‹ OEuvres poétiques de Amadis Jamyn, avec sa vieChapitre 6 sur 23 · LA NYMPHE ANGEVINE · texte numérisé non relu

LA NYMPHE ANGEVINE

MONARQUE inuincible, Charle, Ne tourne à témérité Si devant ta Royauté ' Seule des Nymphes je parle.

Je veux chantant de ton Frère Que m'as donné pour seigneur.

Montrer ma ioyeuse ardeur Au succez de son affaire.

Le Père du Ciel me donne Tousiours des Princes guerriers,

(i) Cette pièce ne se trouve que dans l'édition de 1573.

ŒQVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN. iBp

Qui gaignent par les Lauriers Mainte royale couronne.

Passerois-ie sans le dire Mon heur fatal et diuin.

Voyant mon Duc angeuin Roy du Polonois Empire?

Je reconnois (fortunée) En mon valeureux Henry, Que mon fils est fauory D'éternelle destinée.

Vn Loys de mesme race.

Mon seigneur, sang de Valois, Au millieu des Polonois Choisit une mesme place.'

L'isle au triple promontoire Sicile, tombeau de ceux Qui eschelerent les Cieux Sçait la splendeur de ma gloire,

Les campagnes Idumées Et la saincte région.

Mainte fiere nation Sont de mes palmes semées.

Et nostre Henry n'est moindre En rien à ses deuanciers :

Ses faicts qui marchent premiers Peuuent leurs gloires éteindre.

Aussi le nom de ses gestes Ne l'a moins qu'eux auancé Et par là sera poussé Dessus les voûtes célestes.

Comme des fins de l'Asie La Romaine maiesté Receut le sceptre apporté De mainte cité choisie;

Ainsi la maison féconde De France, florist d'enfans.

Qui généreux triomphans Commandent par tout le monde.

Royne, mère plantureuse De tant de Princes tous Roys, Ains la mère des François Vy quatre fois bien-heureuse.

Priant du Ciel l'influence, Qui a voulu couronner

d'amadis jamyn. 14Ï

Ton fils Heny, fortuner Sa valeur et sa puissance.

Et comme dès son ieune âge Il a vaincu les dangers Au milieu des estrangers Il prospère dauantage.

Heureux aux peuples estranges Non moins qu'aux François, afin Que de cet œuure la fin Porte en tous lieux ses louanges.

Car la vertu qui l'incite, Ses victoires, ses hauts faits, Sont dignes qu'à tout iamais L'heur ensuyue son mérite.

VN ADIEV

G VIDE mes pas, amoureuse Maistresse, Auec Amour, or que plein de tristesse Bien loing de toy ie m'absente d'ici, Rompu de dueil, de peine ei de souci : le sens desia s'anéantir ma force, Et que de moy ne reste que l'escorce, Laissant ici ma pensée et mon cœur Restez en l'œil qui en fut le vainqueur : Estre ie pense en vne fosse noire Depuis qu'il faut que ie quitte mon Loire, Et deuant moy campe vne obscure nuict, Sortant du iour qui tout seul me reluit.

l'auray du corps mon ame séparée, le sens desia qu'elle n'est asseuree, Et qu'à l'adieu de ce triste départ Elle s'en va loger en autre part,

ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN. 14a

Viuant sans plus lorsqu'en tes yeux, madame, Elle se paist et nourrist de sa flame. Sans ame, ô Dieu pourray-je respirer !

Vist-on iamais l'homme vif demeurer Sans auoir l'ame au corps, le corps mouuante ? O chers amans, pleins d'amitié constante Regardez-moy ! vous verrez l'amoureux Estre viuant en plaisirs langoureux, Mestne sans ame, et sans cœur et sans vie, Qui ont tousiours ma maistresse suiuie : Tel privilège ha l'amoureux transi, Viure en l'aimée, et ne viure qu'ainsi.

Coutaux vineux adieu, plaines herbeuses, Course de Loire aux riues sablonneuses.

Adieu, maison de nos amours témoin, Tousiours mon nom fay bruire en quelque coin, Afin qu'on aye en si fâcheuse absence Vnc heure au iour de moy la souuenance. Qui me sera bien suffisant payment De mon gentil et gracieux tourment.

Adieu, plaisirs, amoureuses blandices, Adieu mon bien, mes plus chères délices, Adieu mon cœur, mon sang, mon souuenir : Las! que pourray-ie, estant loing, deuenir ? Loin de tes yeux qui mon âme sustentent. Et seuls tousiours seulement me contentent

Soit qu'en la mer se plonge le Soleil, Soit qu'il en sorte, il trouuera mon œil Ne priser rien sa clarté coustumiere Pour ne voir point ta céleste lumière : Car ie ne veux viure au monde, si non Que pour louer les grâces de ton nom.

Doncques, adieu, prez, monts, taillis et plaines, Et vous chemins coupables de mes peines, Que tant de fois i'ay frayé sous mes pas, Allant au lieu cause de mon trespas.

Adieu, maistresse, et tousiours te souuîenne De souhaiter que bientost ie reuienne.

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