechercher la vé-rilé; non duns son propre intérêt ; il pourrait se résigner ù
œOIPLS TYKANNUS 125
laisser son épouse s'amuser comme il lui plairait, si par celte toh'rance il devail plaire aux cochons ; mais voilà qu'il craint la moralité do lespece porcine, des truies particulièrement, et l'efl'et que cela pourrait produire sur la puret('' et la religion de la naissante génération des marcassins à la mamelle, si l'on pouvait soupçonne!' que la Heine lona...
Une pause.
PREMIER VERRAT
Allons, continuez, nous consentons à entendre ce qu'elle peut bien avoir fait.
PURGANAX
Eh bien ! On dit à mots couverts quun certain taureau — mais voici ce que l'on sait.... — les taureaux blancs comme du lait qui paissent, près du (jlitunme et des lacs de cristal des montagnes Cisalpines, lissant dans les fraîches rosées de l'herbe du lotos et des asphodèles en fleurs, leurs chevelures de soie, et de leur doux souffle chai'geant les vents du matin, jusqu'à ce qu'ils pâment épuisés sous ces parfums vivants, sont si beaux! — Non, je ne dis rien; — mais Europe a couru sur le dos d'un de ces taureaux d'Asie en Crète, et la mer énamourée se calma sous le rapide^ sillage de sa beauté. Et Pasiphai' , la grand'mère d'Iona,.... — Mais elle est innocente ! Vous et moi, tout le monde en convient.
PREMIER VEr.UAÏ
Très innocente !
PURGANAX
Regardez ce Sac ; un sac...