PARTIE II
il y avait une puissance dans ce doux lieu, une Eve dans cet Eden ; une Grâce régnante, qui pour les Heurs, qu'elles fussent éveillées ou au sein des rêves, était ce que Dieu est pour le monde des étoiles ;
Une Dame, la merveille de son espèce, dont la forme était supportée par un esprit digne d'amour, qui, en se dilatant, avait moulé ses traits et ses mouvements à l'image d'une fleur de mer éclose sous l'oci'an.
Veillait sur le jardin du matin au soir ; et les météores de ce ciel sublunaire, comme les lampes de l'air quand la Nuit s'aventure au dehors, riaient autour de ses pas, en montant de la terre.
Elle n'avait point de compagnon de race mortelle; mais son haleine frémissante et sa face brillante de fraîcheur disaient, pendant que le matin baisait le sommeil sur ses yeux, que ses rêves étaient moins un sommeil qu'un paradis :
Comme si quelque brillant Esprit pour son doux amour avait déserté le ciel au réveil des étoiles, et comme sil se fût attardé autour d'elle, quoique le voile de la lumière du jour le cachât à ses yeux.
Son pas semblait prendre en pitié l'herbe qu'il pressait ; vous auriez pu conjprcndre, au soulèvement de; sa poitrine, que la brise allant et venant napporlait là que le plaisir, et laissait la passion derrière elle.
Et, partout où son pas aérien se posait, sa chevelure traînante du gazon herbeux etVaçait sa trace légère avec un frôlement d'ombre, comme un orage ensoleillé sur l'abhne vert-sombre.
Je ne doute pas que les (1«mm's de ce doux jardin ne se réjouissent au bruit de ses gracieux pas ; je ne doute pas (lu'elles ne sentissent l'esprit qui sortait de ses doigts lumineux et parcourait tout leur corps.
Elle arrosait d'une eau brillante puisée au couiaut celles (pi'avait pâlies le rayon du soleil ; et des coupes des lleurs appesanties, elle vidait la pluie des averses orageuses.
Elle relev;iil leurs lètes de ses tendres mains, et les SOUtiMiail à laide de haj^nelles el de liens d'osier ; si les
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neurs avaient été ses propres enfants, elle ne les aurait pas nourries plus tendrement.
Tous les insectes meurtriers et les vers rongeurs, et toutes les choses aux formes immondes et disgracieuses, elle les portait, dans un panier de tissu indien, bien loin au sein des bois incultes ;
Dans un panier garni d'herbe et de fleurs sauvages, les plus fraîches que ses gentilles mains eussent pu cueillir pour ces pauvres insectes bannis, dont lintention, quoiqu'ils fissent du mal, était innocente.
Mais les abeilles, et les éphémères semblables à un rayon, dont le chemin est celui de léclair, et les tendres phalènes qui baisent les douces lèvres des fleurs, et ne font pas de mal, elle en fit ses anges servants. •
Et elle laissa les nombreuses tombes, où avant de naître les papillons rêvent de la vie à venir, attachées autour du bord lisse et sombre de l'écorce du cèdre odorant.
Celte merveilleuse créature dès l'apparition du Printemps allait ainsi à travers le jardin, présidant à toute la douce saison de l'été : et, avant que la première feuille brunit, elle mourut.