‹ Œuvres poétiquesChapitre 76 sur 96 · LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE SAVANT

Certain savant d'académie

Possédait un riclie verger

Où le grenadier, l'oranger,

L'arbre cher à la Normandie Côte à côte étalaient leur richesse fleurie Et donnaient tour à tour, chacun dans sa saison,

Une savoureux moisson D'excellents fruits. Mais quoi! rien ne peut en ce monde Être parfait. Tantôt une chenille immonde Mordait ceux-ci, tantôt sur l'aimable duvet

Dont la nature les revêt,

Ceux-là montraient en longues traces

La baye errante des limaces.

Notre savant s'irrite et dit au jardinier :

Délivrez-moi de cette engeance,

Tuez-les tous jusqu'au dernier, Je n'en veux plus souffrir l'odieuse présence. L'homme à la bêche court et redouble de soin. 11 cherche, il fouille, il tue ; et toujours, quoi qu'il fasse,

11 demeure dans quelque coin

Une chenille, une limace Qui, lorsque vien-t le temps de récolter les fruits,

Les.ont ou mordus ou salis- « C'est bien, dit le savant, j'aviserai moi-uiOiûe ;

Et, prenant un moyenextrôme,

Il fait chercher de toutes parts

Des couleuvres et des lézards, Et des crapauds surtout, des plus gros qu'on en sache;

Puis dans son jardin il les lùche,

Disant en se frottant les mains :

Ces animaux sont bien vilains.

Bien dégoûtants ! mais ils font leur pâture

De tous ces insectes rongeurs Qui de mes plus beaux fruits dévorent les primeurs. Je ne saurais trouver de méthode plus sûre Pour me débarrasser de' ces voleurs maudits

Et leur faire quitter la place.

Que de les mettre face à face

Avec de mortels ennemis.

D eut raison. Contre eux la couleuvre fait rage; - Le lézard les poursuit ou les happe au passage;

Le crapaud fait encore mieux, Il creuse, et sous la terre allant chercher leurs oeufe Dévore par milliers leurs arrière-neveux.

C'est un effroyable carnage, Si bien, qu'épouvanté, le dernier limaçon

: S'enfuit en portant sa maison.

Notre sage triomphe. Entre nous je dis sage' .

Pour m'accommoder à l'usage.

Son triomphe fut court; les reptiles hideux

Dans le verger s'établirent en maîtres.

On n!eût pu de terrain parcourir quelques mètres,

Sans poser le pied sur l'un d'eux.

Ce n'est pas tout, madame la vipère

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