LIVRE PREMIER
Qu'un fils lui soit donné ! qu*il croisse sous ses yeux,
Objet de soins délicieux !
Qu'il remplisse son cœur d'une pure allégresse,- Et chasse pour jamais cette lente tristesse Dont son visage est obscurci !
Tandis que je pilais ainsi, Je vois sous la verte feuillée Trois petits rossignols dans un nid gracieux, Déjà forts et tout prêts à prendre la volée.
Le père et la mère joyeux Pour les encourager voltigent autour d'eux, Les flattent de la voix, les caressent de l'aile.
Les jeunes oiseaux, cependant, Hésitent à quitter lé duvet caressant
De la demeure paternelle, Pour se fier à l'adr qu'ils ne connaissent pas. Le plus &gé des trois à la fin se décide ; 11 part, et tout d'abord il se va prendre aux lacs Que dans le champ voisin un oiseleur avide
Avait tendus sous des lilas.
D'un vautour affamé le second est la proie.
Le troisième, trop faible encor, Essayant de prendre l'essor, Dans le ruisseau tombe et se noie.
Et les parents au désespoir D'avoir eu des enfants et de n'en plus avoir.
Changent leurs cris de joie En accents douloureux de plainte et de regrets. Les vœux que nousformons souvent sont indiscrets. Qui sait si la douleur de ne pas être mère
Ne vous épargne pas de douleur plus amère?
Et si le Dieu puissant qui Toit seul Tavenir Ne se montrerait pas envers vous plus sévëre En exauçant votre désir ?