‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 61 sur 138 · LETTRE A MARY GISBORNE · texte numérisé non relu

LETTRE A MARY GISBORNE

Livourne, l'"- juillet 1820.

L'araignée tend ses toiles, qu'elle soit dans la tour d'un poète, une cave, une grange ou un arbre ; le ver à soie dans les feuilles vert-sombre du mûrier ne cesse de tisser son linceul et son berceau : ainsi moi, cet être que les moralistes appellent ver, je m'assieds, filant toujours autour de cette forme éphémère avec les fils déliés d'une rare et subtile pensée, non pas un filet de mots aux couleurs voyantes pour attraper les discoureurs oisifs du jour, mais une douce cellule, où, quand ce jour sera évanoui, la mémoire puisse donner des ailes à mon nom vivant et le nourrir des asphodèles de la renommée, qui croissent dans les cœurs qui doivent se souvenir de moi, faisant de l'amour une immortalité.

Quiconque, je crois, me verrait maintenant, s'imaginerait que je suis un puissant mécanicien, plongé dans l'art sublime d'Archimède, occupé à souffler une âme dans le cœur de fer de quelque prodigieuse machine, ou de quelque engin étrange, capable par la force d'enchantements figurés de s'ouvrir un chemin sur la mer, et de s'y ébattre ; car autour des min-s sont suspendus de formidables engins, comme jamais Vulcain n'en a forgé pour Jupiter afin d'enchaîner Ixion ou le Titan ; ou bien il verrait en moi le fougueux esprit qui animait

(1) Cette lettre adressée par Shelley à son amie Mary Gisborne, retournée d'Italie en Angeterre, fut écrite à la villa de cette dame près Livourne, dans le cabinet de travail de l'ingénieur Reveley, son tils. Voir à ce sujet notre Étudi' sur Shelley,

cet homme de Dieu, saint Dominique, pour convaincre athées, hérétiques, ou Turcs ; — ou ceux qui réunis en concile philanthropique songèrent à payer qTielquc intérêt pour la dette contractée envers Jésus-Christ pour leur salut, en donnant un l'aible avant-goût de la damnation à Shakespeare, Sidney, Spenser, et autres qui ont fait de notre terre une île de bénédiction (aloi-s que l'Espagne, ce flambeau, qui maintenant rallume sa flamme au foyer de la Liberté , s'obscurcissait avec l'empire), — à l'aide des vis à pression, des roues à dents, à pointes et à scies, que des pécheurs trouvèrent sous rextrème rocher de Corn^valI (1), et sous les îles ceintes de l'ouragan, — où rarement la rude mer sourit au ciel et oublie sa pcrlide colère, alors qu'au matin, les éléments triomphants dans le mépris, rassasiés de destruction et de ruines, sont couchés dormant dans tonte lour beauté sur leur proie déchirée comme dorment les panthères; — puis, voici d'autres formes magiques, étranges et teri-ibles, parsemées sur le parquel de briques : Protée transformé en métal n'a pas produit plus de figures ou des figures i)liis étranges ; il na jamais piis des formes d'airain aussi inintelligibles, il ne s'est jamais condensé en mass(! aussi liori'ible et aussi indécbilVrable d'étain c'I de fer ; ])uis des formes de bois inimaginables. ea|)ables dCmbai'rasser Tubal Cain et toute sa j)rogénitui'e : grandes vis de pression, et coins et roues et blocs à rainures, les éléments de ce qui doit braver les chocs de' la vague, du vent et du temps.

