‹ Œuvres poétiquesChapitre 47 sur 96 · II · texte numérisé non relu

II

Qui crée, aime et maintient chaque être dans sa sphère. Telle est de mes discours la sublime matière.

Rayon coéternel de la Divinité, Le Fils avec le Père a toujours existé :

Môme type divin, môme nature égale* Que ne sépare pointée plus faible intervalle. De la gloire du Fils le Père environné.

Sait seul avec le Fils comment le Fils est né. Quel être de divine ou mortelle substancp Aurait pu voir de Dieu rélernelle naissance?

Seul il est éternel, seul il a pu la voir.

Et quel homme assez vain d'un frivole savoir Attribûrait à Dieu, simple dans sa nature, Les honteuses douleurs que toute chair endure? Je souffre en produisant un corps qui doit mourir; Mais, esprit simple et pur, Dieu ne saurait souffrir. L'ouvrier nailrait-il comme naît son ouvrage? Comme il compte nos jours compterions-nous son âge ?

Serait-ce les tourments que le Christ a soufferts Pour nous ouvrir les cieux et fermer les enfers, Qui nous feraient nier sa divine nature Et l'abaisser au rang de faible créature?

Hais si Dieu l'eût créé pour être seulement Du salut des mortels le passif instrument, Comme on voit l'ouvrier, d'une main inquiète, Joindre un nouveau ressort à son œuvre imparfaite, Le Christ roi, dégradé du rang de Jéhova, Serait même au-dessous de l'homme qu'il sauva.

Immortel médecin des mortelles souillures, Les couvrant de son sang et restant sans blessures, 11 était homme faible; Oui, mais suprême bien. 11 est fils de David, mais Adam est le sien.

Dans le sein d'une Vierge il descend et s'enferme, Mais son être infini ne connaît point de terme. Une crèche reçoit sa faible humanité, Mais des rois rendent gloire à sa divinité.

Et devant son berceau, conduits par une étoile. De sa grandeur cachée ils soulèvent le voile. Homme, il combat Satan, cet ennemi des cieux, Mais d'une triple lutte il sort victorieux.

Le pain nourrit son corps et ranime sa vie.

Mais Teau se change en vin, le pain se multiplie. Dans les eaux du baptême il descend, mais le ciel S'ouvre et proclame en lui le fils de l'Éternel. Un long et dur chemin fatigue sa faiblesse, Mais le paralytique à sa voix se redresse.

Homme faible, il se livre aux douceurs du repos, Mais des mers, Dieu puissant, il apaise les fiots. n prie, oui; mais au ciel, sa demeure première, N'a-t-il pas des mortels écouté la prière?

Pour m'élever à lui descendant jusqu'à moi, 11 est victime et prêtre, il est sujet et roi. Et présentant à Dieu le pur sang qui l'inonde. Il suspend à sa croix tous les crimes du monde.

Trottverai*je un objet dans la nature entière Qui rappelle de loin cette triple lumière?

Dirai-je cette source invisible à mes yeux Qui, jaillissant du sol à ilôts impétueux, Produit une fontaine argentée et limpide; La fontaine enfantant un beau fleuve rapide ; La source, la fontaine et le fleuve à la fois, Fils d'un même élément, suivant les mêmes lois. Montrerai-je au sommet d'un bois qu'elle dévore La flamme qui s'unit, se fuit, s'unit encore ? Dirai"je ma pensée aux magiques ressorts Qui demeure en mon âme et s'élance au dehors? Ou ne pouvant trouver en moi, ni sur la ten-e, Rien qui puisse expliquer un si profond mystère, Peindrai-je du soleil un rayon éclatant, Dans le miroir des eaux tout à coup pénétrant. Et jaillissant en flamme aux murs d'un édifice? 11 échappe à mon œil avant qu'il le saisisse ; Il revient, se retire, et, sans quitter les deux. Dans Tonde et sur la terre il éblouit mes yeux.

Tombé du haut des cieux que souillait sa présence. Et de sa chute en nous poursuivant la vengeance, Satan croit, en perdant le triste genre liumain. Égaler son pouvoir au pouvoir souverain.

