TOUS
Un toast! Un toast! Debout et ti'ois fois trois !
DACUV
(ju il ne rest<' plus une goutte dans les verres ! lluvons à perte dhaleine !
LAOCTONOS
Le claret, toujours, me donn<' lidc-e du s;ing, et le sang du claret.
SWr.LLI OOT
Laoctonos pèche pour alh-ipcr un compliment, (jui lui est bien dû. Oui, vous ;»vc/. ixi plus «le vin. cl vei'sc' plus de sang (juaucun honune à lliéixs.
A PiUKanax.
(1) Georges IV ;i en la gldirc il'iiivcnlor h- jinnili an Marasquin.
Pour l'amour de Dieu, arrête le grognement de ces pourceaux.
PURGAXAX
Nous n'osons pas, Sire, c'est le privilège de la Famine.
CUœUR DE POURCEAUX
Salut à toi, salut à toi. Famine ! Ton trône repose sur le sang, et ta robe est faite de lambeaux ; démon qui vis de damnation ; sainte de nouvelles églises, du cant, et des Sacs verts, tant que tu t'élèveras dans la pitié et la terreur, confondant les pensées des plus sages. Quand lu montreras ta forme de squelette, quand les pains et les cranes rouleront de toutes paris, nous te saluerons — la voix d'un ouragan se perdrait dans notre terrible clameur.
Oui, salut à loi, salut à loi. Famine! Salut à toi, impératrice de la terre! Quand iu t'élèveias divisant les propriétés, quand tu t'élèveras déracinant les oppressions, dans l'orgueil de ta joie de spectre, au-dessus des palais, temples et tombeaux, nous nous précipiterons comme tes esclaves-ministres, foulant tout aux pieds à ta suite, jusqu'à ce que tout soit remis à niveau !
MAMMON
J'enlends le craquement des os géants de la terrible image, et dans les noirs trous qui furent autrefois des yeux je vois deux livides flammes. Ces prodiges sont des oracles, et témoignent de la présence de la Divinité invisible ; de terribles événements se hàtenl à leur destinée !
Î34 œUVRES POÉTIQUES DE SHELLEY
SWELLFOOT
Je n'entends que les pourceaux maigres et mutinés grognant dans le temple.
DACUY
Dans une crise d'une si excessive d(>licatesse, je pense que nous devons soumettre Sa Majesté la Heine à l'épreuve sans délai.
MAMMON
Voici le Sac.
PURGANAX
Jai répété toute la scène avec une vessie de bœuf et de l'eau sur lady P... — La réussite est assurée.
Picn.tnt le sac. — A SwcUfool :
Votre Majesté dans une si sale allaire fera mieux de se tenii" à l'écart, de peur d'être arrosée. Une ou deux laches sur moi ne feraient pas de mal, non, elles pourraient cacliei" le sang que 1(> triste génie de llle verte a imprinn'', comme par enchanlcmcnt, sur mon front — qui teindrait toutes ses mers, mais que ces mers ne pourraient jamais effacer !
lONA TAUniXA
Miioi'd, je suis pj'élc — impatiente même de subir lépreuv*'.
Une fjrai'icuse ligure oiivclo])|tt'c d'un voile li'anspnronl traverse le temple sans être ren)ar(|U('e; le mot i.iiif.utk. apjjarail à travers le voile comme s'il était écrit en lellrcs de feu sur son Iront. Ses paroles sont l)res(pic ('loulTées par les furicuv L;roi;ncmen(s tics Pourceaux, et les apprêts de l'épreuve. Elle s'agenouille >ur les uiarclies de l'autel, et pailc d'.ahoid d'un Ion lias et l'aible, mais ipii devient de plus on plus relentissani.