(1) .\lliisioii aux engins de Icnliiir ciivoyi-s di' IKspa^fiie sur l'Arinadu et enjilmitis danstiii iiaidiaj;»' sur U-s cùles de Cornwall: Voir .';ur ce réveil de iKs|»aj,'ne à la Lii)erlé l'Uilc à la Liberie,

dans le présent voluuic

Sur la table sont accumulés plus de brimborions et de bibelots que je ne pourrais en cataloguer dans ces .vers ; une jolie coupe de bois, pleine non pas de vin, mais de vif argent ; cette rosée que boivent les gnomes, quand il travaillent à leur besogne souterraine, faisant raison aux démons du tremblement de terre, qui du milieu de la lave leur répondent par ce cri : « halloo ! » et défient au combat les cités sur leur tête. Voûtes, tours, sanctuaires, les vivants et les morts, tombent fracassés à travers les crevasses de la terre ; et alors tous boivent à longs traits une autre rasade ; ils se tiennent les côtes et rient. Aucun gnome n'a bu ce vif argent ; il repose dans la coupe de noyer, veinée et mince ; sa couleur est celle du sillage de lumière qui tache labime Toscan, lorsque l'humide lune fait pleuvoir la plus intime averse de son feu blanc, quand la brise est silencieuse, et que le ciel bleu sourit sur les pâles mers.

Dans cette coupe de vif argent (car je cède à l'impulsion d'une enfance qui survit à la virilité), j'ai fait flotter la naïve idéalité dun bateau de papier.

Puis une vis creuse, avec des dents de roue ; Henri (l) saura ce que je veux dire, et rira de moi, à moins qu'il ne craigne que je ne fasse quelque sottise. Tout à côté sont couchés des tables et calculs fort embrouillés, avec des bateaux à vapeur, des frégates, et de bizarres machines tracées sur le tout en couleurs bleues et jaunes. Puis vient une rangée d'instruments mathématiques, pour la levée des plans nautiques et statiques : un tas de résine, un étrange verre brisé avec de lencre dedans ; une coupe de Cliine, qui a été (ce qu'elle ne sera plus jamais, je

(1) lleuri Reveley, ringénieur clout nous avons parlé plus haut.

pense) une chose où de douces lèvres avaient coutume de boire la liqueur dont médisent les docteurs, et que je boirai en dépit d'eux ; et, quand nous mourrons, nous sommerons vivement ceux qui sont morts les premiers de boire du thé, et partout oii nous serons, nous leur crierons : « têtes ou queues (1) ! »

Près de ces objets, une boîte de couleurs couverte de poussière, quelques vieux crochets, une mèche à moitié brûlée, un morceau d'ivoire, trois livres, où sections coniques, théories de la sphère, logarithmes, depuis Saundersonet Sims jus(]irau i>i'and Laplace, sont accumulés dans leur harmonieux désordre de ligures ; les débrouille qui pourra. A côté d'eux gisent les Mémoires du Baron de Tott, et quelques étranges volumes de vieille chimie. Près de ces objets une chose tout à fait inexplicable, avec du plomb dans le mili(Ui; je cherche comment faire comprendic à llcnii ; mais non ! Je laisserai, comme dit Spenser, « avec bcaucoiqi d'autres », ce secret dans la matrice enceinte du Temps, sujet trop vaste pour une rime si débile.

Là je suis assis comme un Archimage qui préside aux destinées, tramant de noirs enchantements et des engins diaboliques, ces roues à vapeur de r<'spril unies par leur propre impulsion, qui pompent les malédictions des hommes d'Eglise, et l'éduisent le charmant esprit de nos douces Revues en une écume pulvérulente d'abus salé, qui trouble l'océan de leui- satisfaction d'eux-mêmes. Je suis assis, et je souris et soupire selon mes (lisi)ositions. mais non pour elles. Le Lil)eccio se pre<-i|)ileet tourne avec un briiil iiiconstaul et paresseux;

(1) I»il(' on trie !

j'y fais plus attention qu'à elles. La fumée du tonnerre se réunit sur les montagnes comme un manteau déployé sur leurs épaules larges et nues ; le blé mur sous Tair ondoyant ondule comme un océan ; on voit trembler au loin les vignes dans toutes leurs lignes treillissées ; le murmure de la mer qui séveille remplit les pauses vides du vent ; la colline blanchit à travers la blanche pluie électrique ; et bien loin du fond des vallons, en accents lugubres, le tonnerre pousse des hurlements interrompus ; auldessus un gouH're de ciel sourit, comme lœil de TAmour sur le monde inquiet. Quand il y a de telles choses, comment un homme digne de votre amitié pourrait-il faire attention à la guerre des vers, aux cris des geais carnivores de ce monde, à leur censure, à leurs étonnements ou à leur estime ?

