‹ Œuvres poétiques de André Chénier (volume 2)Chapitre 32 sur 118 · BACCHUS · texte numérisé non relu

BACCHUS

IMITÉ d'ovide (Métamorphoses).

Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée,

O Dyonise, Évan, lacchus et Lénée,

Viens, tel que tu parus aux déserts de Naxos,

Quand tu vins rassurer la fille de Minos.

Le superbe éléphant, en proie à ta victoire.

Avait de ses débris formé ton char d'ivoire.

De pampres, de raisins, mollement enchaînés.

Le tigre aux larges flancs de taches sillonnés

Et le lynx étoile, la panthère sauvage

Promenaient avec toi ta cour sur ce rivage.

L'or reluisait partout aux axes de tes chars.

Les Ménades couraient en longs cheveux épars

Et chantaient Évoë, Bacchus et Thyonée,

Et Dyonise, Évan, lacchus et Lénée,

Et tout ce que pour toi la Grèce eut de beaux noms.

Et la voix des rochers répétait leurs chansons.

Et le rauque tambour, les sonores cymbales.

Les hautbois tortueux, et les doubles crotale»

Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin Le Faune, le Satyre et le jeune Sylvain, Au hasard attroupés autour du vieux Silène, Qui, sa coupe à la main, de la rive indienne. Toujours ivre, toujours débile, chancelant. Pas à pas cheminait sur son âne indolent.

C'est le Dieu de Nyza, c'est le vainqueur du Gange, Au visage de vierge, au front ceint de vendange. Qui dompte et sait courber sous son char gémissant Du l5mx aux cent couleurs le front obéissant.

Apollon et Bacchus, un crin noir et sauvage N'a hérissé jamais votre jeune visage.

Apollon et Bacchus, vous seuls entre les Dieux D'un étemel printemps vous êtes radieux. Sous le tranchant du fer vos chevelures blondes N'ont jamais vu tomber leurs tresses vagabondes.

Bacchus se déguisait sous un moins beau visage. Quand de Tyrrhéniens une troupe sauvage Vint le ravir plongé dans un profond sommeil. Leur vaisseau le reçoit ; on part. A son réveil. Il s'étonne. On lui jure, au moment qu'il les prie. De voguer vers Naxos, qu'il nomme sa patrie. Il dissimule, et puis, l'œil errant sur les flots :

— O ciel ! ah ! malheureux 1 ce n'est point là Naxos.

Dieux ! grands Dieux !... Et ses mains, dans ses feintes alarmes. Déchirent ses cheveux, et ses yeux sont en larmes.

— Jeune homme, lui dit l'un, que nous font tes malheurs ? Tu viendras nous servir ; et laisse là tes pleurs.

Il dit. Le vaisseau tremble. Et des formes terribles De tigres, de lions, de panthères horribles Fondent sur eux. En foule et n'ayant plus de voix. Les traîtres du vaisseau s'élancent à la fois, 0 prodige ! et couverts d'une écaille étrangère 5e vont, légers dauphins, cacher sous l'onde amère.

Il en faut faire une (une églogue) sur les Triétériques, en Béotie, et imiter d'une manière bien antique tout ce qu'il y a de beau dans le Penthée d'Euripide, vers 13 : Kiitwv ôè Xdôwv... etc., ce qu'il chante, au chœur de femmes, au thiasus pour l'exciter, vers 55. Tout le chœur. Toute la scène du bouvier, vers 659, Voir la traduction les vers 693 et suivants, mêlés avec les vers 142 et suivants, édition de Brunck. Horace en a tiré une strophe de l'ode : Bacchum in remotis.

L'une, agitant le thyrse environné de lierre, Vole, frappe le roc ; soudain le roc frappé Lance un torrent liquide à grand bruit échappé. Son pied presse le sol ; et, sous sa plante humide. Le vin bouillonne, fuit, gronde en fleuve rapide. Ses doigts vont creuser l'herbe, un lait pur sous ses doigls Les blanchit, blanchit l'herbe et la tige des bois. L'autre fait de son thyrse, entre ses mains vermeilles, Couler à flots dorés le nectar des abeilles.

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