AV ROY CHARLES IX
VIERGE, ensemble terrestre et céleste Déesse, Illustre de cent noms, Diane chasseresse, Dont le Ciel et la terre adorent le pouuoir, Donne-moy ta faueur, vien ma langue émouuoir A chanter dignement les plaisirs de mon mai tre, Quand il court au mestier qu'au monde tu fis naistre : Eschange pour vn temps de ma lyre la voix, Au son bien éclatant de la trompe des bois, Et du cor enroué que les Cerfs ont en crainte : le veux sous la fraischeur de l'ombre qui m'est sainte Animer les forests de l'honneur de mon Roy, Couronné du Laurier que de luy ie recoy, Et veux que son renom que l'Vniuers honore
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Soit le commencement, le millieu, et encore La fin de mes écrits. Il daigne me louer De sa bouche diuine, et pour sien m'auoûer : Aussi tant que mon âme au corps sera mouuante, Il ne faut que mon vers d'vn autre nom se vante.
Vous Nymphes de la Court, combien que le plaisir De courir et chasser ne soit vostre désir, Toutefois ne laissez d'écouter et d'apprendre Ce quVne fille apprit dés sa ieunesse tendre. Prestez à ce discours oreille et volonté PuisquVne saincte Vierge a tel art inuenté Pour fuir les appasts et l'amorce du vice, Comme vous Teuitez par honneste exercice.
Si tost que le Soleil de rayons attourné •
A sur nostre horizon sa clairté ramené En ces beaux iours d'Esté, l'autre Soleil de France S'éueille, et de son lict légèrement s'élance, S'habille, ceint l'espee, et très deuotieux Inuoque à deux genoux le Monarque des Cieux : Car il faut par vn Dieu commencer son ouurage. Au deuant du chasteau l'attend son équipage, Ses Piqueurs, ses Veneurs, ses Limiers, ses Valets, Et ses Pages montez pour se mettre aux relais : Vne belle noblesse est aussi tousiours preste, loyeuse à vaincre au cours vne sauuage bestc.
Sa carosse l'attend à quatre blancs cheuaux
Plus vistes que les vents : Ceux qui font les trauaux
Du chemin du Soleil n'ont la course si prompte :
Ils font de leur blancheur à ceux de Phœbus honte.
Ou s'il monte à cheual, son cheual vigoureux
En la bouche maschant le frein d'or écumeux,
Frappe du pié la terre, et sur l'echine large
Hannist de receuoir telle diuine charge.
Ses Archers de la garde enuironnent son corps.
Ainsin accompagné le Roy marche dehors Auec tout l'attirail d'vne aboyante chasse. Cent Chiens promts à courir et flairer vne trace Sont autour de ses flancs, dont les oreilles sont Pendantes, et la queue est droite en contremont. Après que dans le bois le gaignage ou la taille Cette chasse est venue ordonnée en bataille, 11 s'auance à la queste en tenant son limier Rigaut, qui de haut nez est tousiours le premier, Et qui rembuche mieux vn cerf de hautes erres D'vn sentiment subtil penché contre les terres.
Puis quand ce grand Veneur par la pince a connu Quelles voyes ou route ont le Cerf détenu, Ou bien par le frayoir, par l'égail et portées, Il reprend les deuants et iette ses brisées. Tous les autres Veneurs et les valets aussi
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S'exercent par le bois d'vn semblable souci, Non comme luy pourtant : Car de nulle science ( Grande ou petite soit) ne le fuit l'excellence. Il sçait mieux que nul autre en ce dur passetemps Les ruses d'vn vieil Cerf, ou s'il va de bon temps ^ Il sçait prendre le droit, et comme Capitaine Apprend à ses suyuans le chemin à la peine.
Comme le labyrinth par Dédale basti
Viroit en cent destours aueuglement parti,
Qui trompoyent d'vne voye en replis tortueuse
Le pié des enfermez en cette erreur douteuse,
Tel est le destourner d'vn Cerf malicieux,
Qui r'entre et sort sur soy cent fois en mesmes lieux.
