‹ OEuvres poétiques de Amadis Jamyn, avec sa vieChapitre 7 sur 23 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

Y E Soleil en naissant fait resiouir le monde, Lttde ses rais luisans touche la terre et l'onde : Malheureux est celuy qui ne voit le Soleil, Et qui n'œillade point son rayon nompareil : C'est vn Dieu tousiours beau, père de la ieunesse, Par qui tout l'Vniuers s'affranchist de vieillesse. Aussi vous retenant des beautez la beauté, L'honneur et la vertu, douce de cruauté, L'homme seroit mal-né, priué d'intelligence. S'il n'estoit seruiteur d'vne telle excellence, Et s'il ne regardoit le beau iour de vos yeux Qui pourroyent faire honte à ce flambeaux des cieux,

le ne me vante heureux, bien que les Destinées

l50 ŒUVRES POÉTIQUES D'aMADIS JAMYN.

M'ayent par leur faueur mille grâces données : Mais ie me vante heureux, seulement pour auoir Cette grâce du Ciel que ie vous puisse voir, Vous qui estes l'honneur des Dames de nostre âge, De qui l'œil Paphien subiugue mon courage : Œil diuin qui pourroit les batailles dorater, Pour qui de son palais descendroit lupiter Se muant et cachant en cent métamorphoses A fin de posséder la merueille des choses : Et c'est pourquoy ie dy dessus tous fortuné Pour estre de vos ans le iour où ie fus né.

Admirant vos vertus et beautez de ieunesse, le ne chante que vous à toute heure sans cesse Sans iamais me saouler : Ainsi le Rossignol Parmy les bois fueillus d'amourettes tout fol Caresse son amante en la fraische nuitée, Découpant sa chanson d'vne voix écoutée ; « On ne se peut tenir de plaindre son souci, « le ne me puis lasser de vous chanter aussi.

POVR MONSIEVR LE DVC D'ALENÇON (i)

COMME vne belle et claire estoile, Quand la nuict couure de son voile Le beau iour dans les eiux couché, Sort du sein de la mer profonde, Monstrant sa belle tresse blonde Et son front longuement caché.

Puis au Ciel veillant retournée Reluist de rayons couronnée, L'obscur allumant de ses yeux :

Si qu'entre les feux des Planettes Qui des eaux sortent les plus nettes Embellist la voûte des cieux.

(i) François de Valois, duc de Touraine, puis d'Alençon et d'Anjou, quatrième fils de Henri II, le seul qui n'ait pas régné. — Né en i554, mort en 1584.

l52 ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADI? JAMYN

Ainsi ce ieune Duc qui porte Ses rayons en la mesme sorte Quvne Plai.ete de bon-heur, Respandant ses flamme» plus claires, Rcluist au milieu de ses Frères, Faisant paroistre son honneur.

En vertus croisse sa ieuncsse, Son cœur soit armé de prouesse, Tousiours plein d'vn braue souhait, En suyuant les pas de sa race, Méprise toute chose basse, Ayant le Ciel pour son suiet.

CANTIQVE DE LA VICTOIRE DE MONTCONTOVR (i)

Svs, peuples, sus, chantez le seigneur Dieu, Dont la vertu, dont la gloire suprême Comme vn grand feu reluit en chaque lieu : Et qui porté dans le ciel par soy mesmc Anime seul et gouuerne ce Tout, N'ayant en soy commencement ny bout.

Sus, sus, P'rançois, célébrons son nonneur : C'est ce grand Dieu qui noys orne de gloire, Qui des assauts, des armes est seigneur,

(i) Remportée par Henri 111, alors duc d'Anjou, le 3 oc- ^tobre i56().

l54 ŒUVRES POÉTIQ.U ES

Qui des combats ordonne la victoire

A qui lui plaist : car elle est en ses mains,

Non en la force ou nombre des humains.

France, l'honneur de toutes nations, Qui es assise en campagnes fertiles, En champs heureux sur toutes régions.

