LA DÉVOTION
Ua Arabe dévot et des plus bienfaisants
Entreprit la pénible tûclie D'ouvrir dans le désert un puits pour les passants.
Il y travailla sans* relûche, Et Teau jaillit enfin et paya ses efforts.
L'Arabe de la source embellit les dehors,
L'enveloppa de riches marbres,
Et planta tout autour des. arbres, Dont l'aspect fit de loin distinguer ce beau lieu.
L'œuvre achevée, il bénit Dieu.
Un voisin lui disait : Vous (pii passez pour sage, D*où vient que vous avez perdu dans cet ouvrage Trois ans de votre temps, votre argent et vos soins? Est-ce être raisonnable ? On vous blûmerait moine. Si vous établissiez quelques droits de péage. Mais non! tout étranger qui se repose ici N'a pas môme en partant à vous dire : MerTîi.
Le dévot dit : A Dieu ne plaise Que tous les voyageurs n'y boivent à leur aise.
Ce fut l'objet de mes travaux, Et j'en perçois péage en doux prix assez beaux : Le plaisir d'avoir fait le bien, et l'espérance D'en recevoir au ciel l'heureuse récompense.
PniLOMÈLE ET PROGNÉ
Le rossignol et rhîroudelle Furent femmes, dit-on, avant que d*étre oiseaux.
Toutes deux avaient la voix belle, L'esprit le plus aimable et les traits les plus beaux. L'une avait nom Progné, l'autre nom Philomèle. Celle-ci s'envolant dans l'épaisseur des bois, Loin des bommes cruels et du fracas des villes.
En de solitaires asiles, Accrut en l'exerçant la beauté de sa voix.
L'autre, se rappelant qu'elle avait été reine, Préféra des palais la demeure Hautaine.
Mais le bruit incessant qui jaillit de ces lieux Dans son àme étouffa les chants mélodieux.
L'hirondelle devint muette.
Vous qui lisez ces vers, êtes- vous né poète
Et voulez-vous le demeurer?
Cherchez dans la campagne une calme retraite. La muse autour de vous viendra rire et pleurer.