II
X)uel mortel dans son cœur n*a point connu le mal? Lors môme que luttant contre Tange infernal Notre âme avec effort échappe à sa malice, Les combats qu'elle endure en attestent le vice.
Qu*ai-je d'abord été? quesuis-je? et tout à l'heure Que serai-je, enfermé dans ma froide demeure? Que feras-tu, grand Dieu 1 de Tœuvre de tes mains, De cette œuvre admirable où tes dons souverains Brillent, quoique cachés, d'une clarté si pure Qu'ils laissent loin de moi toute autre créature? L'esprit mystérieux dont je suis animé Dans la tombe avec moi sera- t-il consumé?
Ali ! s'il en est ainsi, quel être est sur la terre, A qui le malheur livre une aussi rude guerre I Comparez en effet l'homme et les animaux, Bt s'il meurt tout entier, dites s'ils sont égaux. Voyez le bœuf docile ; à p^ne il vient de naître Que sa force promet d'être utile à son maître, Et son robuste front n'a pas encor trois ans "Qu'il traîne sous le joug des chariots pesants. Le faon dans les forêts, aussi prompt que sa mère, Évite du chasseur l'atteinte meurtrier; Le tigre et le lion. Tours et le léopard.
Menacent en naissant de l'ongle et du regard; Néâ pour vivre de sang, de carnage et de proie^ A l'aspect du péril ils bondissent de joie.
Les ailes de l'aiglon, invisibles d'abord, Bientôt jusqu'au soleil le portent sans effort;
L'abeille, dans un antre ou dans le creux d'un chêne, Amasse un doux trésor pour la saison prochaine. C'est l'œuvre (f un printemps. La nature d'ailleurs Fournit à leurs besoins sans peine et sans labeurs ; Ils ne cultivent point un sol dur et rebelle, Ils ne traversent point une mer infidèle ; Leurs désirs sont bornés ; peu de chose y suffit ; Les bois sont leurs palais, et le gazon leur lit ; Les noires passions, sources de maladie.
N'altèrent point en eux les douceurs de la vie ; Os vivent sans remords et meurent sans frayeur. Combien le sort de l'homme est différent du leur! U nait faible et souffrant ; doux fardeau de sa mère, Il ne peut sans péril s'appuyei* sur la terre, Et plus tard devant lui ce n'est pas sans efforts Qu'il étend ses deux bras pour soutenir son corps. Pour voix, il a des cris : pour paroles, des larmes; Hn sourire ou des pleurs, voilà ses seules armes. La force vient enfui ; mais avec elle aussi Les noires passions de son cœur obscurci ; Chaque âge dans son cœur apporte une tourmente. Et' toujours le démon le poursuit et le tente. Le fleuve de Ijl vie est, comme l'océan.
Incessamment troublé par l'horrible ouragan ; Nul n'en descend en paix les rives incertaines, fit n'échappe au fardeau des misères humaines...