Vous nétes pas ici ! L'ingénieuse sorcière Mémoire voit dans vos chaises vides vos images absentes, et montre du doigt l'endroit où vous étiez assis naguère, où vous devriez être, mais où vous n'êtes pas. Je lui demande si jamais nous nous rencontrerons encore, comme alors nous nous sommes rencontrés : et elle répond, voilant dans la crainte ses yeux doués d'une seconde vue: « Je ne connais que le passé; mais appelle ici ma sœur Espérance ; elle parle de toutes choses à venir. » Mais moi, un vieux devin, qui connais parfaitement chaque vers menteur de ce doux oracle, je me tournai de nouveau vers la triste enchanteresse, et cherchai un répit à ma tendre peine, en me citant maint et maint passage de notre vie commune : — comment au bord de la mer, nous observions ensemble locéan et le ciel, sous la voûte de latmosphère bleue de l'Italie; — comment Tannée dernière j'accourus à la

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maison à travers un ouragan de tonnerre , et sentis l'éclair oblique s'arrêter brûlant sur ma joue : — comment nous nous sommes souvent fêtés les uns les autres, lêtes où la bienveillance compensait largement le luxe frugal de notre table rustique (autant qu'elle le pouvait, • fût-elle alors moins affermie et moins visible qu'elle ne doit l'être toujours entre nous) — comment nous lilions un tissu de conversation, pour nous y abriter du soleil de cette vie familière, qui semble être, mais qui n'est pas, ou bien nest qu'une étrange moquerie de tout ce que nous voudrions croire ; pour blâmer tristement les discordances et les mystères inexplicables de ce monde mauvais ; puis disséquer les intentions et les pensées des hommes dont les yeux s'étaient fermés en de lointaines années ; ou présager largement l'issue de la grande affaire de ce monde, alors que nous serions redevenus ce que nous no sommes plus ; semblables à des commères babillant à leur aise, qui écoutent la guerre des vents, soupirent, mais sans trembler: — ou, comment vous prêtiez l'oreille à quelque courant interr(iin|)U de rimes visionnaires, écloses dans îa joie ou la peine des plus inliiiies sources de mon cei'veau, man- (juaiit dliabileté peut-être ; — ou, comment nous cherchions les puits les plus profonds de la passion ou de la pensée creuses pai' de sages poètes dans le désert des années, tr()ul)lant leurs eaux sacrées de nos larmes, et y éianchant une soif toujours renaissante ; — ou comment, tiès sage dame, j<' m'initiais au langage dun pays qui maintenant est lihre, et (|ui, sur les ailes des pensées de vérité et de majesté, plan<' autour du sceptre des tyrans conmie un nuage, fait éclater les prisons pcMiplees. et ei'ic liieii fort : " Mon noui est L('*gion ! » ;

cette langue majestueuse que Calderon jeta sur le désert des âges et des nations, qui trouva un écho dans nos cœurs, et dont les accents firent tressaillir l'Oubli. Tu fus alors pour moi comme une nourrice, quand, avec des sons inarticulés, un enfant s'essaie à parler comme foiU ses parents à Tàge mur. Si les vents animés poursuivent les rapides nuées, si les éperviers chassent les colombes à travers les routes de l'air, les chasseurs le daim innocent, et les bètes leur proie, pourquoi ne ferions-nous pas lever avec le coup de vent de l'esprit dans la forêt de l'insensible passé ces plaisirs rappelés?

