‹ OEuvres poétiques de Amadis Jamyn, avec sa vieChapitre 3 sur 23 · INTRODUCTION. 1 I · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. 1 I

Dans le 4^ livre des mêmes Mélanges, il parle de son départ d'Avignon et de son séjour à Glavezon, dans le Dauphiné ; puis, dans le S'' livre, d'une pièce de poésie qu'il composa entre les montagnes de Savoie.

il eut un frère nommé, comme lui, Amadis, qui cultiva également la poésie avec succès, comme on le voit par ces vers de la Galliade de Guy Lefevre de la Boderie :

Aux deux Jamyns donnez du saint amour les ailes Pour porter leurs doux vers au sein des damoiselles.

Mais les poésies de ce frère n'ont jamais été imprimées. Il est mort à Ghâtillon-sur- Seine.

Enfin, si Ton en croit Tallemant des Reaux, notre Jamyn eut une fille naturelle qui était chez mademoiselle de Gournay .

(Voir rhistoriette : Racan et autres rêveurs.)

Le premier volume des œuvres poétiques de Jamyn ne contient que des vers amoureux ou à la louange des personnes de la Cour. Dans le second volume, le poëte semble s'être tourné vers la religion; mais il s'oublie souvent, et on, s'aperçoit aisément qu'il n'a pas abandonné l'amour.

La première édition des œuvres poétiques d'Amadis Jamyn est de lôyô, in-4°.

La seconde est de 1 677, petit in-i 2.

La troisième et dernière est de 1679; elle a reparu avec un titre portant la date de 1 582.

Le second volume est de 1584, et n'a pas été réimpriaié.

Jamyn a en outre traduit en vers une partie de l'Iliade d'Homère.

Charles BRUNET.

Par Guillaume COLLETET

Escrit et mis au net par Monsieur le duc de Montausier

S^'^^ MADis Jamyn nasquit àChaource^ 'mM^ diocèse de Troyes. Il fut en sa ^^^^ jeunesse page de Pierre de ^nsard^ comme le tesmoigne le mesme Ronsard (i) dans vne de ses Élégies et dans le poème qu^il lui adresse, qu'il intitule la Salade et qui commence ainsy :

Laue ta main, qu'elle soit belle et nette, Suy-moy de près, apporte vne scruiette Pour la salade, Amadis, et faison Part à nos ans des fruits de la saison.

(i) i" Livre des poèmes.

Et le reste qui vaut mieux que ce commencement. Claude Binet tesmoigne la mesme chose dans la vie de Ronsard, lorsqu'il dit que ce grand poète Tauoit noury page et auoit pris vn grand soing de le faire instruire. Il ne démentit pas aussy les belles espérances que son docte maistre auoit conceues de sa suffisance, car comme il fut sorty hors de pages, il fitparoistre de si belles lumières d'esprit dans les vers qu'il adressa au Roy Charles IX, que ce prince qui aimoit passionnément les bonnes lettres et les hommes sçauans, le prit en singulière affection et le fit son valet de chambre, puis secrétaire de Sa Majesté et son lecteur ordinaire..

O heureux temps, où le seul mérite donnoit de l'honneur et du crédit, et où les hommes de lettres rencontroient la fortune dans leurs estudes, sans estre obligez de

PAR G. COLLETET. l5

Taller chercher dans les antichambres des grands et des princes, et d'augmenter le nombre de ces lasches courtisans qui ne sont sçauans que dans les tendresses et que dans de petits complimens cent fois étudiés et cent fois renouuellez. Le temps est si cher et si précieux à vn homme de lettres, qu'il ne sçauroit conseruer ceste qualité s'il ne fuit ce que les autres cherchent. Je veux dire s'il ne fuit souuent le grand monde qui consomme la plus noble partie de son temps, et s'il n'embrasse la solitude, comme la Muse des belles inuentions et la plus claire source des sciences. Et pendant ce temps- là, vous, ô grands du monde! ô puissances de la terre! trauaillez pour leur fortune, puisqu'ils trauaillent pour vostre gloire 1

Les premiers escrits qu'Amadis Jamyn publia furent les argumens en prose des quatre fameux Hures de la Franciade de

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Ronsard (i), auec quelques sonnets qu'il composa sur ce nouuel ouurage, et imprimés pour la première fois à Paris, Tan 1572. Ce petit échantillon de son esprit le fit cognoistre et estimer de son siècle, et pour le faire cognoistre au nostre, qui ne prend guères la peine de consulter ce qui est plus vieux que luy, je mettray icy la fin dVn de ces sonnets :

Qui dira maintenant, si par toute l'Europe Florit le chœur diuin des sœurs de Calliope, Que l'auteur de leur estre est le grand Juppiter ? Hé! qui n'entend crier les Muses par la France? Juppiter ne se doibt nostre père vanter, Le cerueau de Ronsard nous a donné naissance.

Ses œuures poétiques consistent en deux volumes, dont le premier est diuisé en cinq liures.

Le premier des cinq est vn recueil de

(i) Voir 11 vie de Ron3ard, Binet ou CoUctet.

plusieurs poésies dédiées à la royne Catherine de Medicis, au roy Charles IX, au roy Henry ITI, son frère, et à Marguerite de France, royne de Nauarre, et à quelques aultres princes et princesses, poésies dont la pluspart méritent bien d'estre leues, tant pour leur diuersité polie qu'à cause de rhistoire du tems, puisqu'elles en contiennent les éuénements les plus illustres. A propos de quoy je diray que la lecture des excellens poètes, je veux dire de ceux qui, s'éleuant au dessus de ces esprits vulgaires, qui semblent n'estrc nez que pour faire vne chanson ou vn petit sonnet d'amour ou quelques vaines épigrammes, traittent noblement en vers les affaires de leur tems, inspirent de certaines agréables lumières qui ne s'effacent jamais de Tesprit du lecteur. Et tel cognoist mieux Phistoire par nos vers que tel historiographe ne cognoist rhistoire par Thistoire mesme.

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Aussy, quand je voy ces poèmes sublimes et ces odes héroïques que quelques- vns de nos autheurs anciens et modernes ont consacrés à la postérité, je bénis le siècle qui les a produites et n'en sçaurois assez louer les autheurs. Parmy ces diuerses poésies, son discours sur le mois de Januier et celui de la libéralité des Roys, et son ode de Télongnement du Roy Charles IX, son poème de la Chasse, son hymne enuoyée par la Royne mère au duc d'Anjou, son fils, son Genethliaque de la Royne de Nauarre, sont des tableaux que les injures du tems ne pourront effacer.

Le second Hure de son premier volume est intitulé On'ane, Ce sont des poésies amoureuses qu'Amadis composa pour vne dame qu'il aimoit et qu'il appela de ce nom en mémoire del'Oriane d'Amadis de Gaule. Elle nasquit en Touraine, comme

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on le peut inférer d'vn de ses sonnets qui commence par ces mots :

Tours que j'aime, etc.

Gt par cet autre qui débute ainsi :

Quand l'autre Jour vous vinstes en ces lieux.

On jugera de la beauté de ses vers amoureux par le commencement de ceste ode qui sert de frontispice à ses amours d'Oriane ;

La nuit tendait sa couuerture noire,

Tous les oyscaux se taisoient dans les bois,

Sans bruit couloit la riuiere Loire.

Les champs dormoient, on n'oyoit nulle voix.