Il éveille le mal qui sommeille en notre ûme. Et d'un conseil impie en allume la flamme.

Nous conduisant ainsi, par un contraire effort, Du soleil à la nuit, de la vie à la mort.

Du mal s|ui nous corrompt telle est la source impure, Le mal est dans Satan, et non dans la nature.

Et toi, inonde, si Dieu ne t'a point précédé, A ta création s'il n'a point présidé ; S'il ne t'a point créé par un pouvoir suprônje, Éternel comme lui, tu serais Dieu toi-même ! Comment donc se fait-il que les divins écrits Placent près de nos jours le jour où tu naquis ? Et si Dieu t'a' créé, que faisait sa puissance Avant qu'à la matière il eut donné naissance; Avant que, séparant les éléments divers, Il donnât une forme au nouvel univers?

Sa puissance en effet ne saurait être oisive, C'est une triple force incessamment active.

Soit donc que sur lui-môme exerçant son pouvoir, Dans sa triple lumière il aimât à se voir ; Soit qu'il réglût le monde éclos en sa pensée. Sa puissance toujours subsistait exercée ; Toujours devant ses yeux venaient se réunir Le passé, le présent et le long avenir.

Le temps qu'il divisa pour la faiblesse humaine, Il le tient tout entier dans sa main souveraine, Et des mondes futurs en son sein enfermés Les êtres difTérents étaient déjà formés, Lorsqu'enfin sa parole animant la matière, Ils en jaillirent tous dans des flots de lumière.

De la hauteur du ciel jusqu'à la mer profonde La sagesse de Dieu pénètre et meut le monde, En suit le mouvement, en règle le ressort, Et de chaque partie harmonise l'accord.

Les feux dont il peupla la voûte immesurée Doivent de l'univers égaler la durée, Et voir au-dessous d'eux jusqu'à son dernier jonr Des choses d'ici-bas la fuite et le retour; Mais de ces changements c'est Dieu seul qui dispose, Us en sont les témoins sans en être la cause. Admirable spectacle à nos regards offert!

Tantôt la main de Dieu s'y montre à découvert. Tantôt de notre orgueil défiant la malice, Dans le plus faible objet défend qu'on le saisisse; Et dans cet objet môme, invisible à nos yeux, Son pouvoir plus caché n'en éclate que mieux. D'ailleurs un jour viendra, jour de vive lumière, Jour où la vérité brillera tout entière.

Éclairant de ses feux sur le monde détruit La dernière moisson de la paille et du fruit. Telle est la foi chrétienne. En elle aucune entrave Des astres ou du sort ne rend l'esprit esclave ; L'homme est libre, il choisit à son gré son chemin, Mais au bout trouve un maître infernal ou divin.

L'ordre spirituel de la création Descend de l'ange à l'homme, et de l'homme au démon. Impossible dans Dieu, dans l'ange dilTiclle, Le mal trouve dans l'homme un élève docile. , Ainsi cet air lointain, qui nous semble d'azur, Le plus pr^s du soleil est aussi le plus pur, Et plus il s'en éloigne et descend vers la terre, Plus sa limpidité se flétrit et s'altère.

Le premier cependant de qui l'orgueil fatal S'alluma de lui-môme et produisit le mal Fut un suprême archange aux magnifiques ailes, Le plus beau des enfants des voûtes étemelles. Enflé du rang sublime où Dieu l'avait placé, 11 conçut d'être Dieu le désir insensé; Ce désir corrompit sa nature immortelle, Le rendit traître, ingrat, envieux, infidèle, Et des rayons divins l'ange déshérité Dans l'abîme infernal tomba précipité.

De sa nature en vain la force primitive S'opposait à sa chute et la rendait moins vive ; Vainement de descendre il pleurait indigné.