Vous êtes maintenant à Londres ; cette grande mer, dont le flux et le reflux sont à la fois sourds et retentissants, et sur le rivage vomissent les débris de ses naufrages en hurlant toujours pour en avoir encore. Et cependant dans ses profondeurs que de trésors ! Vous verrez ce qui fut Godwin (l) ; il n'y en a pas de plus grand que lui (quoiqu'il soit tombé, et tombé dans de mauvais temps); il sera parmi les esprits de noire âge et de notre pays, devant le redoutable tribunal de l'avenir, le premier, tandis que Rebuke se cache pâle et muet.

Vous verrez Coleridge, obscurément assis dans l'excessif éclat et la pure et intense irradiation d'un esprit, qui, aveuglé par son propre éclair intérieur, flotte péniblement à travers les ténèbres et le désespoir, un météore aérien enveloppé de nuages, un aigle encapuchonné au milieu de hibous chgnant de l'œil.

Vous verrez Hunt ; une de ces âmes heureuses qui sont le sel de la terre et sans lesquelles ce monde aurait l'odeur de ce qu'il est, d'un tombeau; Hunt,

(1) (les vers sui' (iodwiii ne fiireul |>iiljlii''s (|ira|iiès la iiiuil du pliilos()|)lie.

qui est réellement ce que d'autres semblent être. Sa chambre sans doute est toujours ornée de maint plâtre de Shout (1) entouré de gracieuses (leurs disposées avec un goût parfait, avec des couronnes de laurier suspendues par des rubans, et des guirlandes plus brillantes négligemment jetées dans un simple désordre, les présents des plus lettrées parmi plusieurs douzain(>s d'amies, de belles-sœurs et de cousines. El lui est là, avec ses éternels calembours, qui frappent à la porte (l(> la plus obtuse cervelh' pour réclamer des sourires, connue des créanciers toniti'uant à la porte dun poète pour avoir de l'argent (hélas ! il ne sert de rien de dire : « je suis pauvre ! ») ; ou souvent d'humeur plus grave, quand il songe à des choses jtlus sages qu'on n'en a jamais lu (laiLs un livre, excepté dans les plus sages tendresses de Shakespeare.

Vous verrez lïogg ! et je ne saurais exprimer ses qualiU's (je sais cependant quelles sont grandes), parce (juil feruie, puis barricade la porte derrière laquelle elles habitent. Son esprit et sa sagesse vous feront crier, (juand vous sei'ez mordus. C'est une peile dans une cotpiille (Ihuitre, une des plus riches de labîme.

Il y a aussi l'Anglais Peakock (2), changé en Fia niant, cet oiseau sauvage, qui étincelle dans le ciel de rinde. Navez-vous pas entendu dire, que quand un liomnn; se marie, meuit, ou se change eu Hindou, ses nu'illeurs amis n'eiileudenl jdus p;ul('i- de hii :' Mais vous le verrez, ri vous reiitciKh'cz aussi. jCspère, ainsi

(1) Simili (ciniil ;i llnllKnn iiiic liiiiili<|iii' de |)l:ilifs ilc |>;iii-. (Iii|ir('>. r.iiili(|uc.

(:i) Alliisidii au rcccnl mariait' do son ami I't-aktick (rn aii;;lais Paon) t'I à sim i'in|iltii dans la (aiiii|iai,'iii(' (lr> Indes.

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que la Snowdonienno antilope, blanche comme du lait, mariée à ce caméléopard. Son fin esprit fait de telles blessures que le couteau reste perdu dans la plaie ; un langage trop savant pour ce siècle borné, trop sage pour des bigots égoïstes ; laissez ses pages, qui charment les esprits d'élite de ce temps, se replier pour attendre le climat plus serein des années à venir, et trouver leur récompense dans cette juste attente.

Esprit et raison, vertu et science himiaine, tout ce qui peut faire de ce monde stupide une source de délices, tout cela est réuni dans Horace Smith. Voilà (avec quelques exceptions, sur lesquellesje ne veux pas m'étendre de peur de lasser votre patience), voilà tout ce que vous et moi nous connaissons à Londres.