Lors je m'escarle en vn bois solitaire.

Pressé d'amour qui sans fin m'assailloit,

Et ma raison par vn effort contraire,

Pour me deffendre en vain se trauailloit. Etc.

Parmy ces dernières qui sont composées d'odes, de sonnets, d'épigrammes et d'é-

légics, il y en a vne contre riionneur qui commence amsy :

Je ne me plains d'amour, de ma foy, ni de vous. Je me plains de l'honneur qui nous aueugle tous, Et qui, comme vn tyran fatal à tout le monde, Fist que dessus les loix toute chose se fonde.

Je la trouue si belle et si poétique que, hors quelque rudesse et quelque transposition de mots, je Tesgalerois volontiers à celle du Pastor fido qui commence ainsy (ï) :

Son troisiesme liure contient les amours du Roy Charles IX et de Marguerite Aquauiua, de la noble et illustre famille d'Atrie, comme a fort bien remarqué Mz/rt'/(2), dans ses commentaires sur ce sonnet de Ronsard :

Ah! belle eau viue.

(i) La citation manque au manuscrit, la voici : De l'honneur vieil tyran qui commande le monde, Faisant que dessus luy toute, etc.

(2) Le nom est en blanc au Ms.

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Il l'intitule les amours d'Eurimcdon et de Callyrée, qui sont les mesmes noms que Ronsard employé pour exprimer les passions amoureuses du Roy Charles, son bon maistre. Il paroist assez par ces vers d'Amadis Jamyn, que Tamant estoit vn Roy et que le Roy estoit vn amant :

Son feu que pas vn n'esgale Fit que son sceptre il laissa, Et la grandeur abaissa De Sa Maiesté royale, etc.

Et le beau poème qu'il intitule la Fontaine^ pour Marguerite- d'Aquauiua, tesmoigne assez qui estoit cette belle et illustre dame de la cour qui auoit capturé le cœur de ce grand et fameux monarque.

L'élégie qu'il nomme la Volte m'a semblé si belle en son genre que, si les œuures d'Amadis Jamyn estoient un peu plus difficiles à rencontrer qu'elles ne sont,-

je ne feindrois point de l'insérer icy tout entière. II y à des pensées toutes nouuelles et des imaginations qui ne semblent procéder que dVn esprit excellent et sublime. C'est le jugement que j'en ay faict autresfois et où je viens de me confirmer encore par la lecture de ce gentil ouurage.

Son quatrième liure qu'il intitule Artemis^ est encore vn autre tableau de ses passions amoureuses. Il y a de l'apparence, par vn sonnet qu'il fit en partant d'Avignon et qui commence de la sorte :

Depuis que j'ay laissé vostre fiere beauté, Je n'ay veu que rochers aspres et solitaires Et le Rosne suiuy de fleuues tributaires Qui le long de ses rocs à val est emporté.

Que ceste dame qu'il aimoit et qu'il célébra sous le nom d'Artemis, estoit de la ville d'Auignon. Et ce qui me le fait croire d'autant plus, c'est qu'en plusieurs en-

droits de ses dernières amours il la compare à la belle Laure, et reclame pour louer sa maistresse la noble muse de Pétrarque.

Son cinquième liure est intitulé Meslanges. En effect, c'est vn meslange confus de toutes sortes de subjects et de toutes sortes de vers, de sonnets, d'hymnes, de discours, d'épigrammes, d'odes et d'élégies, etc., qui sont d'vn style assez pur et assez net pour le tems, qui se sentoit encore vn peu de la rudesse et de la barbarie des siècles passez . Mais, entre ses autres poèmes, je ne sçaurois assez estimer celuy qu'il appelle V Oranger et les Charmes et qu'il commence par ces vers :

Entre ces orangers près du fleuue de Seine, Tandis que les Zéphirs souspirent dans la plaine, Je diray les amours et les charmes aussy De l'amant Oranger qui, jaune de soucy, Mourant de desespoir, prit la forme nouuelle De cet arbre doré qui de son nom s'appelle.

On voit dans ce poème comme son autheur auoit bien leu et bien faict son proffit des anciens poètes grecs et latins, puisque l'antiquité y est renouuellée de fort bonne grâce, et qu'il s'y rencontre des saillies qui ne procèdent point d'un esprit médiocre. Son poème de la diuersité des relligions est beau, pieux et solide et, en un mot, digne du poète et du docte Pimpont auquel il le dédie.

Le second volume de ses œuures n'est pas si commun que le premier, et je puis dire en auoir veu fort peu d'exemplaires. Il fut imprimé à Paris, l'an 1084. C'est vn meslange de vers qui commence par des vers chrestiens et qui continue par d'autres vers de matières différentes de morale, de politique, d'amour, etc. Le poème qu'il appelle l'Ingratitude et la perfidie d'Origiles, imité de PArétin dont il inuoque la muse d'abord, est fort diuertissant et fort

agréable. La prosopopée de François de Maugiron et les vingt-six sonnets sur la mort de Cailus, de Maugiron et de Sainct- Maigrin, sont bien dignes d'estre leus par ceux qui aiment Thistoire du tems. Ils sont composés en faueur du Roy Henry III qu'il appelle Gleophon et duquel ils estoient les mignons et les fauoris. Il y a des tendresses quVn amant pouuoit employer pour vne maistresse morte. Et pour moy, je ne les ai pas leus, ces vers, que les larmes aux yeux ; tesmoignage certain que ce poète prenoit grande part aux douleurs de son maistre, que le tems ne put jamais consoler de cette perte. Voici le premier des sonnets :

Le fer qui trauersa vos poitrines d'iuoyre (i)

Perça des mesmes coups et mon âme et mon cœur,

(i) Celte citation de Colletet présente, comme toujours, quelque différence avec les œuvres de Jamyn.

20 AMADIS JAMVN

L'air séché des souspirs de ma dolente ardeur Sçait bien quelle poison vostre mort me fit boire.

J'ay donné vos beaux noms en gafde à la mémoire Qai jamais ne taira mon feu ny vostre honneur; Plus tost la mer faudra que ma viue douleur, Et Tcscume des flots plus tost deviendra noire.

Ainsy ce qui fut beau, céleste et précieux, Enfin se va rejoindre à l'essence des cieux Comme cherchant le tout dont sa part est bastie.

Mais puisque dans le ciel vous estes pour longtems, Que ne suis-ie le ciel plein de feux éclatans, Pour voir auec plus d'yeux mon tout et ma partie.