Pour demeure à l'orgueil l'enfer est assigné. - De là naissent sa haine et sa malice noire ; Sa honte avec douleur supporte notre gloire, Il cherche à nous ravir un bonheur qu'il n'a plus, A nous fermer le ciel d'où lui-même est exclus ; Et ne pouvant sur Dieu décharger sa vengeance, .Il tourne ses efforts contre notre innocence. Hélas I ses noirs dessems n'ont que trop réussi. Eve d'abord séduite, Adam le fut aussi, Et la corruption de notre premier père.

Dans chacun de ses fils devint héréditaire.

C'est ainsi que tomba cet ange audacieux Entraînant avec lui de la hauteur des cieux Dans l'abîme infernal, séjour des noirs supplices, D'innombrables esprits devenus ses complices ; Et ce sont ces esprits contre nous conjurés.

Par qui d'affreux périls nous sommes entourés.

De leur iapur venin ils pénètrent notre âme ;

De l'orgueil qu'elle enferme ils éveillebt la fUimme ;

Rien ne coûte à leur haine, et, pour mieux l'assouvir,

Ils ne dédaignent pas même de nous servir.

Tantôt bas et rampants, tantôt fiers et superbes,

Ici, serpents roulés sous la hauteur des herbes.

Parmi de blanches fleurs ils nous cacben( leurs dards,

Et pour mieux nous séduire évitent nos regards.

Là, changeant d'artifice et reprenant leur forme,

Ils se montrent à nous dans leur beauté difforme;

Toutes nos passions leur sont des instruments ;

De mensonge et d'orgueil professeurs impudents,

D'un détestable roi détestables ministres,

Leurs yeux fixés sur nous sont pleins d'éclairs sinistres;

Et lorsqu' entre leurs mains le coupable jeté

Partage de leurs maux l'ardente éternité.

Alors étincelant d'une effroyable joie

Ils se vengent de Dieu sur leur humaine proie.

Le Tout-Puissant sans doute en créant l'univers Pouvait rendre au néant ces rebelles pervers; Il ne l'a point voulu. Sa sagesse profonde Fait servir leur malice à la gloire du monde. Les combats que contre eux l'homme doit soutenir. En le purifiant servent à les punir.

Ces combats sont pour nous comme une ardente flamme, Comme l'or dans l'argile ils épurent notre âme. Et quel surcroît de honte à ces esprits jaloux Qui s'égalent à Dieu, d'être vaincus par nous. Lorsque les vains efforts qu'ils font pour nous séduire S'élèvent contre eux-méme et ne peuvent nous nuire.

Ces combate dureront jusqu'au dernier des jours Où du monde expirant s'axrôtera le cours.

Ce sera le dernier de celte grande lice ; La vertu reprenant tous ses droits sur le vice, Triomphante, entrera dans le palais des cieux; Le crime de Tenfer ira nourrir les feux :

Dieu lui-même y jetant tous les esprits rebelles En scellera sur eux les portes éternelles : Là, de ces malheureux dans la flamme punis, Les remords sur Satan pèseront réunis.

Seul il souffrira plus que toutes ses victimes. L'excès de soû opprobre égalera ses crimes, Et Tenfier devant lui saisi d'un morne efTroi, A rhorreur des tourments reconnaîtra son roi.

Dès le commencement Dieu produisit le monde, Témoignant à son Fils sa voldnté féconde.

L'un veut et l'autre parle, aussitôt tout est fait. Dans des flots de beauté l'univers apparaît.

La terre avec ses fruits, le ciel avec ses flammes, La mer avec l'émail de ses brillantes lames.

Chaque élément divers nourrit ses animaux ; L^ir s'ouvre au battement de l'aile des oiseaux; Le poisson devant lui creuse sans résistance Sa route dans les eaux qu'il habite en silence ; La terre voit courir ou ramper sur son sein D'animaux différents un innombrable essaim.

Mais il manquait encore à cette œuvre si belle Un être qui connût la Sagesse étemelle,

Qui fût le roi du monde, et, seutaut son bonlieur,

Payât de son amour Tamour du créateur.

Keu dit : Près de mon trône est le cliœur pur des anges

Exécutant mes lois, célébrant mes louanges,

Simples esprits sans corps qui ne peuvent mourir,

Que j'ai faits pour aimer, pour chanter et jouir.