Tout le matin se passe à rabatre vne beste, Puis au disner se fait le raport de la qucste Faitte en diuers buissons : Là se vante à propos lacques plus que les Chiens et les Cheuaux dispos. Qui de ses pieds venteux jamais loing n'abandonne I^ Meute en tout païs : Tant l'honeur l'esperonne D'estre veu de son maistre et d'emporter le prix Dessus ses compagnons à courir bien appris, a De complaire à son prince est louable l'enuie ! Quand la soif est esteinte et la faim assouuic. Quand le rapport est faict en l'assemblée, alors Le Roy monte à chçual et s'en retourne es forts.
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D'vn mandillon de pourpre éclatant par la nûe,
Ou d'vn vestement vert son espaule est vestûe :
Vne trompe d'argent en écharpe luy pend,
De qui le son royal sur les autres s'entend.
Si tost que le son frape à ses veneurs l'oreille,
Le cœur leur rebondit et la meute s'éueille :
Toutes les Deïtez hostesses de nos bois
Comme si Pan sonnoit en reuerent la voix.
Les Nymphes vont sentant les pointes amoureuses
Regardant sa beauté sous les feuilles ombreuses,
Et quelqu'vne tout bas dit ces mots en son cœur :
— Pleust aux Dieux qu'il sentist de Cupidon l'ardeur
Pour mon respect autant que sa grâce m'affolle.
Mais dans le vent ie perds ma plainte et ma parole :
Car seulement Diane auec son traict le poind,
Et celui de l'Amour ne le trauaille point.
Pan le Dieu d'Arcadie en ces monts vénérable
N'estoit autant que luy de maintien agreabU :
Soit qu'il lance du bras vn iauelot en l'air,
A Phebus iustemenl ie le puis égaler :
Soit qu'il presse le dos d'vn Genêt, et qu'il porte
L'espieu au large fer dedans sa dextre forte,
Il semble au Dieu guerrier : heureux ie dy les chiens
Que tu vas caressant : heureux aussi ie tiens
Tout ce qui est touché de ta main honorée.
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Ainsi va souhaitant quelquVne énamourée : Mais le trauail des bois effacé du plaisir Engarde que Tamour ne le vienne saisir.
Quand toute la Brigade au buisson est allée,
De verd la plus grand part et de rouge voilée, s ,|
L'enceinte retentit de trompes et d'abbois,
Car chacun porte au col sa trompe par les bois
Où cent couples de crin pendillent cordelées.
On suit le cerf lancé par monts et par valées,
Par estangs, par buissons espineux et tranchans :
Le Cerf en trauersant l'ouuerttlre des champs
Fait voler les sablons aux voyes de sa fuite.
La meute dresse après d'vne ardente poursuite.
Des chiens bien ameutez l'abboy fait vh grand bruit,
Mais entre les Veneurs personne ne le suit
b'vn tel cours que le Roy Volaftt par la campagne/
Et Fontaines qui ioinct son cher maistre accompagne.
La piere qui iaillist d'une fronde en sifflant, Les Leuriers généreux qu'on va desaccouplant Apres vn Lieure viste, en leur course attendue^ Ne partent si légers : Ils Se perdent de Veuê Tousiours dessous le vent là Meute costoyantj Pour leuer les défauts s'il alloit tournoyant.
Le Roy ferme à cheuâl, dVne course legiere^
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Ceux-ci, ceux-là deuance, et laisse loin derrière,
Et premier, comme en tout, aux abbois voit mourir
Le grand Cerf mal mené haletant de courir :
De la beste victime à Diane sacrée
Aux chiens ioyeux de sang on donne la curJe.
C'est plaisir de les voir si tost qu'ils ont ouy Sonner et forhuer : d'vn eslan resiouy I Ils sortent du chenil : On en voit trois centaine.., J[' i Gris, blancs, noirs, accourir pour manger de leurs peines. ; Tout le sang est meslé dans le pain rougissant, Pesle-mesle, affamez, ils se vont repaissant. Chacun des veneurs tient vne souple houssine. Et frape sur le chien qui, gourmand, se mutine : Puis quand les retirer de la curée il faut, Le Maistre du forhu crie Ty-ha hillaud.
La folle volupté, les délices exquises
Rendent à beaux exploits les âmes mal-aprises.
Et d'assidu labeur vn royaume augmenté
En ruine déchet par lasche oysiueté :
De toute nation Rome se fit la teste
Par obstiné trauail, et rauit la conqueste
Aux Macédoniens, aux Perses, aux Medois
Portans en lieu de fer des bagues en leurs doigts.
