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Scène de joie et d'enchantement de voir cbanger continuellementles formes etles ombres de cette rivière ! où le vaste lever du soleil remplissait de ses profondeurs d'or ses tourbillons, où toutes les nuances se jouaient en tremblant, où des cbutes mélodieuses éclataient et se brisaient au milieu des rocs revêtus de fleurs, l'écume et l'embrun étincelant comme des étoiles
sur la rivière ensoleillée ; ou bien, quand le clair de lune versait une lumière plus sainte, c'était un lac immense et étinceJant couché autour d'îles verdoyantes.
Le matin, à midi, le soir, le bateau volait sur le courant qui le portait comme le nuage ailé de la tempête, ou comme la pensée plus rapide encore del'hommequi vole toujours et ne peut s'arrêter. Quelquefois nous glissions à travers des forêts, profondes commela nuit, entre les murailles de puissantes montagnes couronnées de masses cyclopéennes, dont les fières tourelles, demeures de ceux qui étaient partis, frouçaient leur noir sourcil au-dessus des vagues brillantes qui enveloppaient leurs sombres fondements.
D'autres fois, nous voguions pondant plusieurs milles i\ travers des prairies immenses et fleuries, et c'était un charme de voir les ombres fuir sur l'herbe devant les rayons du soleil ; d'autres fois, nous volions sous la nuit de vastes cavernes cintrées, dont les voûtes étincelaient de pierreries semblables à des étoiles ; tandis que, de leurs profonds et glauques abîmes, de belles ombres blancbes passaient rapidement au milieu de doux sons le long de notre chemin, comme de suaves et charmants rêves qui marchent sur les vagues du sommeil.
Et comme nous voguions toujours, nos esprits furent remplis d'amour et de sagesse, qui débordaient en conversations étranges, douces et merveilleuses, en vivants
LAON ET CYTHNA 317
sourires dont la lumière allait et venait comme une musiquesur les vagues immenses, en larmes soudaines et en caresses muettes; car une ombre épaisse s'était entrouverte, et nous savions maintenant que la vertu, quoique obscurcie sur la terre, n'en survit pas moins à tous les changements mortels dans sa durable beauté.
Nous voguâmes trois jours et trois nuits, autant que la pensée et le sentiment peuvent compter des heures délicieuses ; — car à travers le ciel roulaient les lampes sphériques du jour et de la nuit, révélant de nouveaux changements et de nouvelles gloires, le soleil, la lune, et des astres semblables à la lune, enfants d'un ciel plus divin, plus serein et plus beau. Le quatrième jour, le courant devint sauvage comme une mer tourmentée par le vent, et emporta toujours plus rapide le bateau aux ailes d'esprit, toujours ferme dans sa rapidité.
Ferme et rapide, il allait où l'emportaient les vagues roulant comme des montagnes, dans la vaste ravine dont les crevasses versaient des torrents tumultueux de leurs dix mille fontaines ; le tonnerre de leur rugissement qui ébranlait la terre, soulevait l'air qui balayait en tourbillonnant du rivage: calme comme une ombre, le bateau de la belle enfant voi;»it en toute sécurité devant cette force rapide, au milieu de l'embrun gigantesque et de merveilleux arcs-en-ci(!l, enirelacés dans la brume d'argent. Dans la joie et lorgan'il nous souriions.
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Nous avons dépassé le toi'rent de cette immense et furiease rivière, et notre course aérienne est suspendue. Nous regardons derrière nous; une brume d'or frémissait à l'endroit où ses vagues sauvages se mêlaient avec le lac. Là notre barque pendit, comme sur une ligne, suspendue entre deux cieux sur ce lac sans vent, sans vague, éternellement nourri par quatre grandes cataractes sortant de quatre vallées, accompagnées de brouillards; elles toml)ent en se brisant des rocs et des nuages, et font de cette mer azurée un refuge silencieux.
Je m'arrêtai longtemps sans mouvement sur le lac; je vis sa ceinture de montagnes étincelantes comme la neige perdant leurs sommets dans les airs; je vischaque île rayonnante; et dans le milieu, bien loin, semblable à une sphère suspendue dans le ciel creux, le temple de l'Esprit mapparut ! Poité par le son qui en sortait, s'en rapprochant de plus en plus, comme la lune rapide autour de cette glorieuse terre, le bateau enchanté aborda, et trouva là son port !
KOSALINDE ET HELENE