Tout-à-Pheure en son sein la terre obéissante

A firoduit à ma voix l'animal et la plante,

La plante sans instinct, l'animal sans raison,

Qui ne peuvent connaître et prononcer mon nom.

Le ciel dans mon ouvrage est trop loin de la terre ;

Maintenant pour lier l'esprit à la matière, .

Pour tenir dans ma main, l'un par l'autre suivis,^ ^

De. la création les anneaux réunis,

Entre l'ange et la brute il me plaît d'introduire

Un être en qui ma voix, descende pour l'instruire;

Qui du bien et du mal soit libre de choisir, .

El sans être ange encor puisse le devenir.

L'homme créé par moi sur mon divin modèle

Aura de la raison la lumière éternelle,

Et par elle en ses vœux s'élevant jusqu'à moi,

Comprendra l'univers dont il sera le roi. *

Il dit, et dans sa' main sur le sein de la terre Qu'il venait de créer, prend un peu d^ poussière : 11 lui donne ma forme, ill'anime, et soudain L'homme né de la terre en est le souverain.

Dans mon être en effet formé de deux parties S'agitent à la fois deux tlifférentes vies; Deux amours différents, l'un terrestre et mortel, Courbé vers le tombeau, l'autre aspirant au ciel;

Et la raison commande à ma double nature, Gommç un phare allumé sur une côte obscure.

Aussi sur cette terre où s*6coulent mes jours Je ne fus pas créé pour demeurer toujours.

Je dois, après Teffort d'une pénible course, Remonter dans le ciel d'où je tire ma source. , Le ciel est ma patrie; oui, mais pour y reûtrer Des lois de ma nature il faut me pénétrer.

Voyez le premiei/* homme. En un lieu de délice, Le corps sans vêtement et l'àme sans malice, Dieu le place en sa force et le laisse à la fois Libre de transgresser ou de suivre ses lois.

Un arbre en ce beau lieu, Tarbre de la science, Lui peut ravir du cœur sa divine ignorance.

Dieu lui montre cet arbre, et d'un soin paternel Lui défend d'en cueillir le fruit surnaturel. S'il y touche avant l'heure où sa raison mûrie En pourra sans danger savourer l'ambroisie, La science à sesyeuji montrant la volupté.

Souillera, de son corps l'aimable nudité, n connaîtra l'orgueil, il en saura les ruses, Et son esprit troublé de lumières confuses, Au lieu d'un ordre unique et facile à remplir, Devra péniblement comparer et choisir.

C'est de lui que dépend le destin de sa race ; Il tient entre ses mains ma gloire ou ma disgrùce.

Hais déjà du démon l'artifice jaloux A fait tomber la femme, et la femme l'époux; Le monde est avec eux entraîné dans leur chute, Et du terrible arrêt la rigueur s'exécute.

Le mal a tout souillé ; la mort seule en son cours

Peut Tempôcher de croître et de durer toujours. • ,

Dieu l'appelle ; aussitôt frémissante de joie

Elle ouvre une aile immense et s'abat sur sa proie.

L'homme exilé du ciel, et cherchant un abri,

Redescend sur la terre où son corps fut pétri.

A la terre en pleurant il demande un asile ;

Il la laissa féconde, il la trouve stérile;

Et sans doute en son cœur le plus cruel tourment

Est de se reprocher cet affreux changement.

A qui s'en plaindrait-ii? son crime en est la cause.

Désormais de l'Éden la porte sera close.

Un chérubin ardent est debout sur le seuil,

De peur que se brisant contre le même écucil

Des descendants d'Adam la race criminelle

Ne s'aflTermisse encore en son penchant rebelle ;

Ainsi ce beau jardin que Dieu m'avait donné,

Patrimoine de l'homme à l'homme destiné.

Ce riant paradis où l'homme avec les anges

Eût appris de Dieu môme à chanter ses louanges,

Et de là dans le ciel, s'élevant sans effort,

Eût connu le plaisir sans connaître la mort;

Ces beaux lieux qu'aujourd'hui souillerait ma présence

Peuvent s'ouvrir encore à mon obéissance;

Mais la tombe où riion œil frémit de pénétrer

Est l'unique chemin par où j'y puis rentrer.