La métamorphose de la Nymphe ou de cette plante que Ton appelle Nenufar, a des grâces, de la nature et de Fart, qui ne pouuoient estre exprimés que. par vn si gentil poète. Tout le reste est de la mesme force et a les mesmes naifuetez. Et au lieu d'en faire ici vn inuentaire ennuieux, je diray qu'Amadis Jamyn n'estoit pas

seullement excellent poète, mais qu'il estoit encore un sçauant philosophe. Tesmoin ses discours de philosophie qu'il adressa à Passicharis et à Rodante, imprimés Tan i5c:^4. Il y a des traittez de logique et de morale qu'Aristote et Socrate ne désaduoyeroient point. Je crois que ce sont des discours qu'il fit en la présence du Roi Henri III, dans l'académie de Jean- Antoine*de Baïf, establie dans mon voisinage du faubourg Sainct-Marcel. Car je sçay par tradition qu'Amadis Jamyn estoit de ceste célèbre compagnie de laquelle estoit aussy Guy de Pibrac , Pierre de Ronsard, Philippe Desportes , Jacques Dauy du Perron et plusieurs autres excellens esprits du siècle. A propos de quoy je diray que j'ay veu autresfois quelques feuilles du Hure manuscrit de l'institution de ceste noble et fameuse académie, entre les mains du fils d'Antoine de Baïf, nommé

Guillaume de Baïf, qui les auoit retirez de la boutique d'un pâtissier où le fils naturel de Philippe Desportes, qui ne suiuoit pas les glorieuses traces de son père, les auoit vendus auec plusieurs autres liures manuscrits doctes et curieux. Perte irréparable et qui me fut sensible au dernier point. Et ce d'autant plus que dans le liure de ceste institution, qui estoit vn beau liare en velin, on voyoit ce que le Roy Henri III, ce que le duc de Joyeuse, ce que le duc de Retz, et la plupart des seigneurs et des dames de la Cour auoient promis de donner pour Testablissement et pour Tentretien de Tacadémie qui prit fin auec le Roy Henry III, et dans les troubles et les confusions des guerres ciuiles du royaume Le Roy, les princes, les seigneurs et tous les sçauans qui composoient ce célèbre corps auoient tous signé dans ce liure qui n'estoit après tout que le premier plan de

ccste noble institution, et qui promcttoit des choses merueilleuses, soit pour les sciences, soit pour nostre langue. Veuille le bonheur de la France que ceste académie françoise qui fleurit à présent et de laquelle j'ay rhonneur d'estre, répare le deffaut de Pautre et que Ton recueille de ceste noble compagnie les fruits que Ton se promettoit de celle du dernier siècle, et (quoy qu^il semble que toutes les choses empirent) que par elle ( i) les belles lettres s'eleuent de nostre temps au souuerain degré de toute perfection où elles peuucnt estre. Cest le noble souhait que je fais pour sa gloire particulière et pour Futilité publique. Amadis Jamyn fut hautement loué par Dorât, par Ronsard, par Gilles Durand et par plusieurs autres autheurs, comme on le voit par le frontispice de ses œuures.

i) Cette académie.

3o " AMADIS JAMYN

Geste digression que je viens de faire, qui semblera hors de propos à quelquesvns, et qui sans doute ne desplaira pas à beaucoup d'autres, m'a pensé faire passer soubs silence les plus fameux ouvrages d'Amadis Jamyn, qui sont les treize derniers Hures de Plliade d'Homère, que ce poète mit en vers françois, les onze premiers ayant esté traduits par Hugues Salel. Ouurage d'autant plus considérable et de difficile exécution qu'il fut à mon aduis le premier de toutes les versions en vers où Ton vid l'exacte et agréable obseruation des rimes successiuement masculines et féminines. Ce trauail fut hautement loué par Pimpont, par de Bourg, euesque de Rieux, par Ronsard et par Sceuole de Sainte-Marthe, et comme il est on le void par leurs vers qui commencent le liure. Mais comme il fut d'abord fauorablement reçeu, il a été depuis imprimé tant de fois

PAR G. COLLETET . 3l

que je croirois dire vne chose que tout le monde sçait si j'en rapportois icy quelques vers. Il mit encore en vers françois les trois premiers liures de TOdyssée d'Homère, desquels je ne diray rien dauantage, sinon que ceux-là nous font regretter les autres liures de la mesme Odyssée que j'apprends qu'il auoit traduits et que ses héritiers n'ont pas publiez. Ce qui doibt apprendre aux bons autheurs qui aiment une réputation légitime, à publier leurs ouurages de leur viuant, et ne se pas attendre aux soings de ceux qui n'ont ny la cognoissance du mérite des liures, ny les bons sentimens que tous les doctes et tous les honnestes gens ont pour eux. Guillaume Colletet.

DE

Sonnets à diverses personnes.

Sur le chiffre du Roy et de la Royne Loyse de Lorraine.

COMME vos noms l'vn en l'autre s'ambrassent Dedans ce chiffre en vn corps assemblé : Ainsi les traits d'vn amour bien reiglé Entre-noûez dedans vos cœurs s'enlacent.

Vos amitiez toutes autres effacent, S'entre-liants dVn lien redoublé, Et que le nœu soit en soy si comblé Que les discords jamais ne le deffacent :

Plus ferme soit ce céleste lien

Que ne fut oncle sainct nœu Gordien

Sans que trancher le puisse vn Alexandre.

Comme ce chiffre est sans commencement.

Et n'est fini, de mesme infiniment

L'amour parfaict puisse en vos cœurs s'estendre.

C){CDiCDiCDiCDICDtCDlC3}Cj}CDiC'3i\*c^

Pour le iour de saincte Catherine,

FRANCE, feste ce iour de saincte Catherine, Afin que de tes biens ingrate tu ne sois Enuers la Déilé de qui tu les reçois, Par elle destournant mainte fois ta ruine.

Tu as connu souuent combien elle est diuine L'esprouuant au besoin : C'est la Mère des Roys Inuincibles sur terre en armes et en loix. Comme Cybelc au Ciel des Dieux est l'origine.

Elle a souffert pour toy, tant de maux, tant d'ennuy, Tant de fâcheux périls, que la saincte aujourd'huy Qui luy donne son nom, n'eut oncq tant de martyre,

Pour cela tu lui doibs vn temple et des autels, Et d'vn style d'acier sur le portail escrire :

ss^s^

b aMadis jamyn.

A la Roy ne mère Catherine de Medicis.

MERE des Roys et mère de la France, Qui de vertus les Roynes surpassez, Dont le bonheur fut aux siècles passez Tel qu'est à nous vostre heureuse prudence :

Vostre sainct nom par fatale influence (Où mille dons les Cieux ont amassez) Vint affranchir les François inscnsez^ Qui se tuoyent d'vne ciuile outrance.

C'est par destin qu'auez nom Catherine, Qui grande, bonne et sage médecine Auez purge la F'rance de l'ardeur

Qui la bruloit de toutes parts captiue. Si que tranchant les testes du malheur. Donnez d'vn coup le Laurier et l'Oliue.

'<^Ip*^lp*^l^»*^I^»<^I^<^ï^'*^I^<^I^'*^l^*^lP'^

Sur l'arriuee de la Royne Elisabeth en France.

ELISABETH d'Austriche heureuse pour la France, Vit de nuict vn tel songe enuoyé des hauts cieux, Quand sur le poinct du iour le Somne obliuieux Lioit de ses beaux yeux l'amoureuse puissance.

l.'Alemagne guerrière haute de sa naissance, Et la France tâchoyent de propos gracieux Chacune à l'attirer, et d'un regard ioyeux S'efForçoyent de gaigner son illustre alliance.

Tousiours devers la France elle tournoit sa veûe. Et desia la suivoit d'affection esmeûe, Dont en se réveillant longuement s'eslonna.

Ores que nous voyons en publique allégresse

Toute France adorer vne telle Princesse,

Qui ne croit que le Ciel aux François la donna?

LE jour qu'EusABETH, des Roynes la plus belle, Prist au monde naissance, ornant sa Maiesté Des cent belles vertus honneur de royauté, La F'rance et l'Alemagne eurent débat pour elle.