Entre maint exercice ennemy de paresse
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La chasse est vray moyen pour dresser la ieunessc. Comme la lutte Argine et les cours Eleens, L'escrime de Pollux, et mille ieux anciens Inuentez par les Roys, pour mieux polir et faire Leurs peuples et subiets, à l'œuure militaire.
Ainsi les Persiens à la chasse viuoyent
D'autant que l'art de guerre en elle ils retrouuoyent,
Comme en estant l'image et la plus vraye feinte.
Ils portoient en chassant l'espée au costé ceinte, Vn carquois gros de traicts, deux iauelots pointus. Et d'vn bouclier Persiq leurs bras estoyent vestus. Le Roy comme en vn camp des siens estoit le guide, Et là s'estudioit à la guerre homicide, Car en ruse et labeur l'vn et l'autre est pareil.
Le Chasseur s'accoustume à rompre le sommeil Deuant l'Aube éueillee, et patient endure Pluye, tempeste, vents, le chaud et la froidure ; Il trauaille son corps, et l'exerce sans fin A courir, à brosser vn long traict de chemin : Et comme il est contraint, bien souuent il enferre Vne beste cruelle, et s'aiguise à la guerre, Combatant bien armé d'vn cœur aspre aux hasars Les Lyons rugissans, et les Ours montagnars, Egare par les bois en telle accoutumance,
Loin de maison rustique il fait expérience Combien doux à manger est seulement le pain Et l'eau pour appaiser la soif cuite et la faim : Sur la dure au serain il appuyé sa teste D'un caillou pour cheuet où le somme l'arresle.
Qui ne voit en chassant les Renards et Taissons Cachez dans le terrier, d'vn siège les façons .' Où les petits Bassets accompagnent la troupe Q.ui de tranches de fer la terre mine et coupe? Donc la Chasse et la Guerre est vn pareil mestier Quand on a fait leuer dedans vn verd sentier, Dans vn chaume ou gueret vn Lieure de son giste, N'en voit'on pas Teffect ? L'vn d'vne iambe viste Tasche de s'écouler î Le Leurier grand et fort M]
Le poursuit de si près qu'il luy donne la mort» *
Quelquefois il s'échappe hors de la dent cruelle Du coureur qui l'atteint d'vne roideur isnelle : Comme aux sanglans combas le vaincu quelquefois S'exempte par la fuite et non par le harnois.
Mais les Leuriers du Roy n'ont si tost apperceuë
Leur proye^ qu'à leurs pies elle gist abatuê :
On diroit à les voir que c'est vn tourbillon
Qui trauerse ondoyant de sillon en sillon :
Quand pour complaire au Prince, il ne leur plaist sur l'heure
Que le Lieure craintif près de son giste meure^
Ils luy donnent carrière vn espace de temps. En feinte Ton y voit Testeur des combattans ! Le Lieure bien-rusé ne court la droite voye Pour tromper le suyuant du désir de la proye : Il fait, defFait cent ronds, cent retours et destours, A fin que l'ennemi ne prenne escousse au cours : L'vn presse, l'autre fuit : Il semble qu'il le happe, Et l'ayant, de rechef permette qu'il échappe. Vn dard n'est si léger volant hors de la main, Ny le plomb que vomist vn canon inhumain, Ny d'un arc bien-tendu la sagette empennée, Ny fonde autour du chef quatre fois ramenée. Puis enfin ennuyé dessus le champ poudreux Le bon Leurier abat cet animal peureux.
Cyrus, grand Roy de Perse, apprit l'art militaire Par ces mestiers de chasse enseigné de son père, Apprit à supporter le trauail, et comment € L'honneur donne aux labeurs vn doux allégement. Cephale fut chasseur pource ami de l'Aurore Qui le monde au matin de son teint recolore : Celuy qui perdit l'ame en perdant son tison Fut Chasseur, et les preux de l'antique saison Hercule dont les mains sont par tout honorées, Poursuiuit en chassant iusqu'aux Hyperborées La Biche aux pies d'airain pour son dernier labeur, Et par ce prix gaigné couronna son honneur.
