‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 88 sur 138 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

Accours rapidement sur la vague occidentale, Esprit de la Nuit ! hors de la caverne brumeuse de l'orient, où, pendant tout le long jour solitaire, tu as tissé des rêves de joie et de crainte, qui te rendent terrible et cher ; que ton vol soit rapide !

Enveloppe la forme d'un gris manteau, broché d'étoiles ; aveugle de ta chevelure les yeux du Jour ; baise-le jusqu'à ce qu'il soit épuisé. Puis, glisse sur la cité et la mer et la plage ; touchant tout de ta baguette opiacée. Viens, toi si longtemps cherchée !

Quand je me suis levé et que j'ai vu l'aurore, j'ai soupiré pour toi; quand la lumière chevaucha les hauteurs, et que la rosée fut partie, et que le lourd midi s'étendit sur la fleur et l'arbre, et que le Jour fatigué songea au repos, s'attardant comme un hôte non aimé, j'ai soupiré pour toi.

Ta sœur la Mort vint et me cria : « Veux- tu de moi? » ton doux enfant le Sommeil, à l'œil voilé, murmura comme une abeille de midi : « Irai-je me blottir près de toi? Veux-tu de moi ?» — Et je répondis : « Non, je ne veux pas de toi. »

La Mort viendra quand tu seras morte, bientôt, trop tôt! Le Sommeil viendra quand tu auras fui. Ni de l'un ni de l'autre je ne voudrais réclamer le bienfait que je te demande. Nuit bien-aimée ; que ton vol soit rapide! Accours, viens bientôt, bientôt !

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