‹ Œuvres poétiques de André Chénier (volume 2)Chapitre 15 sur 118 · NÉÈRE · texte numérisé non relu

NÉÈRE

... Tel qu'à sa mort, pour la dernière fois, Un beau cygne soupire, et de sa douce voix. De sa voix qui bientôt lui doit être ravie. Chante, avant de partir, ses adieux à la vie : Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort, Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort.

— O vous, du Sébethus Naïades vagabondes,

Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes.

Adieu, mon Clinias I moi, celle qui te plus,

Moi, celle qui t'aimai, que tu ne verras plus.

0 cieux, ô terre, ô mer, prés, montagnes, rivages,

Fleurs, bois mélodieux, vallons, grottes sauvages.

Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours

Néère tout son bien, Néère ses amours ;

Cette Néère, hélas ! qu'il nommait sa Néère,

Qui pour lui criminelle abandonna sa mère ;

Qui pour lui fugitive, errant de lieux en lieux.

Aux regards des humains n'osa lever les yeux.

0 ! soit que l'astre pur des deux frères d'Hélène

Calme sous ton vaisseau la vague ionienne ;

Soit qu'aux bords de Pcestum, sous ta soigneuse main,

Les roses deux fois l'an couronnent ton jardin,

fVu coucher du soleil, si ton âme attendrie

Tombe en une muette et molle rêverie,

\lors, mon Clinias, appelle, appelle-moL

Je viendrai, Clinias, je volerai vers toi.

Mon âme vagabonde à travers le feuillage Frémira. Sur les vents ou sur quelque nuage Tu la verras descendre, ou du sein de la mer, S'élevant comme un songe, étinceler dans l'air ; Et ma voix, toujours tendre et doucement plaintive. Caresser en fuyant ton oreille attentive.

Néère, ne va plus te confier aux flots De peur d'être Déesse, et que les matelots N'invoquent, au milieu de la tourmente amère, La blanche Galatée et la blanche Néère.

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