‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 68 sur 138 · LA NUEE · texte numérisé non relu

LA NUEE

J'apporte de frak'lies ondées aux tleurs altérées, des mers et des eaux couraiit(!S ; je prête une ombre légère aux feuilles qui reposent, dans leurs rêves de midi. iMes ailes secouent les rosées qui éveillent chacun des doux boutons, bercés dans leur sommeil sur le sein de leur mère, pendant qu'elle danse parmi le soleil. Je tiens le lïéau de la grêle tlagellante, et blanchis audessous les vertes plaines, et puis encore je la dissous en pluie, et je ris en passant dans le tonnerre.

Je crible la neige sur les montagnes, et leurs vastes pins gémissent elFarés ! et toute la nuit c'est mon blanc oreiller, pendant que je dors dans les bras de l'ouragan. Au plus haut des tours de mes demeures célestes l'Eclair, mon pilote, s'assied; dans une caverne au-dessous est enchaîné le Tonnerre, qui se débat et hurle par accès. .Au-dessus de la terre et de l'océan, avec un doux mouvement, ce pilote me guide, attiré par l'amour des Génies qui se meuvent dans les profondeurs de la mer de pourpre ; au-dessus des ruisselets, des pics et des collines, au-dessus des lacs et des plaines, partout où il rêve, sous la montagne ou le courant, demeure l'Esprit qu'il aime, et moi je me chauffe sous le bleu sourire du ciel, pendant qu'il se dissout en plnies.

Le soleil sanglant, à son lever, avec ses yeux de météore, et ses plumes brûlantes épandues, saute sur le dos de ma vapeur flottante, lorsque l'étoile du malin brille, morte ; comme sur la dent d'un pic escarpé, qu'un tremblement de terre ébranle et secoue, un aigle

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posé peut rester un moment dans la lumière de ses ailes d'or. Et lorsquen bas, de la mer illuminée, le soleil à son coucher exhale ses ardeurs de repos et d'amour, et qu'en haut le manteau cramoisi du soir tombe de la profondeur du ciel, les ailes repliées, je repose, sur mon nid aérien, aussi tranquille qu'une colombe qui couve.

Cette vierge dont la sphère est chargée dun feu blanc, et que les mortels nomment la lune, glisse avec des lueurs sur ma surface pareille à une toison, étendue par les brises de minuit ; et partout où le battement de ses pieds invisibles, que les anges seuls entendent, peut avoir brisé la trame du mince toit de ma tente, les étoiles derrière elle percent et regardent. Et je ris de les voir tournoyei* et s'enfuir, comme un essaim d'abeilles d'or, quand j'élargis la déchirure de ma tente bâtie parle vent, jusqu'à ce que les calmes rivières, les lacs et les mers, comme des lambeaux du ciel tombés d'en haut à travers moi, soient tous pavés de lune et détoiles.

J'enlace le trône du Soleil dune zone brûlante, et celui de la lune d'une ceinture de jierles ; les volcans s'obscurciss(înt, les étoiles vacillent dans le vertige, lorsque les Tourbillons dc-roulenl ma bannière. De cap en cap, sous la forme dim pont, sur une mer loi'renlueuse, à l'c-prenvc des rayons du soleil, je jjcntls conune une vuùle ; les monlagnes sont ses colonnes. L'arche triomphale sous laquelle je passe avec l'oui-ag^an, le feu et la neige, quand les puissances de l'air sont enchaînées à mon trône, est l'arc au million de nuances ; la sphère de feu là-haut a lisse ses tendres couleurs, taudis (pnla 'l'enc iiiimillee ri;iil en lias.

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Je suis la fille du Sol et de l'Eau, et le nourrisson du Ciel ; je passe à travers les pores de lOeéan et des rivages ; je change, mais je ne puis mourir. Car, après la pluie, lorsque sans une tache le pavillon du ciel est à nu, et que les vents et la lumière du soleil avec ses rayons convexes construisent le dôme bleu de l'air, je ris silencieusement de mon propre cénotaphe, et hors des cavernes de la pluie, comme un enfant hors delà matrice, comme un fantôme hors de la tombe, je m'élève et le détruis encore.

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