L'vne la disoit sienne, et varitoit naturelle, Ayant dans le berceau ses beautez alaitté : 'L'autre ne proposoit rien que sa volonté Brûlante de l'Amour dVne Grâce immortelle.

Telle contention vint deuant Jupiter,

Qui voulant de ces deux le désir contenter,

Pour finir le débat donna telle sentence :

Afin que de tous deux l'assoupisse la noise, Elisabeth doit estre Alemande et Françoise : Alemande en naissant, Françoise d'alliance.

A Marguerite de France, sœur du Roy Charles IX

Qvi te voit Marguerite, vn astre de la France, Sœur de nostre Monarque, il voit en vne fleur, En vne perle unique (admirable valeur) Mille prez, mille fleurs emprunter leur naissance :

Mille perles il voit en heureuse abondance Qui passent d'Orient la richesse et l'honneur, Mille et mille vertus grâces de ta grandeur, Qui dans ton braue esprit ont choisi demeurance.

C'est le vray paradis que IVn doit rechercher : Venus mère d'Amour n'est digne en approcher Tant s'en faut qu'vne moindre approche à ton mérite.

Hé, mais qui penseroit qu'un thresor si diuers En vne seule fleur embellist l'Uniuers?

Geste faveur du Ciel est seule à Marguerite.

Au Roy Henry III , lors estant Monsieur.

<P^ E Thésée et d'Hercule en mille endroits prisée, L-/ La vaillance remplit et la terre et les cieux, Pour auoir foudroyé les Monstres odieux, Ne trouuant nulle emprise à Vertu malaisée.

Le Roy est nostre Hercule, et vous nostre Thésée, Frères de sang, de cœur, dignes enfans des Dieux, Qui perdez et domtez, Princes victorieux, Les monstres qui la France auoiint toute embrciscc.

Au nom de ce Héros seulement TUniuers Ne trembla, mais encor Pluton et ses Enfers, Tant forte est h vertu qui deux Princes assemble.

Puisqu'outre les liens d'vne mesme vertu,

Vn mesme sang vous ioint : quel vice combattu,

Quel monstre, quel enfer dessous vous deux ne tremble ?

VHI

^ M i?ojr Charles IX.

FAnius qui le nom de très grand rapporta, Mattant d'vn Hannibal la force redoutée, Resueillant la vertu de Rome espouuantée, La gloire qu'on vous doit jamais ne mérita.

Sans plus de l'ennemi les armes il domta, Euitant le combat : mais sa Romaine espée N'en peut faire mourir la puissance coupée, Et Scipion sur lui cet honneur emporta.

Vous remportez des deux et l'vne et l'autre gloire : Car vous auez du tout vne entière victoire, Où nul plus grand que vous ne mérita le prix.

Vous auez des plus fins affiné la prudence,

Sagement acheué, sagement entrepris.

Trompant l'heur des méchans et des bons l'espérance.

d'amadis jamyn. 43

Pour la /este des Rois.

LES anciens souloyent leurs monarques élire Par sort, mais vos ayeux par l'effort du harnois Et par mille vertus ont acquis des Gaulois, Malgré leurs ennemis, le bien-heureux Empire.

Le sort puisse venir à quiconque désire D'eslre Roy de la feue à la feste des Roys : Mais tousiours la Vertu compagne des François Vous garde le royaume et vos honneurs admire.

On dit quand Merouee entra le glaiue au poing Ez Gaules, qu'il auoit tantost à son besoing La Fortune et tantost la Vertu non commune.

Par ces deux il receut Royaume et Maies^é : Mais s'il faut regarder à son cœur indomté, La Vertu le fit grand et non pas la Fortune.

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Pour une Mascarade.

Prières des Captifs.

AYEZ pitié de ces huict cheualiers Qui mille fois n'ont épargné leurs âmes Pour maintenir la liberté des femmes, Joignant le Myrte à l'honneur des lauriers.

Nous sçauons bien que ces vaillants guerriers Sentent au cœur les amoureuses fiâmes, Et que priez de si gentilles Dames Ne nous tiendront longuement prisonniers.

Ainsi vos yeux aynt lousiours la victoire Sur les gardiens du temple de la Gloire : Lns! nous pensions vaincre ces demi-Dieux

Par nos vertus de qui la terre est pleine : Mais en vne heure, ô inconstance humaine! On perd la gloire acquise en mille lieux.

d'amadis jamyn. 45

Pour l'entrée du Roy Charles IX, en sa ville de Paris»

NON autrement que le grand lupiter Fit son entrée en la voûte éternelle, Lors que sa sœur et sa femme immortelle Vint son courage en mesme lict domter :

On vît des Dieux la troupe se planter Toute pompeuse en ordonnsnce belle :

On vit par tout vne gloire nouuelle Et le Ciel pur de beautez s'éclater.

Vne grand'flamme en rayons estandue Dessus leurs chefs çà et là respandue Eblouissoit : d'aise on n'oyoit que bruit.

Telle le voy de mon prince l'entrée :

Maint demi-Dieu de tous costez le suit : De cris ioycux resonne la contrée!

Pour la lunon nopciere à la mesme entrée,

CATHERINE a Tcgi la nauirc de France, Quand les vents forcenez l'enuironnoyent de flos , Mille et mille tourmens ont assiégé son dos. Qu'elle a tous surmontez par longue patience.

Cette inuincible Royne, admirable en prudence, Veillant pour ses enfans en tous lieux sans repos. Au temps qu'vn chaste amour vient allumer leurs os Les fait Roynes et Roy par nopciere alliance.

C'est elle qui l'Oliue en la France r'ameine,

Alliant nostre Prince à la race Germaine.

D'où vient à ce Royaume vn bien-heureux renom :

Et Paris qui la voit si accorte et prudente Luy donne de lunon la figure présente, Signe qu'elle leur est ce qu'au Ciel est lunon.

A Monseigneur le grand Prieur.

CHEMINANT bien auant parmi la troupe épesse De vos belles vertus, quelle dois-je toucher? Trop de matière vient mon esprit empescher, Et ic me trouue pauure ayant trop de richesse.

A vous cher nourriçon d'Euterpe la Déesse, Qui adorez ses Sœurs, et n'auez rien plus cher Que leurs temples sacrez en tous lieux rechercher, Faut donner de beaux vers ennemis de vieillesse.

Ne parlons que d'Amour, et de tous ces escrits Qui paissent en repos les amoureux esprits, Attendant que vos faicts estonnent tout le monde.

Mais vous donner des vers c'est donner aux oyseaux Des ailes pour voler, à l'Océan des eaux, A Mercure éloquence, à Pithon la faconde.

A Vénus pour la Paix.

iLLE de lupiter, mère d'Amour vainqueur, O des hommes et Dieux la volupté féconde. Qui de tant d'animaux repeuples tout le monde. Monde sans ta liesse vn solitaire horreur.

Bride (si tu le peux) la terrible fureur Qui court dessus la terre et sur la mer profonde, Et auec les rayons de ta lumière blonde Tempère de ton Mars l'audace et la terreur.

Quand tout souillé de sang et de. sueur poudreuse

Ses armes il dépouille et sa colère affreuse.

Pour boire auec ses yeux tes beautez à longs traits

Quand il baise ton col, lors auec telle grâce Pry-le s'en retourner aux montagnes de Thrace, Qu'il laisse nostre France en vn siècle de faix.

