ÉPODE I
Entendez-vous comme la marche de Formes nées de la Terre, en ordre de bataille contre les Dieux qui vivent toujours ? le fracas et les ténèbres de mille ouragans faisant éclater leurs inaccessibles séjours de rochers et de nuages tonnants? Voyez-vous les bannières blasonnées flottant au jour , incrustées d'emblèmes d'un orgueil barbaresque ? Des menaces discordantes tuent le silence qui s'enfuit ; le ciel serein qui revêt notre vaste Kden se teint dune lumière de fer ! Les Despotes du Nord amènent leurs légions, pareilles au
(1) La vi|>t'ri' riait la tifvise dos armes des Visconli. Ivrans de Milan. S.
chaos sur la création, impuissantes à créer, cent tribus nourries dans d'étranges religions et des esclaves sans lois. Descendant des régions aériennes des blanches Alpes, portant la désolation, loups affamés qui n'endurent aucune attente, effaçant les lumineuses traces des pas d'une ancienne gloire, foulant aux pieds dans la poussière les colonnades de nos cités, assouvissant jusqu'à la nausée leur luxure hébétée et sauvage sur le cadavre de la Beauté, ils arrivent ! Les démons qu'ils amènent jettent un feu sombre et livide ; de leurs rouges pieds roulent des torrents de sang !
EPODE II
Grand Esprit, très profond Amour, qui gouvernes et animes tout ce qui vit et est sur la terre italienne ; qui répands le ciel autour d'elle, et l'entoures de tes bois, de tes rocs, de tes vagues ; toi qui résides dans ton étoile, sur la surface occidentale de l'océan ! Esprit de Beauté, au doux commandement de qui les rayons du soleil et les averses distillent leurs trésors du sein froid de la terre ! Oh ! qu'à ta voix chacun de ces rayons soit un brandon aveuglant d'éclair ! que ces averses deviennent des rosées de poison ! que la fécondité de la terre donne la mort! Qu'à ta voix, ton brillant ciel d'en haut, pendant que la lumière et les ténèbres l'enchaînent, soit la tombe de ceux qui avaient comploté d'en faire notre tombeau et le tien ! De tes ardeurs harmonieuses remplis et soulève tes fils, de même que sur l'horizon fuyant ta lampe nourrit de feu chaque vague crépusculaire ! Que la haute espérance et le désir inextinguible de l'homme soient l'instrument qui travaille à l'exécution de ta divine volonté ! Alors les nuases fuiront loin des
I8G UKUVKES POÉTIQUES DE SHELLEV
rayons du soleil, les antilopes loin des léopards, les colères et les craintes loin de toi, aussi rapidement que les loups celtiques fuient les bergers d'Ausonie. 0 Esprit, toi qui, de ton sanctuaire étoile, fléchis et réprimes toutes (Choses, oh ! fais que cette Cité qui fadore
soit toujours libre !
25 août.