Je rappelle mes pensées et je vous invite à jeter vos regards sur la nuit. Comme Teau remplit une éponge, ainsi la lumière de la lune remplit l'air vide, creux, universel. — Que voyez-vous ? Le ciel sans pavillon est beau : soit que la lune, rentrée dans sa chambre, abandonne minuit aux étoiles d'or, ou que, blême, elle grimpe avec ses rayons diminués l'escarpement d'azur ; soit que les nuages voguent sur labime inverse, pilotés par les innombrables souffles errants, pendant que les rares étoiles se précipitent au milieu d'eux, obscures et rapides. — Tout cela est beau dans tout pays.

Mais que voyez-vous à côté ? Une misérable station de voitures de louage, une maison de briques ou un mur qui enclôt quelque cour solitaire, tout blanc du griffonnage de nos malheureux politiques ; ou pis encore : une misérable femme chancelante dont vous devez accepter, en guise de sérénade, les malédictions mêlées à celles du souteneur qui parlnge son commerce, ou

RAIiRK. 9

14C oiuvnr.s poi'TiniES i>e shij.i.ey

une Polonia aux cheveux jaunes murmurant à Henri

des choses inefiables.

Moi, je vois un cliaos de feuilles vertes et de fruits s'élevant autour de noires cavernes, et jnsquà k\ racine des tiges vivantes qui h^s nourrissent ; dans leurs berceaux dorment au sein de leur sombre rosée les fleurs repli(''«'S. Au delà, la surface des blés non fauchés ne tremble pas dans laii' assoupi; et, emportées dans des cercles bizarres et une danse toujours changeanle comme des étoiles ailées, les lucioles flottent et luisent, pâles dans le rayon de la pleine lune, mais chacune sous les arbres sombres semble un petit soleil, un météore apprivoisé, une étoile fixe, égarée des rayons dargentde la voie lactée. On entend au loin le chant du villageois, rude, mais adouci i)ai' la distance, et un oiseau ({ut ne peut être le rossignol, et cependant je nen connais pas d'autre qui chante aussi suavement à cette heure avancée;.... et puis tout se tait ! Maintenant, entre lltalie et Londres, choisisse/, !

Vous devez passer av«'c moi 1 hiver prochain. Ma maison à cetteépof|ue sera changéiîenun lombeaudedécouragennnit mort, et de soucis ruminés tout bas, ainsi que de tous les rêves qui sont nos bourreaux. Oh ! si Hunt, Hogg, Peakock et Smith étaient ici, avec toulcsles belles choses (pii leur apparlienn<'nt ! Xons aurons des livres, espagnols, italiens, grecs ; et cha(|ue semaine demandera il produire une autre semaine aussi scndtlable à son père que je ressendjle peu au mien ^ce (jui n'est pas sa faute, comme vous pouvez le d<'viner). Quoicjuc nous mangions peu di" viande, et que nous ne buvions pas de Vin. nous nCn serons pas moins joyeux. Nous aurons du the et (les mties ; des flans poiii' le souper ; et une

collection sans fin de crèmes fouetlées, de gelées, de gâteaux, et autres semblables friandises féminines, festoyant tout en philosophant. Et nous allumerons des feux, avec \e bois du Grand-Duc, pour faire dégeler l'hiver de six semaines dans notre sang. Puis nous causerons : de quoi causerons-nous ? Oh ! il y a assez de thèmes pour défrayer maint entretien plein de pensées mystérieuses ! Quant aux nerfs, j'ai juré de les étouffer avec les cônes, les parallélogrammes et les courbes, s'ils osent encore me tourmenter quand vous serez ici avec moi; et ils ne boiront plus jamais le laudanum de l'Helicon ou de l'Himeros (1).

Venez donc, et, en dépit de Dieu et du Diable, nous ferons en sorte que notre divertissement amical et philosophique survive à la saison sans feuilles ; jusqu'à ce que boutons et fleurs avertissent les heures obscures et inévitables qu'il est temps de renouveler une douce rencontre par une triste séparation. « A demain, aux frais bois et aux nouveaux pâturages. »

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