A Venus pour Vlsle de Cypre.

Autre version d'un ms. de la Bibliothèque impériale.

-|-,iLLE de Juppiter, mère d'amour vainqueur L Des hommes et des Dieux, ô Déesse féconde Qui de tant d'animaux fais foisonner le monde Qui seroii sans ton germe vn solitaire horreur.

Bride ores que tu peux la terrible fureur Qui court dessus la terre et sur la mer profonde, Et auec les beaulx Rais de ta lumière blonde Tempère de ton Mars la menace et l'ardeur.

Quand tout baigné de sang et de sueur pouldrcuse, Ses armes il despouille et sa face hydeuse Pour repaistre ses yeulx de tes beautés espris,

Quand ton col il estrainct, lors auec telle grâce, Pry-le s'en retourner en ses ncges de Thrace, Qu'il laisse l'isle en paix, qui te nomme Cypris.

5o ŒUVRES POÉTIQUES

De Dauid élisant l'un des trois fléaux de Dieu.

INFINIS sont les maux de nos malheureux iours : Non seulement la Peste ou la Guerre sanglante, Ou la palle Famine aux mortels se présente : Vn camp de maux cachez ici bas fait son cours.

Mais le cœur bien muni se propose tousiours Les accidens du Ciel ou de Fortune errante. A fin d'y résister dVne force constante, Sans abaisser l'esprit aux violens destours.

Toutefois il ne faut comme Dauid élire Entre tant de malheurs le mal qui est le pire, Duquel nous ne puissions nous mesmes garantir.

« Car c'est bien vn plaisir de personne inhumaine « De rire du tourment qui tient vn autre en peine « Mais la douceur est grande à ne point le sentir.

d'amadis jamvn. 5i

Pour vnjeu de Balle forcée.

VOYANT les combatans de la Balle forcée Merquez de iaune et blanc l'vn l'autre terracer, Pesle-mesie courir, se battre, se pousser, Pour giigner la victoire en la foule pressée :

le pense que la Terre à l'égal balancée Dedans l'air toute ronde, ainsi fait amasser Les hommes aux combats, à fin de renverser Ses nourriçons brulans d'vne gloire insensée.

La Balle ha sa rondeur toute pleine de vent : Pour du vent les mortels-font la guerre souuent, Ne rapportant du ieu que la Mort qui les domte,

Car tout ce monde bas n'est qu'vn flus et reflus, \

Et n'apprennent iamais à toute fin de conte,

Sinon que cette vie est vn songe et rien plus. y

Amovrs d'Oriane,

QUAND ie m'eslongne à l'escart de vos yeux, Mon cher esprit loin de vous ne seiourne En me quittant à vous U s'en retourne Comme à son Tout, son plaisir et son mieux.

Le corps peut bien courir en diuers lieux. De mon esprit vous seule este la bourne : Ses pensemens ailleurs il ne destourne, D'vn plus haut bien n'estant point enuieux.

Mais vn malheur en ce penser l'offense, C'est qu'il ne voit aucune recompense Sinon douleur fruict de mon amitié.

Que n'ont vn corps mes secrettes pensées ? En y voyant vos grâces amassées, D'elles, peut estre, auriez quelque pitié !

^SëSi

ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYM. 53

I)iCC^[)}COl€Dl€[)K]Dt€DlGDl€DICOîÇDiU)^^

ON dit que ramitié vient dWnc sympathie (^ui passionne en nous également les cœurs, Qu'elle naist de l'accord et scmblance des mœurs, Fondement où sa force et grandeur est ba6lie.

Ainsi chaque élément l'vn à l'autre se lie, Et de tout rVniuers les changeantes humeurs : De là vient que l'Amour brûle en moy ses ardeurs, Qui font que pour t'aimer moy mesme ie m'oublie.

Qui ne voudroit t'aimer, quand d'vn tour de tes yeux Tu pourrois captiuer le plus digne des Dieux Par les traits décochez de ta plaisante face ?

Mais autant que i'adore et prise ta beauté,

Aimes autant, et loin chasse la cruauté :

« Amour sans compagnon incontinent se passe. ^~, ^^cJ^.^,

DlCDlCDlCDlCDlCDiCCOICOlCDICDlCDICDlCDiCDICOiC

I'avois si bien mon arne en la tienne enlacée, Mon cœur dedans ton cœur, mes yeux dedans tes yeux, Que pour longueur de temps ou distance de lieux. Délaissant ta beauté ie ne t'ay point laissée.

Ny iour ne s'est passé ny nuict ne s'est passée, Qu'Amour du mesme trait dont il blesse les dieux N'ait transpercé mon cœur tant ie fus curieux D'aller où ce grand Dieu l'embûche auoit dressée.

le me suis eslancé moy mesme dans les rets, l'ay mis mon eslomach pour la butte des traits : Car i'estois assuré que pouuoit ton visage :

Doy-ie m'en lamenter ? ce seroit sans raison : De ta faueur sans plus dépend mon auantage Puis que tu peux ouurir ou fermer la prison.

d'aMADIS JAMYN. 55

PENSER, qui peux en vn moment grand erre Courir léger tout l'espace des c'eux, Toute la terre, et les tlots spacieux, Qui peux aussi pénétrer sous la terre :

Par toy souuent celle-là qui m'enferre De mille traits cuisans et furieux, Se représente au deuant de mes yeux, Me menaçant d'vne bien longue guerre.

Que tu es vain, puis-que ie ne sçaurois T'accompagnant aller où ie voudrois, Et discourir mes douleurs à ma Dame !

Las! que n'as-tu le parler comme moy.

Pour lui conter le feu de mon esmoy, Et lui ietter dessous le sein ma flame ?

56 ŒUVRES POéTIQ.UES

•y*-^vis QVE dans ta prison ie suis si mal traite

I Fa que tu n'as égard au tourment de ma vie Suiette à la rigueur de trop de tyrannie, Abandonne ta proie et rends ma liberté.

^'on cœur que dans tes yeux tu retiens arresté Ne même la mort : si l'ame m'est rauie D: qui si constamment te verras-tu seruie?

II ne sied au vainqueur d'vser de cruauté.

Rejirde mon amour qui tousiours continue : Les dieux te puniront si ta rigueur me tue. Et voudront iustement ma mort de mort pun'r.

D'autant que l'amitié plus que la haine est belle D'autant ne vaut-il mieux aux siècles auenir De douce auoir le nom que le nom de cruelle?

s^!ej

d'amadis jamyn. 57

LE poisson écaillé ne peut tirer sa vie S'il n'est au fond de l'eau, son liquide élément : Ainsin auprès de vous ie vy tant seulement, Et quand i'en suis absent la vie m'est rauie.

Contc^mpler les beaux yeux et le front de s'amie, C'est viure sans mentir, c'est viure^douceraent, Et nul amant ne peut auoir contentement Loin de celle qui tient son bien et son enuie.

le le connois assez par ce triste départ Estant privé du bien de vostre doux regard. Que mon corps ne peut-il estre en diuerse place

En mesme poinct de temps comme l'esprit soudain?

A fin qu'absent^ présent je veisse vostre face

Sans laquelle en tous lieux tout me vient à dédain?

