‹ Œuvres poétiques complètes de ShelleyChapitre 89 sur 138 · LE TEMPS · texte numérisé non relu

LE TEMPS

Insondable Mer, dont les vagues sont des années ! Océan du Temps dont les eaux de douleur profonde sont sauniàtres du sel des larmes humaines! Toi, courant sans rivage, qui dans ton (lux et ton rellux enfermes les bornes de la mortalité ! toi (jui, malade dêtre repue et cependant hurlant toujours après une nouvelle proie, vomis tes épaves sur son rivage inhospitalier ! traîtresse dans le calme, et terrible dans la tempête, qui pourra s'élever contre loi, insondable Mer ?

VERS

Loin, bien loin, ô vous Alcyons de la Mémoire, cherche/ au loin quekjue nid plus calme (|ue celle poitrine délaissée; quaucunes nouvelles de votre Printemps mensonger ne viennent à l'hiver de mon cœur. Une fois partis, c'est en vain que vous revenez.

Vautours, qui bâtisse/, vos berceaux bien haul dans les tours de lAvenir, espérances sur espérances tlétries s'accnnudent ; les joies mourantes étouHées pai- les joies mortes sei'onl la pi'oiede vus Ix-cs jdus dim jour.

DE L AIUIJE (Imilallon)

Mon ;"mic dcfaillanle reposai! dans la lumiéic de les regards, mon amour; elle palpitait pour toi, comme I;i biche à midi pour les ruisseaux, uion amour. Ton coui*-

I'ETITS POÈMES 195

sier, dont les sabots dépassent le vol de la tempête, t'a emportée bien loin de moi ; mon cœur, car mes pieds débiles seraient bientôt fatigués, ta accompagnée.

Ah ! plus rapide que le plus rapide orage ou le plus rapide coursier, ou la mort qu'il porte, le cœur qu'une tendre pensée enveloppe comme une colombe des ailes du souci ! Dans la bataille, dans les ténèbres, dans le besoin, le mien s'attachera à toi, et pour tout le confort, mon amour, qu'il peut tapporter, il ne demandera pas même un sourire.

A EMILIA VIYIANl

Ma Donna, pourquoi m'as-lii envoyé doux basilic et réséda ? emblèmes de l'amour et de la santé, qui ne peuvent cependant jamais se rencontrer dans la même guirlande. Hélas, ils sont humides ! Est-ce de tes baisers ou de tes larmes ? Car jamais pluie ou rosée n'a fait sortir pareille fragrance d'une plante ou dune fleur. Ce doute même me rend chère ma tristesse toujours nouvelle, les soupirs que j'exhale, les larmes que je verse pour toi. Envoie-moi les brillantes étoiles ; mais ne m'envoie pas l'amour, moi en qui l'amour a toujours fait de la santé comme un monceau de cendres tout prêt à s "évanouir.

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