‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 69 sur 138 · A UNE ALOUETTE · texte numérisé non relu

A UNE ALOUETTE

Salut à toi, esprit joyeux! — Oiseau lu ne fus jamais! — loi qui, du ciel ou près de lui, répands ton cœur trop plein en une profusion d'accords dont l'art n'est point étudié !

Plus haut, toujours plus haut, tu t'élances de la terre, comme un nuage de feu ; tu fends l'abîme bleu de ton aile, et chantant tu planes encore, et planant tu chantes toujours.

Dans l'éclair d'or du soleil qui sombre, au-dessus duquel les nuages resplendissent, tu flottes et tu cours, comme une joie incorporelle, qui ne fait que de naître.

La pourpre pâle du soii- fond autour de ta fuite ; comme une étoile du ciel, dans la large lumière du jour tu es invisible, mais j'entends tes perçantes délices.

Aiguës comme les flèches de cette sphère d'argent dont la lumière intense s'amoindrit dans la blanche clarté de l'aube, jus(|u"à ce (pie nous la voyions à peine, et sentions à peine qu'elle est là.

176 (jKLivRKs I'oiiiiyiivs DK siii:lley

La lerre el lair tout entiers I'etentissenl do ta voix, comme, lorsque la nuit est nue, d'un nuage solitaire la lune fait pleuvoir ses rayons, et le ciel est inondé.

Ce (jue tu es, nous ne le savons pas ; quelle chose; le ressemble le plus ? Des nuages d'arc-en-ciel ne coulent pas des gouttes aussi brillantes à voii' (pie l'averse de mélodie que ta présence l'ail pleuvoii".

Comme un poète caché dans la lumière de la pensée, chantant des hymnes spontanés, jusqu'à ce que le monde se sente ému de sympathies pour des espérances et des craintes qu'il ne soupçonnait pas ;

Comme une vierge de haute naissance, dans la lour d'un palais, apaisant son âme accablée d'amour, aux heures secrètes, avec une musique aussi suave que l'amour qui inonde sa retraite ;

Comme un \er luisant d'or, dans une vallée pleine de rosée, éparpillant invisible sa ('ouleur aérienne au milieu des Heurs et de l'herbe qui le dérobent à la vue ;

Connue une rose abritée dans le berceau de ses propres leuilles vertes, que l(;s vents chauds ont dëfleurie jusf|u'à ce que la senteur quelle exhale de l'excès de sa douceur fasse délaillir ces voh'urs aux ailes lourdes ;

Ihuil davi'rses |)iinlanières sur le gazon eliiicdanl, lleurs éveillées par la pluie, tout ce (pii lui Jamais joyeux, et clair, et frais, ta nuisique h; surpasse.

Apprends-nous, oiseau, ou esprit, (pielles tlouces |)ens(''es sont les tiemies ; je nai jauiais entendu louange de raiiioiir ou <hi vin. (pii exhalai le (loi d'un si divin ravissnncnl.

CIktui' (i'IiyuK'nee ou clianl Irioniplial. conipares au

l'Eins l'Ofc.MEs 177

lien, ne seraient tous qu'une vaine parodie, une eliose où nous sentons quelque défaut caché.

Quelles sont les sources de ton heureuse chanson ? Quels champs, quelles vagues, ou quelles montagnes 'I Quelles formes du ciel ou de la plaine ? Quel amour de ta propre espèce ? Quelle ignorance de la douleur ?

Avec ta claire et pén('lrante joie la langueur ne saurait exister, une omijrc d'ennui ne s'est jamais approchée de toi ; tu aimes : mais tu nas jamais connu la triste satiété de lamour.

Eveillée ou endormie, tu dois penser de la moit des choses plus vraies et plus profondes que nous, mortels, n'en rêvons ; ou comment tes notes pourràienl-elles ruisseler en de telles ondes de cristal ?

Nous regardons en avant et en arrière, et languissons pour ce qui n'est pas ; notre rire le plus sincère est gros de quelque douleur, nos plus doux chants sont ceux qui parlent des plus tristes pensées.

Cependant, si nous pouvions mépriser la haine et loigueil et la crainte, si nous étions des êtres nés pour ne pas verser une larme, je ne sais connnent jamais nous pourrions approcher de ta joie.

Bien plus précieux que tous les rythmes de la plus délicieuse musique, hien plus précieux que tous les trésors qu'on trouve dans les livres, serait ton art pour le poète, ù toi, qui dédaignes la terre !

Enseigne-moi la moitié de la joie que ta cervelle doit connaître ; une si harmonieuse folie coulera de mes lèvres, que le monde alors écoutera, comme j'écoute en ce moment.

t78 œUVRES POÉTIQUES 1)E SHELLEY

Je crains tes baisers, douce vierge : tu uas pas l)csoin de ciaindre les miens ; mon esprit est trop profondément accablé pour jamais peser sur le tien.

Je crains ton visage, ta voix, tes mouvements; tu n'as pas besoin de craindre les miens ; innocente est la dévotion du cœur, avec laquelle j'adore le tien.

mxm DE PROSERPINE

Cae'dlaut des /h'ur.s dtuis hi [daine d'Enna.

Divinité sacrée, Tcne ma .Mère, toi dont le sein iininoricl a donné naissance aux Dieux, aux hommes et aux bêles, à la feuille, à la tii^c, au boulon et à la fleur, exhale ta plus divine iniluence sur ton propre enfant, Proserpine.

Si des bruines de la rosée du soir tu nourris ces jeunes fleurs, jusqu'à ce qu'elles deviennent en parfums et eu couleurs les plus belles des eulauls des Meures, exhale ta plus divine iniluence sur Ion propie enfant, Prosei|»in<'.

LES DEUX ESPRITS (Allégorie)

PIIEMIEU ESI'IUT

0 loi (|ui sur les ailes d'un violenl désir voudrais llitller ;ui-(lessus de la lerre. prends !^anle ! l'iie nudu'e

suit à la trace ton vol de feu ; voiei que la nuit vient ! Brillantes sont les régions de l'air, et parmi les vents et les rayons, il serait délicieux d'errer... Voici que la nuit vient !

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