Tel qu'un marin, jouet des flots et de l'orage,

Arrache à la tempête un débris du naufrage.

Et dans Tobscurité nage avec désespoir

Vers le port que son cœur craint do ne plus revoir ;

Telle, du sein de Dieii violemment ravie, Notre âme désormais n'y sera réunie, Qu'après avoir vaincu par un constant effort L'orgueil fils de Satan et père de la mort.

Après que du démon la ruse sacrilège Eut du couple innocent détruit le privilège, Il poursuivit son œuvre aux cœurs de leurs enfants, Et ne mit plus de borne à ses vœux triomphants. La route ouverte au mal, à peine commencée.

Entra dans leur esprit profondément creusée.

D'abord du Créateur il détourna leurs yeux, Et leur fit adorer les planètes des cieux.

Bientôt leurs passions aidant à sa malice, La tombe eut ses autels, les morts leur sacrifice ; Le regret fît un dieu d'un père ou d'un ami.

Et ce culte insensé par le temps affermi.

Formant de mille erreurs un monstrueux système, Tout fut dieu sur la terre excepté Dieu lui-même. Même les descendants de la race des saints, Sur qui s'étaient du Ciel reposé les desseins. De l'univers séduit imitèrent l'exemple.

Et Baal triomphant chassa Dieu de son temple. Son nom fut blasphémé, ses honneurs abolis, Ses prophètes divins massacrés ou proscrits.

Et le peuple et les rois, d'un accord unanime. Chaque jour plus avant entrèrent dans le crime. Tantôt sur les hauts lieux, tantôt au fond des bois. On les vit de Moloch reconnaître les lois, .

Et brûler de leurs fils les entrailles vivantes Parmi des cris affreux et des plaintes sanglantes.

Dans les riants détours d'un vallon solitaire Cherchant de mes douleurs le remède ordinaire, ' Le silence des bois, le murmiure des eaux,^ Les soupirs de la brise et le chant des oiseaux; Parmi jes ileurs, les fruits d'une campagne heureuse, Je promenais hier ma tristesse rêveuse, Nais de tous ces objets riiarmonieux bonheur Ne pouvait cette fois pénétrer dans mon cœur.

Qu*ai*je d'abord été? que suis-je? que dois-je être? C'est en vain que mon cœur brûle de le connaître, Disais-je; cette étude est un gouffre sans fond ; En vain je le demande à ma faible raison.

Je le demande en vain aux sages de la terre.

Rien ne peut m'expliquer cet effrayant mystère, Et cet ardent désir que j'ai de le savoir, Toujours inassouvi, se change en désespoir.

Quels bizarres ressorts! suis-je esprit ou matière ! Ha mère dans son sein me reçoit de mon père; Ma chair, informe encor, sans voix ni sentiment, De la chair de tous deux s'y forme lentement. Et je vois plein d'horreur, aux deux bouts de mon èlre, L'effroyable néant comme un spectre apparaître. Chaque jour de ma vie est un pas vers la mort, Et sorti du tombeau j'y redescends d'abord.

Mais quoi! s'il était vrai que cette courte vie Fût éternellemeiit par une autre suivie I

Non,^non, Thomme n'est rien* Bt pourtant quel fardeau Pèse sans le briser sur ce faible roseau!

Que d'horribles douleurs/qui jamais ne vieillissent, Que d'effroyables maux sur lui s'appesantissent! De tourments destructeurs quel cercle dévorant! 11 vient à la lumière, il la quitte en pleurant, Et sa plaintive voix, sur le seuil dé la vie, Est de ces tristes maux la triste prophétie.

Il est, dit-on, des bords dont les peuples heureux Ne voient ni loups cruels, ni serpents dangereux; Il en est où jamais l'hiver qui nous assiège N'ensevelit les champs sous dès monceaux de neige. Mais en est-iJ aucun où l'homme avant sa mort N'ait sujet mille fois de maudire son sort?