Qui t'orgueillis de tant de fortes villes : Leue après Dieu iusqu'aux voûtes des cieux Charles ton Roy plus grand que ses ayeux.

Dieu qui le Sceptre en son pouuoir a mis, Par le Démon du duc d'Aniou son frère L'a fait vainqueur de ses fiers ennemis, Monstres égaux à l'horrible Chimère Qui vomissoit de sa gueule le feu, Feu que ce Prince a esteint peu à peu.

Fils de Henry, ô Henry duc d'Aniou, Le fer au poing tu as mis sous le jou Tes ennemis escumans de menace.

Tout éhontez d'une rebelle audace : Ainsi seras Bellerophon trenchant L'orgueil enflé du rebelle méchant.

Le Monstre fier ses griffes auançoit Dessus la France, et ia l'engloutissoit

d'amadis jamyn. i55

Sans le secours de ta prouesse actiue.

Assez connoist la rivière de Diue, Assez connoist le champ de Montcontour Quand le bonheur fit en France retour.

Comme s'enfuit la légère vapeur D'une fumée à replis ondoyante.

En l'air liquide : ainsi sous la terreur. Duc belliqueux, de ta main foudroyante Fuyoient tremblants de tous Gostez espars Les ennemis tuez de toutes parts :

Tremblans menu comme Pon voit tremblôf La feuille palle en la cyme d'un Tremble* C'est Dieu qui veut ta puissance doubler^ Qui des mutins la force desassemble, Frappe leurs yeux et les rend estonnez Afin qu'au glaive ils soyent tous moissonne^.

Ils ont mordu, bien que fiers et grondans> Rouges de sang, la terre de leurs dents. Et sont tombez plus menu que la gresle L'vn dessus l'autre abatus pesle-mesle : Les vns à dos renversez estendus, Les vns à ventre en leur long espandus*

l56 ŒUVRES POÉTIQUES

Je les ay veu la campagne couurir

Qu'on veit de loin dessous leurs corps blanchir ,

Comme de nuict quand la neige enfariné

A gros flocons les bords de la marine.

Ou les sommets des arbreuses foraists

Tombant sans ordre en monceaux bien espais.

Quand le déluge eut retiré ses eaux, Ainsi gisoyent dessus la terre ouuerte Maints hommes nus espandus par monceaux : Voila comment aux despens de leur perte Ton braue Nom par magnanimité S'est emparé d'une immortalité.

En Tage prime, où tu es florissant, N'ayant encor le menton blondissant D'un poil doré, le Monarque Alexandre Renuersa Thebe, et Thesé s'anima Pour son pais à sa franchise rendre Et le Cretois Minotaure assomma.

Mais plus diuins apparoissent tes faicts D'auoir du tout ces fiers Titans deffaicts Qui remuoient mille bras, mille testes, En morions tousiours au combat prestes : Cent conjurée à rompre et renuerser Les fleurs de Lys que tu sçais redresser.

d'amadis jamyn. :5y

Ils ont esté trois fois ia foudroyez D'un foudre aigu, sifflant, noir de fumée, Et ton bras fort les a tous poudroyez Comme vne poudre en vn rien consommée, Que le tortis d'vn tourbillon de vent Loin du regard emmy l'air va mouuant.

Sur tous humains aussi tu apparois

( Comme un haut Pin sur le petit bocage )

Illustre sang, noble race des Rois.

On reconnoist au reluisant visage

Qui éblouist auec rayons dorez,

Du clair soleil les enfans honorez.

Mais, ô grand Duc, bien que ton chef orné Soit triomphant de Lauriers couronné, Bien que ta gloire emplisse tout le monde. N'en sois pourtant, Prince, plus glorieux, Ains tout l'honneur se donne au Dieu des Dieux, Et soit à toi la louange seconde.

EPI8RAMME

DEDANS ce Chiffre est le nom de Henry Au vostre vni d'une amoureuse sorte J Mais vostre cœur par vne amitié forte De tant de laqs enlace vn tel mari Auprès de soy, que mesme la Mort blême Ne peut domter cet amour si extrême.

ex

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