Mais Charles mon grand Prince, empereurdelaFrance Imitant ce perdeur de la monstreuse engeance, Faites ce qu'il conseille à sa Diane, alors Qu'il reçoit en ses bras comme les vostres forts La charge que des bois dans le Ciel elle apporte. Laisse^ dit- il (prenant sur le sueil de la porte Le gain de son carquois), laisse les animaux Craintifs, humbles, petits, qui ne font point de maux : Pourchasse moy d'ardeur toutes ces bestes fieras Qui gastent, forcenez, les plaines fromentieres, Qui gastent le labeur des chetifs Laboureurs, Comme les Léopards et les Loups rauisseurs, A fin que dans le Ciel, comme moy, l'on t'appelle Le secours immortel de la race mortelle.
Ainsi luy dit Hercule : Et vous qui l'entendez, En contre les méchants vos flèches débandez, A fin que le François vostre suiet vous nomme La seureté des bons, la peur du méchant homme.
Quand la sœur d'Apollon son arc d'argent voûta. Contre vn Orme premier son bras elle tenta : D'vn Chesne dur après elle frappa l'escorce, Vne beste sauuage après sentit sa force : A la quatrième fois elle vint es citez Tirer sur les peruers de malice éhontez : Comme vous demi-Dieu par les sacrez bocages
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Assommez les Lyons et les bestes sauuages,
Ours velus, et Sangliers aux longs crochets de dents.
Après vous punissez des villes au dedans
L'iniuste citoyen, destruisant la malice,
Tenant pour vostre appuy Pieté et lusiice.
l'ay de cette louange vn insigne témoin :
O Vierge des forests, dy, tu n'en estois loin :
Vn loup gris à long poil que quelque Dieu, ie pense, Enuoya pour vanger la punissable offense Des mortels contempteurs de sa diuinité, Déchiroit, deuoroil (extrême cruauté!) Hommes, femmes, enfans, près Sainct-Germain-en-Laye, Et de leurs corps entiers ne faisoit qu'vne playe. C'estoit un Loup Leurier d'exécrable grandeur, 11 ne paroist Toreau de pareille hauteur Sur les monts Auuergnas : Il assaut en furie Les Enfans tout ainsi qu'Aigneaux de Bergerie. Ses yeux estinceloyent en flammèches de feu, Son goufre d'estomach n'estoit iamais repeU-, Sa gueule estoit de sang hauement altérée, 11 haloit de la langue vn demi-pié liree : Si furieux n'estoit le Lyon Nemeen, Ny celuy qui gasta le champ Oeneïen.
Des le premier abord leur teste estoit coupée Sous sa dent, tout ainsi que du fil d'vne espee, Et le tronc de ce corps par le milieu mordu
Dans sa gueule trembloit haut de terre pendu. Les logis bien-murez les rustiques n'asseurent, Les Pasteurs et leurs chiens sans crainte ne demeurent Dedans leurs parcs fermez, iusqu'à tant que le Roy Inuoqué pour secours les deliura d'efFroy : Son œil pleurant versoit des larmes pitoyables Quand il ouit les cris des femmes misérables, Plaignant que ce cruel auoit desia plongé f Six vingt pauvres enfans en son ventre enragé.
a D'vn Roy clément l'ouvrage est tousiours d'entreprendre
») Acte qui peut son peuple en vn besoin défendre,
» Gaignant le nom de pere au cœur de ses suiets.
Mery fut enuoyé pour chercher aux forests,
Mery, frayeur des Loups, qu'ils craignent en la sorte
Qu'vne simple Brebis la Louue qui l'emporte.
Sa Maiesté fit tendre en long et large tour
Ses toiles qui cernoyent son enceinte à l'entour.
Cinquante pièces font le cerne de la place :
Trois mille Païsans ferment un long espace
L'assiégeant en rondeur, diuersement munis.
Ljs vns de gros bastons robustes sont garnis,
Les autres sont armez de fourches bien aiguës,
Les autres de leuiers : Le cry perce les nues
Quand tous ces Païsans font la huée en l'air.
Ainsi prés d'vn marais on contemple voler
Mille oyseaux peinturez qui hautement s'écrient
Pales, Canards, Butors. Les marécages bruyent.
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Ainsi quand au choquer les batailles s'en vont, Aux deux partis du camp semblables cris se font. Le cerne retentit : Le cry touche aux estoiles. Tel estoit la huée à l'enuiron des toiles !
