‹ Œuvres poétiques de André Chénier (volume 2)Chapitre 16 sur 118 · LA JEUNE LOCRIENNE · texte numérisé non relu

LA JEUNE LOCRIENNE

— Fuis, ne me livre point. Pars avant son retour ; Lève-toi, pars, adieu ; qu'il n'entre, et que ta vue Ne cause un grand malheur, et je serais perdue ! Tiens, regarde, adieu, pars ; ne vois-tu pas le jour î

Nous aimions sa naïve et riante folie.

Quand soudain, se levant, un sage d'Italie,

Maigre, pâle, pensif, qui n'avait point parlé.

Pieds nus, la barbe noire, un sectateur zélé

Du muet de Samos qu'admire Métaponte,

Dit : — Locriens perdus, n'avez-vous pas de honte ?

Des mœurs saintes jadis furent votre trésor.

Vos vierges, aujourd'hui riches de pourpre et d'or.

Ouvrent leur jeune bouche à des chants adultères.

Hélas ! qu'avez-vous fait des maximes austères

De ce berger sacré que Minerve autrefois

Daignait former en songe à vous donner des lois ? Disant ces mots, il sort... Elle était interdite, Son œil noir s'est mouillé d'une larme subite ; Nous l'avons consolée, et ses ris ingénus, Ses chansons, sa gaîté, sont bientôt revenus. Un jeune Thurien, aussi beau qu'elle est belle (Son nom m'est inconnu), sortit presque avec elle. Je crois qu'il la suivit et lui fit oublier Le grave Pythagore et son grave écolien

MNAZILE ET CHLOÉ *

CHLOÉ

Fleurs, bocage sonore, et mobiles roseaux Où murmure Zéphyre au murmure des eaux, Parlez, le beau Mnazile est-il sous vos ombrages ? Il visite souvent vos paisibles rivages. Souvent j'écoute ; et l'air qui gémit dans vos bois A mon oreille au loin vient apporter sa voix.

MNAZILE.

Onde, mère des fleurs, Naïade transparente, Qui pressez mollement cette enceinte odorante. Amenez-y Chloé, l'amour de mes regards.

Vos bords m'offrent souvent ses vestiges épars. Souvent ma bouche vient, sous vos sombres allées. Baiser l'herbe et les fleurs que ses pas ont foulées.

CHLOÉ

Oh ! s'il pouvait savoir quel amoureux ennui Me rend cher ce bocage où je rêve de lui l

Peut-être je devais d'un souris favorable L'inviter, l'engager à me trouver aimable.

MNAZILE.

Si, pour m 'encourager, quelque Dieu bienfaiteur Lui disait que son nom fait palpiter mon cœur I J'aurais dû l'inviter, d'une voix douce et tendre, A se laisser aimer, à m'aimer, à m'entendre.

CHLOÉ

Ah ! je l'ai vu. C'est lui. Dieux ! je vais lui parler ! 0 ma bouche ! ô mes yeux ! gardez de vous troubler.

MNAZILE.

Le feuillage a frémi. Quelque robe légère... C'est elle ! O mes regards, ayez soin de vous taire.

CHLOÉ

Quoi ! Mnazile est ici ? Seule, errante, mes pas Cherchaient ici le frais et ne t'y croyaient pas.

MNAZILE.

Seul, au bord de ces flots que le tilleul couronne, J'avais fui le soleil et n'attendais personne,...

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