‹ Œuvres poétiquesChapitre 75 sur 96 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Subirait de la faim le tourment redoutable, Plutôt que de toucher à deux poulets rôtis,

Qu'on placerait à sa portée.

La gageure étant acceptée

Bt les ei^jeux donnés et pris.

Le vertueux Médor à T^reuve est soumis.

Le premier jour sa contenance Est noble et digne : Il ne Hait pas un pas Pour s'approprier le repas.

Le second, il s'approche et flaire la pitance. L'odeur lui monte au nez ; néanmoins il tient bon, Et résiste en héros à la tentation.

Le troisième, il aboie afin qu'on le délivre '

Du supplice où le met le plus sot des paris.

Personne ne venant, il se décide à vivre, Et dévore os et chair les deux poulets rôtis.

L'ENFANT ET L'OISEAD

Un enfant prit un pinson, . Bt, d'une main délicate, U l'attacha par la patte Avec un brin de cordon.

Ce cordon, flexible chanvre, Permettait au prisonnier De voltiger dans la chambre Où l'enfermait son geôlier.

Au delà de cet espace , S'il tentait de s'enVoler,

38i FABLES

Par le til souple et tenace Il se sentait rappeler.

Cependant avec tendresse L'enfant lui met sous les yeux De Teau pure et chaque espèce Des grains qu'il aime le mieux.

Mange, ô toute gentillesse!

Mange et bois» lui disait-il.

Le captif, dans sa détresse, Refusait eau fraîche et mil.

Ah ! pour te rendre à la joie N'est-il pas quelque moyen?

Le chanvre est un dur lien; Je t'en vais mettre un de soie.

Le fil au reflet changeant Laisse à l'oiseau sa tristesse.

Et le jeune enfant s'empresse '.

D'en acheter un d'argent.

L'argent demeure inutile, L'enfant persistant encor Par un ouvrier habile Fait tisser un lien d'or.

L'oiseau mourant dans sa cage Dit à l'enfant attristé :

Crois-tu qu'un riche esclavage Remplace la liberté?

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