La Noblesse et la garde en bons cheuaux montez Ceignent l'espace rond espars de tous costez. Le Limier en iappant dessus les voyes, lance Le Loup gris effroyable : Il sort de violence Chassé de chiens-courans : par les forts il entroit Et mordoit en fuyant tout ce qu'il rencontroit, Il sautoit furieux contre la toile haute, Encontre les veneurs qui la gardent, il saute De furie enflammée : Vne clameur par tout Pour l'effrayer s'esleue et va de bout en bout. L'vn luy tend au deuant d'vn large épieu la pointe. L'autre luy court dessus l'espée en la main ioinie : Mais le premier de tous qui luy perça le flanc, Et du fer épuisa les sources de son sang, Fut Charles courageux : lors toute l'assemblée Témoigna de hauts cris sa ioye redoublée. Les hommes estonnez regardoyent de bon cœur Cette beste assommée et en auoyent horreur. Sur le front du chasteau pour signe de conqueste On attacha la pâte et l'exécrable teste Du Loup et de la Louue et de cinq Louueteaux la nez pour guerroyer les débiles troupeaux.
« Il ne faut point nourrir vne engence louuiere! Ainsi l'heureux vainqueur d'vne troupe guerrière Rapporte du vaincu la dépouille en trofé. Son Palais ou le Temple en reluist estofFé.
Les Pasteurs affranchis ioyeux de la victoire,
De Charles admiroyent le bonheur et la gloire.
Et l:jy chantoyent ces vers : Carlin, Roy des Bergers,
Chasse loin de nos parcs la doute des riangers.
Il a mort abattu le Loup si dommageable,
Loup heureux d'être occis de main si redoutable.
Pour l'honneur qu'il aura de grauer dans les cieux
La royale vertu du bras victorieux,
Si lupiter (qui hait la peste dangereuse
Des traistres Lycaons contre lui furieuse)
N'empesche de le faire en sa voûte monter.
tt C'est bonheur de se voir par les Dieux surmonter !
Ainsi le roux Lyon Cleonien fut digne
D'estre pour son Hercule au Zodiaque vn signe,
Et le tortu Dragon dans le Ciel estandu
Entre les Ourses gist comme vn fleuue espandu.
Carlin est nostre Dieu, c'est Theur de nos herbages, Il preserue nos Bœufs de ces bestes sauuages : C'est luy qui maintenant redonne au Pastoureau La grâce de ioûer du tendre chalumeau.
Pource nous souuenant d'vn si grand bénéfice
Nous teindrons son autel (annuel sacrifice) Du sang d'vn aignelet : et monts, vaux et buissons Resonneront tousiours de rurales chansons Prises de ses vertus : A l'auenir nos Cheures, De leur gré pousseront vn poil doré des leures, Et bien-tendu de laict s'arrondira leur pis, Puis que sans nulle peur vont paistre nos brebis. La laine n'apprendra de mentir la teinture Des eaux du Gobelin, mais prendra de nature Ses diuerses couleurs : Vn pourpre vestira Le mouton par les prez, vn saffran iaujiira La toison du Bélier (teinture naturelle).
11 faut qu'après le fer l'âge d'or renouuelle Sous Carlin qui ne suit les forest seulement ; Mais donne par ses loix aux villes ornement, Regarde en ses palais ceux qui font la Justice, Ou qui l'ont corrompue aueuglez d'auarice.
Aussi les bois feuillus ne se voyent hantez
De Diane tousiours: Elle vient es citez
Où lupiter voulut qu'elle fust adorée,
Et par tous les endroits où elle est reueree
Oste aux accouchemens la poignante douleur.
Voyla parmi les champs ce que dit le Pasteur,
Grand Roy ie te salue, ambrasse ta louange :
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Les Dieux font de leurs biens à tel présent échange :
< L'Hymne est le prix des Dieux, et qui cherist l'honneur
B Acheue de beaux faicts et ne manque de cœur.
Pour moy ie ne requier à la Parque autre grâce
Sinon que de filer ma trame ne se lasse,
lusqu'à tant qu'à mon gré d'vn style graue et haut
le puisse célébrer tes gestes comme il faut.
Le Tracien Orphée, enfant de Calliope,
Ny le fils d'Apollon en la neuuaine trope
Vaincre ne me pourront : Pan mesme ne vaincroit
Quand toute l'Arcadie à iuger il prendroit,
Me venant assaillir : Esleue d'vn tel Maistre
le puis, sinon premier, au moins égal parestre.
Amours d'Oriane,
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