Parmi tant de périls qu'en vivant il traverse, S'il échappe aux pf emiers, le dernier le renverse. Oui, tel est son destin, depuis le jour fatal Qu'Adam a succombé sous le piège infernal.

Depuis ce jour, sa chair corrompue et rebelle Lui livre incessamment une guerre cruelle, Et soit dans la douleur, soit dans la volupté, Exerce sur son àme un empire indompté.

L'àme dut commander, et le corps est le maître. •

Qu'es-tu donc, ô mon ûme,'et qui t'a doniié l'être? Quel habile ouvrier a trempé ces ressorts Dont la chaîne te presse et te lie à mon corps? L'un de Tautre ennemis, quelle main vous rassemble. Vous fait vivre, mouvoir, souffrir, jouir ensemble? Croirai-je que mon corps, par toi seule animé. Te forme et te produise ainsi qu'il s'est formé ;

Que tout entier sorti des flaucs de la matière, J'y doive tout entier retourner en poussière, Et que de ma raison le flambeau lumineux Naisse et s'épanouisse en un plaisir honteux? Non; mais viens-tu du ciel ? es-tu, conmie je pense, Un pur souffle émané de la divine essence?

Ah ! lorsque repoussant le crime loin de toi, Tu te plais dans le bien, je t'admire et le croi ; D'où vient donc que malgré ta céleste origine Un tYTdXi ténébreux si souvent te domine!

Combien doit être lourd le fardeau de tes fers, Puisque venant du ciel tu tends vers les enfers!

Mais séduit par l'orgueil je m'aveugle peut-être. Et le souffle de Dieu no t'a point donné l'être. Peut-être un faux espoir égare mon esprit :

Non, non, de toutes parts la vérité me4uit ; Le monde, œuvre de Dieu, l'Eden, séjour de l'homme ; L'astuce de Satan et la fatale pomme, Le déluge couvrant le coupable univers, Le feu du ciel tombé sur des peuples pervers, La gloire du Très-Haut dans ses œuvres écrite, La loi de siècle en siècle assurant ma conduite, Dieu lui-même fait homme, et pour me secourir Comme un humble pécheur daignant vivre et mourir. Que faut-il à mon cœur, si son sang ne le touche? Et pourtant je ne sais quelle force farouche Malgré moi dans le mal me fait précipiter, Et, le Christ me cherchant, m'excite à l'éviter ; Pour surcroit de misère un doute affreux m'obsède. Je n'ai rien qu'avec moi le méchant ne possède.

Que dis-je ? Tourmenté par ce doute fatal, Plût au ciel qu'avec lui j'eusse un partage égal ! Hais il s^ rit des maux dont mon ùmc est atteinte, . Et tendis que, saisi d'une effroyable crainte, De Tenfer sous mes pieds je sens le feu cuisant, Sans craindre Tavenir, il jouit du présent.

Hais quoi ! suis-je le seul que la douleur atteigne ? Non, il n'est ici-bas rien où le mal ne règne. La terre même souffre, et sur ses fondements Tremble au choc réuni de la foudre et des vents ; Les saisons l'une à l'autre à regret enchaînées Se disputent les jours, les mois et les années. La lune errante croit et décroît tour h tour. Et le soleil enfin père éclatant du jour.

Le soleil dont la flamme obscurcit les étoiles. Dans l'orage pâlit sous d'effroyables voiles. Le mal même a souillé les célestes palais; Un archange orgueilleux en a troublé la paix. Et tombé sans retoux des voûtes éternelles, Il a perdu son nom, son amour et ses ailes

Mon cœur, pour la vertu d'un tendre amour épris. En aperçoit le charme, en distingue le prix.

Et par elle entraîné vers mon souverain maître. Pour la mieux acquérir, je cherche à la connaître. Quelle est-elle en effet? Si comme un fleuve pur Où du ciel étoile tombe et brille l'azur, Sa chasteté n'admet aucune impure idée, Quel mortel ici-bas l'a jamais possédée?

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