Fouissante Impératrice I Blanche épouse do la mort! Speciralc maràlie de la vie ! l'ar le Dieu qui l'a (aile telle, par la mayie de ton tuiicher, par eeu.K (jui ineu-
œDIPUS TYRANNUS 135
rent de faim ou crèvent d'embonpoint, en jeûnes et en fêtes ! — Par toi-même, ô terrible Famine ! je t'adjure ! Quand tu réveilles la multitude, ne la conduis pas par les voies du sang. La terre n'a jamais destiné ses trésors à ceux qui couronnent la coupe de la vie du poison de la rage fanatique et de la folle revanche, mais à ces esprits radieux, qui sont toujours les porteétendards dans lavant-garde du Progrès. Qu'ils soient les intendants payés, pour remplir le sein de la Peine, du Travail et do l'âge ! Oublie, ô Reine, ta rage accoutumée ! Sois ce que tu n'es pas ! Dune voix basse et faible la Liberté invile la Famine, son éternelle ennemie, à une courte alliance, une trêve apparente. Maintenant debout!
(Pendant que la ligure voilée a chanté cette strophe, Mammon, Dacry, Laoctonos, et Swellloot ont entouré lona Taurina, qui , les mains croisées sur sa i)oitrine. et les yeux le\és vers le ciel, se tient debout comme dans une sainte résignation, attendant l'issue de l'affaire, tout à fait confiante en son innocence.
Purganax, après avoir descellé le Sac vert, va gravement verser la liqueur sur sa tète, quand tout à coup l'expression de sa figure et sa contenance changent ; lona Taurina l'arrache de sa main avec un grand cri de triomphe et le renverse sur Swellfoot et toute sa Cour, instantanément changés en animaux sales et laids qui se précipitent hors du temi)le. L'image de la h amine se lève alors avec un bruit terrible, les Pourpeaux se jettent sur les pains, et sont renversés par les crânes. Tous ceux qui mangent dos pains sont changés en taureaux et se rangent tranquillement derrière l'autel. L'image de la Famine est engloutie dans im abîme au sein de la terre, et le Jlinotaure paraît.)
LE MIXOÏAURE
Je suis le Minotaure Ionien, le plus puissant rejeton de la race des taureaux d'Europe, je suis l'ancien homme-bull traditionnel ; Ionien par mes ancêtres, je m'appelle Ion qui par interprétation devient John; c'est-à-dire, en bon thébain, mon nom est John Bull. Je suis un fameux chasseur, je puis franchir n'importe quelle barrière dans toute la Béotie ; même les palissades
du parc royal ou le double fossé autour des nouvelles enceintes; et si Votre Majesté daigne me monter, au moins jusqu'à ce que vous ayez forcé voire gibier, je ne vous mettrai pas à terre.
ION A TALUINA
(Pendant ce discours, elle a mis des hottes et dos cpcrons. et un ciiapeau de chasse coquettement posé de côté, et reti'oussant ses clievcux elle saute agilement sur le dos du Minotaurc.)
Iloa ! Hoa ! Tallylio ! tallyho ! oh ! oh ! — Allons chasser ces laids blaireaux, ces puants renards, ces loutres dévorantes, ces lièvres, ces loups, tout ! excepté des hommes. En avant un piqueur ! Mes loyaux pourceaux, maintenant, que vos naseaux soient fins comme ceux des bassets, vos pas aussi rapides que ceux des lévriers, et vos accents plus doux et plus harmonieux qu<> le son des cloches des jours de lète de village, un dimanche ensoleillé ; réveillez tous les bois humides de rosée de votre bruyante musique ; ne leur donnez d'autre loi (ne sont-elles pas des bêtes de sang ?) que celles qu'elles vous ont données. Tallyho ! Ho ! — A travers forêts, genêts, fondrière, tanière et désert poursuivons les vilaines bêtes ! Tallyho ! llo !
CHOEUR lll'.UM d'ioNA ET DES POURCEAUX
Tallyho ! Tallyho ! A travers pluie, grêle et neige, à travers buissons, fougères, églantiers, à travers marécages, livières et bourbiers, allons ! allons !
Tallylio ! Tallyho ! A travers étangs, fossés et fondrières, suivons-les, atteignons-les commis le démon à leurs trousses. Tallyho ! Tallylio !
(Ils sortent en criant, lona poussant devant elle les pourceaux avec le Sac vert vide.)