58 ŒUV.irS POÉTIQUES

ALLANT voir mon ami qtf vne fieureuse ardeur Tient au lict attaché, mon oeil se reconforte D'y voir ce qui me poind d'vne blessure forte, Mais de Tami malade ensemble i'ay douleur :

le désire reuoir en sa pleine vigueur Le corps de mon amy qu'vn lict ennuyeux porte : Mais craignant ne voir plus celle qui me transporte S'il guarist, ie ne sçay comment plaire à mon cœur.

C'est le froid et le chaud qui combat ma pensée

Entre deux passions çà et là balancée :

Qui des deux le plus fort doit gaigner ma raison r

Puisque ie n'ay moyen qu'en voyant le malade D'auoir de ma Maistresse vne amoureuse œillade, Faime sa maladie et non sa guarison.

d'amadis jamyn. 59

D'vn Lacet.

-j-^ovcE Oriane à la grâce attrayante, JLyBrulant d'amour qui point ne cessera Tant que mon ame en ce corps logera, Ce beau Lacet en May ie te présente :

Ce beau Lacet tissu de main sçauante, Trois fois heureux qui ton corps lacera : Où loin de toi ton Amadis sera Ayant d'ennui la face pallissante.

Il est fragile, et pource il ne resemble A ce lien qui nous estreint ensemble.

L'vn tous les soirs se trouuera défait.

Mais cestuy-là qui nos deux cœurs enlace Ne doute point qu'on le rompe ou deface. Qui deferoit ce que le Ciel a faict ?

6o ŒUVRES POÉTIQUES

ry^E ressembler de bonheur ie voudrois, 1 Chanson, qui fais au beau sein de Madame lardin de lis, de roses et de bâme, Vn long seiour, où moy ie ne sçaurois.

Tout bellement de là ie glisserois lusqu'au verger où la rose on entame, Et modérant les chaleurs de ma flame, Au gué d'amour mon feu ie plonger jis.

Malgré le Chien qui dans le ciel aboye^ Qui de Venus nous interdit la ioye, le ne lairrois de prendre mes ébats.

» Amour est Dieu : Qui trespasse en sa guerre

» Ne doit-il pas autant de gloire acquerre

j> Que cil qui meurt pour le Dieu des combats ?

sa^^

D AMADIS JAMVN. 6l

c/|\J t/tuoTVj«Jiv- c^' t/I\j o'^

J'AIME bien mon Penser; luy seul me représente Le beau front, les beaux yeux de ma belle ennemie, Son maintien, sa paroUe, et sa grâce infinie. Et me la fait reuoir bien qu'elle soit absente.

Non, ie ne l'aime point, c'est luy qui me tourmente : C'est par luy que mon ame est de mon sein rauie, C'est par lui que ie vis vne vie sans vie, C'est par luy que n)a peine est tousiours renaissante.

Puis quand ie pense aux traicts de ta douce beauté, le suis d'vn désespoir plus en plus tourmenté. Craignant que tu sois fiere autant que tu es belle.

Que ie suis misérable! est-il plus grand malheur Que brûlant d'amitié, se fondant de douleur, Douter s'on est aimé d'vne amour mutuelle?

Pour vn A nneau de Verre

^i le traict qui mon cœur de sa pointure enferre, ^N'eust point esté plus ur ny de plus ferme acier Que l'anneau qui n'a peu durer longtemps entier, Anneau comme ta foy seulement fait de verre.

Amour si longuement ne me feroit la guerre, Et soudain ie romprois son iavelot meurdrier, Son carquois et ses rets, pour suiure le sentier Des heureux que l'Archer en sa prison n'enserre.

Je me plains a bon droit de ta foy trop légère Qui n'est pas diamant, mais verre de fougère, Que souflant tu refais et recasses souuent.

Et moy ie suis le chien dont la ieunesse foie Court au long des guerets l'Aloûete qui vole. Et pensant la haper il ne tient que du vent.

d'amadis jamyn. 63

:DIGDICDfGD|COfôDfGDICD|CD{CD}CDlCDICDlGDJC.<)lar)fa

Pvis QUE de vos beaux yeux l'amoureuse clairté Va luire en autre part, il faut que ie lamente, Non tant pour le regret qui mon ame tourmente Que pour celle qui vit de vostre volonté.

Je voy desia son œil pensif et attristé, Craignant perdre l'obiet qui sur tous le contente, le voy desia son dueil lorsque serez absente, le voy la Tourterelle en sa viduité.

Le iour luy semblera quelque minuict obscure,

Et le Printemps, l'Hyuer, horrible de froidure, /

Et ny fleur, ny couleur ne repaistra son œil,

O terre bien heureuse où va viure ma vie, (Dira-t-elle au partir) que ie te porte enuie Puisque pour t'éclairer tu m'ostes mon Soleil !

A litre leçon d'après un A/s, de In Bibl Nat.

Pvis QUE de voz beaux yeulx l'amoureuse clairté " Va luire en aultre part, il faut que ie lamente, Non tant pour mon regret (car tout mal me contente) Qui me vient pour seruir vne telle beaulté

Que pour celle qui vist de vostre volunté Qu'amour vint à vous d'vn'amitié constante. Qui ne viura qu'en dueil lorsque serez absente, Comme la tourterelle en sa viduité.

Le iour luy semblera vne minuict obscure,

Le printemps luy sera l'hyuer plein de froidure,

Et ne fîeur ny couleur n'esiouira son oeil.

O terre bien heureuse où va viure ma vie, Dira-t-elle au partir que ie te porte envie, Puisque pour t'cclairer tu m'ostes mon Soleil.

d'amadis jamyn. 65

O bien-heureux Papier recueilli par la main Qui de mon triste cœur tient la ferme racine : le voudroy comme toy toucher à sa poitrine, Au milieu des beaux lis et des pommes du sein.

le suis à ceste fois enuieux sur ton gain, Mais puis que ton bonheur de moy prend origine, Dy luy qu'alors viendra ma perte et ma ruine, Quand affranchi d'amour on me trouueia sain.

Dy iui pour n'estre plus si dure et si estrange : « A tromper vn aueugle il n'y a point louange, » Qui pour guide te suit et ailleurs ne se fie.

Hélas! ie parle au vent, et deuemi tout fier D'auoir vn tel honneur, tu ne daignes, Papier, Escouter mes raisons combien que ie t'en prie.

XXXIÏ

Au vent Boree.

VENT qui tourmentes l'air de tempesteuse haleine. Qui troubles le coulant de Loire sablonneux, Appaise ie te pry ton orage venteux, Afin que d'hîureux cours Oriane il ameine.

Tu as senti les maux dVne amoureuse peine, Car tu fus autrefois d'Orythie amoureux : Doncques à ton pareil courtois et bien-heureux Permets que ma prière à ce coup ne soit vaine.

Ha ! ie voy bien que c'est : Amour te va mouuant,

Et poussé de fureur tu luy viens au deuant

Pour baiser son beau sein, sa bouche et son visage.

Certes ie suis ialoux que ie ne puis auoir Pareille courtoisie et ce mesme auantage,- Plus doucement que toy ie ferois mon deuoir !

XXXITI

Au Songe.

LES hommes et les Dieux, Fortune inexorable, Et tous les elemens coniurent mon dommage : Seulement, ô doux Songe, en ce fascheux passage, le ne trouue que toy qui me sois pitoyable.

Tu me fais reuenir la figure agréable

Pour laquelle ie perds en vain le temps et l'âge,

En tel accoustreraent telle forme et visage

Que ie voudrois la nuict tousiours eslre durable.

