‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 81 sur 138 · VERS A UN REVIEWER · texte numérisé non relu

VERS A UN REVIEWER

Hélas ! mon bon ami, quel profit pouvez-vous trouver à haïr un être aussi dépourvu de haine que moi ? Quel plaisir peut-il y avoir dans la haine, (juand toute la rage est d'un seul côté 1 En vain voudriez-vous assouvir vos colères sur un sourire sans résistance, où ne se cache pas même le mépris, pour tromper votre cœur par quelque faible sympathie de haine. Oh, triomphez de ce que vous ne pouvez assouvir ! (^ar devant votre passion je suis bien plus insensible (pie le fut jamais la plus froide vierge, ou lenfant le |)lus froiil en plein hiver. Si de votre antipathie je suis le Narcisse, vous êtes libre de lani,niir et de vous plaindre en me haïssant.

ÉTÉ Eï HIVER

C'était une brillante et joyeuse après-midi, vers la lin du mois ensoleilh' de juin, quand le vent du Nord rassciuldc fil Inulc de riiuri/dii les monlaijncs ll(»lt;mt('S (If ini;ii,^fs (1 argent, et (|n au delà Ir ciel sans tache s'ouvre comme l'éternité. Toutes cho.ses se réjouissaient

SOUS le soleil, les herbes, la rivière, les champs de blé, et les roseaux, les feuilles des saules pleureurs qui étincelaient dans la brise légère, et le solide feuillage des plus larges arbes.

C'était un de ces Hivers où les oiseaux meurent dans la profondeur des forets ; où les poissons gisent raidis dans la glace transparente, qui fait de la bourbe et de la vase des lacs chauds un monceau ridé aussi dur quune brique ; où, au milieu de leurs enfants, des hommes entourés de confort se réunissent autour de grands feux, et cependant sentent le froid. Hélas ! alors que devient le vieux mendiant sans asile !

L'AUTOMNE (chant funèbre)

Le chaud soleil décline, le vent glacial se lamente, les rameaux nus soupirent, les pâles fleurs sont mourantes, et l'Année, sur la terre son lit de mort, dans un linceul de feuilles mortes, est couchée. Passez, Mois, passez de Novembre à Mai, dans votre triste appareil, suivez la bière de la froide Année morte, et comme de sombres fantômes veillez près de son sépulcre.

La froide pluie tombe, le ver glacé 'rampe, les rivières se gontlent, le tonnerre sonne le glas de l'Année ; les gaies hirondelles se sont enfuies, et les lézards ont regagné leurs retraites. Passez, Mois, passez, vêtus de blanc, de noir et de gris ; laissez jouer vos brillantes sœurs ; vous, suivez la bière de la froide Année morte, et faites verdir son tombeau en versant larme sur larme.

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