Mais rare est ce bien faict, d'autant qu'Amour amer Ne me laisse beaucoup la paupière fermer, A fin contre ses maux que ie ne me repare.

Songe, puis que souuent ie ne te puis auoir,

Au moins quand tu viendras, ie te pry ne vouloir

Remporter si soudain le bien qui m'est si rare.

Comp. d' vue Année.

L'année et mon amour ont vn effect semblable, Le Printemps qui deuoit chasser THyuer grison, En lieu de fleurs blanchist de negeuse toison, Mon Printemps amoureux a esté misérable.

L'Esté dont la chaleur aux terres agréable Meurist tout, n'a meuri la greneuse saison : Et celle dont ie fais à luy comparaison N'a fait meurir d'amour le fruit incomparable.

Ny pommes, ny raisins l'Automne n'a porté, Mon Automne d'amour n'est que stérilité Qui mon espoir abat comme l'autre la fueille.

L'Hyucr refroidist tout, et du tout refroidi

le ne veux que mon cœur soit chaud ny attiedy

Pour vne qui le veut et veut qu'on ne le vueille.

d'amadis j * myn. 09

VOY ce beau mois plein de souefues odeurs, Où les forests, les plaines et les fleuues, Tertres et monts vestus de robes neuues, Parent leur sein dVn million de- fleurs!

Amour archer courant parmi les cœurs Deçà delà fait de soy mille preuues, Et restablist l'Estre des choses veuues, Semant par tout ses flammes et douceurs.

Tous animaux sauuages et priuez Cnt de l'Amour les ébats éprouuez, En ce Printemps ami de la ieunesse.

Seuls nous perdons délices et plaisirs, Sans obéir aux amoureux désirs :

Attendons-nous la débile vieillesse?

yO ŒUVRES POETIQUES

y T^^ ^^ Printemps toutes les nouueautez

'^ 1 y Que Flore espand dessus la terre ensemble,

Ne sont en rien, Maistresse, ce me semble, A comparer à tes ieunes beautez.

Quand ie regarde aux champs de tous costez, le voy qu'en eux ta grâce se r'assemble, Et rien n'y plaist, sinon ce qui resemble En quelque part à tes diuinitez.

Viendra iamais cette blanche iournee Qui me sera sur toutes fortunée, Pour éprouuer l'oracle Delphien ?

« luste est très beau. Santé chose très bonne : » Mais (disoit-il) des biens le plus doux bien » C'est obtenir ce qu'on affectionne, »

ss^

d'amadis jamyn. 71

XXXVI l

■p^vis QUE le Ciel me donne vn si bienheureux sort 1 Que vous aimez le nœu qu'Amour a voulu faire : Puis que nos cœurs liez aiment à s'y complaire. Auisez quel plaisir double en moy son effort.

l'ose bien deffier la Fortune et la Mort, Quand ie voy vostre anneau plein de mon charactere : Tel bien à mon esprit ne sera ne'cessaire, D'autant que vostre image oncques de lui ne^sort,

Mais que vaut de vous paistre ainsi de la pe4nture? C'est vn bien fantastique et vaine nourriture, Qui ne sert qu'au défaut du véritable trait.

C'est boire en lieu de l'eau l'ombre de la fontaine :

Nourrissez vos désirs de pasture certaine,

le puis mieux vous seruir que non pas un portrait.

sfcDK:c)}ccfc'Dicr)io[)K:r^

LORS QUE l'astre iumeau des deux frères d'Hekine Apparoist sur la nef que tourmente le vent^ (L'abaissant aux Enfers puis au Ciel l'eleuant) De l'horrible Aquilon s'aneantist l'haleine.

Ainsi belle Orian^, honneur de la Touraine, Tes deux yeux ont chassé les tonnerres creuans, L'air enflambé d'éclairs et de feux se suiuans. Qui nous serroyent le cœur de frayeur et de peine,

Tu n'as pas seulement le tonnerre domté

De qui tout l'air noirci se sentoit agité,

Mais tu as tout ensemble au loin poussé rorage

Qui (ton Soleil absent) nous presscit d'vne nuict : Où ton œil, feu saint Hcrme, excellemment reluit, Le Ciel de toutes parts dccouurc vn beau visage.

iaSS.'

D^AMADIS JAMYN. yS

y A belle Aurore, honneur de l'Orient, LQui de son teint tout le monde redore, ,Pres de Tithon plus ne s'abuse encore, Car il ne vaut vn plaisir si riant.

De son Vieillard bien peu se souciant (Lors que d'amour le doux soin la deuore) Elle s'en va vers Tami qui l'honore, En mille ieux sa ieunesse employant.

Vous qui semblez à l'Aurore vermeille, Puis qu'en beautez vous lui estes pareille, Faites comme elle : En lieu de son Vieillard,

Aux doux ébats de l'amour inutile,

Elle, pour luy trop ieune et trop genlile,

Sçait bien choisir un Cephale gaillard.

'£^SSl

IE tenois en dançant la blanche main de celle Qui m'a donné en proye à l'amoureuse ardeur : La dance ne tenoit en toute sa rondeur Beauté qui ne cedast à sa clairté nouuelle.

lamais félicité ie ne pense auoir telle

Q.ue i'eu pressant la main qui me pressoit le cœur.

Auisez quel plaisir si souuent i'auois l'heur

De presser le coral de sa leure iumelle.

O belle et tendre Main, helas ! pardonne moy Si ie te serrois trop : i'allegeois mon émoy Pressant tes doits polis d'une amiable estrainte.

Par signe ie monstrois que rien ne m'est si cher Que t'auoir, belle Main, si douillette a toucher. Et qu'ainsi tu retiens ma liberté contrainte.

d'amadis jamyn. 75

le

ES beaux cheueux qui me tiennent lié, Estoyent serrez d^un ret à claire voye, Et surmontoyent du scofion la soye Tant leur fil blond est prime et délié.

Son sein d'œillets et de lys meslié Fut entrouuert quand d'un œil plein de joyc Au fond du cœur un si doux feu m'enuoye, Q.u'il m'a du tout à elle humilié.

Que ie senti d'amoureuse liesse!

le ne sçauois, certes ie le confesse, Que c'est ecstase, et ce rauissement

Qui nous transporte égarez de courage : Lors ie l'appris, et si creu dauantage Qu'on peut mourir d'aise et contentement.

yÔ ŒUVRES POÉTIQUES

Reproche à la Main.

Ha! malheureuse Main qui me rends malheureux : Ha! trop folastre main, trop légère, trop pronte, Qui fais, te hazardant, vn honneur de ma honte, Pour perdre malgré moy le prix d'vn amoureux.

Ha Main ! ton naturel est tousiours désireux De toucher à ce bien dont on fait plus de conte : Et d'autant que la Main toute chose surmonte, Tu pensois que ton sort deust estre bien-heureux.

Mais tu deuois vser d'vne honeste licence, Car ton auancement mon amour desauance : Acteon se perdit par son œil trop soudain :

Et par toy i'ay perdu la faueur de ma Dame,

Que i'aime plus que toy, que mes yeux, ny mon ame.

Ha que ie fasse heureux si i'eusse esté sans main !

JS^S^

Response de la Main,

OuoY ? m'oses-tu blasmer d'auoir bien commencé ? le t'ay monstre comment il te faut entreprendre Pour en vain sans plaisir ton âge ne despendre : Ny ta dame ny toy ie n'ay point offensé.

Quand bien dans son esprit elle aura repensé Comme tu as voulu son esclaue te rendre, En fin elle pourra plus gracieuse apprendre Que lu mérites l'heur d'estre recompensé.

Et pource qu'elle poize en egalle ballance D'vn costé ton seruice, tt d'autre mon offense. Elle verra combien ton deuoir lui est cher.

Mon offense n'est rien : l'œil cherche de nature Pour son obiet le iour, les couleurs, la peinture : L'oreille aime le son, et la main le toucher.

QVAND ie la voy si gentille et si belle, Si doucement les langues manier Du Lut aimab.le, et sa voix marier Au son mignard que dit la Chanterelle :

D'aise rauy tout le cœur me sautelle :

Sa voix pourroit vn Vlysse lier

Et luy feroit son Ithaque oublier,

Voix de Sereine ou bien d'une immortelle.

le pense voir Melpomene au milieu De ses huit sœurs, et,du poëte Dieu, Qui tient le lut et sur les cordes cha-te

Du père sien les diuines amours :

Hommes et Dieux sa douce voix contente, Mesrae à son chant Loire arreste son cours.

S!fôi

PLEIN dVri penser vagabond et soudain Qui me fait viure à part moy solitaire. Triste, resueur, à mes amis contraire, le conte en l'air mille discours en vain.

le vay cherchant vn obiet plus qu'humain : Pour mon salut ie deurois m'en distraire, Mais ie ne puis; car ma belle aduersaire Par ses vertus me retire à son haim.

Alors ses yeux qui dissipent les nues' Dardent en moy d'estincelles menues, Cent mille éclairs penetrans iusqu'au cœur

Si le dehors ne remerque sa haine.

Ainsi voit-on la foudroyante ardeur Gaster vn glaive et n'offenser la gaine.

XLVÏ

D'un Breuuas^e d'eau.

IE n'aime l'eau, breuuage trop humide ; Mais quand tu veux que i'en boive d'autant, Tu prens vn verre, et première y tastant Tu me le tends à fin que ie le vuide.

l'aim'îrois mieux cette liqueur qui guide Vers Apollon, mais le verre apportant Vn doux baiser qui me va confortant, Me fait aimer cet élément liquide.

'Tel Echançon refuser ie ne puis, Doux Echançon, charme de mes ennuis :

Car le beau verre ainsi qu'vn bateau passe

Ce chaud baiser qu'il a receu de toy, Et de sa Icure il le redonne à moy, Si que telle eau tour le Nectar efface.

^SSl

d'amadis jamyn. 8i

01CC>ICDICDJCDICDICXXDIC.XDIC.DICDlCDiCDIC31C

^ E me retourne arrière à chaque pas 1 D'vn corps lassé qu'à grand' peine ie porte. A fin de voir celle qui me transporte Quand ie m'absente en disant : Ai moy las!

Puis repensant au bien-heureux soûlas Et aux flambeaux dont ie quitte l'escorte^ Mon pié i'arreste ayant la face morte, Et tien fichez mes yeux pleurans en bas.

Apres ie tremble, et m'ébahis à Theu/e Comment la vie avec mon corps demeure, Veu que l'esprit en est loin séparé.

Amour dit lors : « Que cela ne t'estonne, )) De viure ainsi tu puis estre asseuré : » Tel priuilege à tous les miens ie donne.

ON nous détend la parole et la voix Pour délier l'amitié qui nous lie, Et l'œil ialoux comme un Argus épie Si du sourcil vn doux clin îe reçois.

En quelque part que i'aille où que tu sois, le vois tousiours nostre vieille ennemie Qui suit tes pas, et ressemble à l'Enuie Voulant forcer d'Amour les saintes loix.

Sotte rigueur! tant plus elle s'efforce Forcer Amour, plus Amour se r'enforce : Plus nous sépare et tant plus nous conjoint.

Vieille maudite, et de sens depouruuë, lette sur nous tant que voudras la veuê,lusqu'en nos cœurs ton œil ne verra point.

^s^fs

d'amadis jamyn. 83

'fc/i\jc/ru«yi\jc/i\jc/T\jc/ruc/rv

j E Soleil quatre fois a fini le voyage L De ses douze maisons, nous ramenant les iours Et les quatre Saisons, compagnes de son cours, Depuis qu'à tes beautez i'ai rendu tout hommage.

Toutefois par le temps n'est ckangé mon courage, El ie n'éprouue moins le pouuoir des amours Qu'alors que ie fu pris : car les tours et retours Du changement humain sont pour vn cœur volage.

Mais ce qui plus m'a fait constant en amitié C'est que tu m'as aimé non moins que ta moitié, Et qu'aussi de ta part tu n'as esté muable.

Quand la cause ne change on ne change l'effet : Et pour faire en amour rassemblement parfait Il faut de mesme poix vne amitié semblable.

E laisseray le noir qui est vn témoignage A tous par le dehors de l'inuincible dueil Que ie souffre en mon sein, depuis que le cercueil Enferme auarement mon plus riche héritage.

Mais ie ne puis laisser l'ennuy de mon dommage, Ma Nauire est rompue atteinte d'vn escueil. Puis que sous le sepulchre est caché ce bel œil Qui d'amour mutuelle enflamboit mon courage.

O iour, ô heure, ô mois sur tous infortuné, Où d'éternelle nuict se veit enuironné L'astre de ces beaux yeux escortes de ma vie !

Vous me serez tousiours merquez d'vn crayon noir An, mois, iour et moment, où contre mon vouloir La Parque ma richesse et ma ioye a rauie.

d'amadis *jamyn. 85

MOUR se lamentoît, et sa mère éploree Déchirant ses cheueux ses plaintes redoubloit, Quand la perfection que ma Dame assembloit S'enuola dans le Ciel pour y estre adorée.

La Beauté gemissoit, et d'aspect égarée D'vn ténébreux manteau sa face receloit : Des trois Grâces la voix par iniure appeloit La Mort cruelle aueugle, à mal faire asseuree.

L'Honneur et la Vertu crioyent de tout costé : Nostre Soleil esieint nous sommes sans clairté, La terre maintenant de lumière est déserte.

Alors Nature mesme auisant son malheur,

Ententiue aux effets de si iuste douleur,

Quitta le soin du monde en témoin de sa perte.

Amovrs d'Eurymedon et de Calliree (0

LU

DVw Miroir,

PovR connoistre les traits de vosire grand' beauté, Ne croyez au miroir : de son crystal la glace Ne peut représenter combien peut vostre face, Si bien au vif que moy par ses flèches domté.

Mirez-vous sur mes ans qui auoyent résisté Si long temps à l'Amour, méprisant son audace : Dessus toutes beautez vous emportez la grâce Autant que par mon feu tout autre est surmonté.

Tant plus vn Chesne est dur et ferme de racine, Tant plus le vent épais qui d'haleinemutine L'éclate, rompt, abat, déclare son pouuoir.

Et tant plus vne ville est d'assaut imprenab.'e. Le Guerrier qui la prend tant plus est redoutable, « Des forces et valeurs l'effect est le miroir. »

(i) Eurymedon est le Roy Charles IX et Calliree M"e Marguerite d'Acquaviva,

ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN. 87

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